

Nouvelle feuille de route de l’ONU pour éradiquer la pauvreté
Le rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme et l'extrême pauvreté a lancé une nouvelle «feuille de route pour éradiquer la pauvreté au-delà de la croissance». Cette approche contient une série de mesures politiques concrètes par lesquelles la communauté internationale doit pouvoir s'engager sur une nouvelle voie dans la lutte contre la pauvreté. Caritas Suisse a participé au lancement de la feuille de route à Genève et la contextualise.
La communauté internationale poursuit un objectif clair: d'ici 2030, plus aucun habitant de la planète ne doit vivre dans l'extrême pauvreté, c'est-à-dire avec moins de trois dollars par jour. C’est ce que prévoit le premier objectif de l’Agenda 2030 pour le développement durable. Mais le monde est mal parti pour atteindre cet objectif. Selon les estimations de la Banque mondiale, près de 830 millions de personnes, soit une sur dix, vivent encore dans l'extrême pauvreté au printemps 2026. La crise climatique et le renforcement des inégalités sociales aggravent le problème.
Une nouvelle feuille de route d'Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme et l'extrême pauvreté, devrait toutefois nous permettre de faire un pas en avant. La Roadmap for Eradicating Poverty Beyond Growth (Feuille de route pour éradiquer la pauvreté au-delà de la croissance) a été élaborée au cours des 18 derniers mois avec la collaboration de différents organes des Nations Unies, de scientifiques et d'organisations de la société civile, dont plusieurs organisations Caritas.
La croissance économique ne réduit pas automatiquement la pauvreté
La feuille de route rompt avec l'idée bien ancrée selon laquelle la croissance économique réduit automatiquement la pauvreté. Durant des décennies, l'augmentation du produit intérieur brut (PIB) a été considérée comme un indicateur fiable de progrès, permettant de mesurer le développement, la prospérité et le succès de la lutte contre la pauvreté. Pourtant, les études menées et la longue expérience sur le terrain des organisations de la société civile le montrent clairement: l'augmentation automatique du niveau de vie pour tous que l'on espérait ne se concrétise pas.
C'est précisément là qu'intervient la feuille de route qui met ainsi fin à l'assimilation de la croissance au progrès. Elle demande des conditions cadres politiques qui placent les droits humains au centre, réduisent activement les inégalités et respectent les limites planétaires. La lutte contre la pauvreté ne doit plus se baser sur le PIB, mais sur des critères tels que l’intérêt général, la justice sociale et le bien-être. Les preuves scientifiques existent depuis longtemps; il ne manque que la volonté politique de transposer ces connaissances dans la pratique.
La feuille de route esquisse des mesures transformatrices pour lutter efficacement contre la pauvreté et les inégalités sans dépendre d'une croissance socialement ou écologiquement néfaste. Ces mesures incluent des changements aussi profonds que la garantie de l'emploi, le revenu de base inconditionnel ou la souveraineté fiscale de tous les États. De telles approches ouvrent la voie à une revitalisation des valeurs de solidarité et d’intérêt général. C’est une volonté renouvelée de lutter contre la pauvreté et de réduire les inégalités, un objectif qui s’est avéré incompatible avec la poursuite d'une croissance économique sans fin.
Contribution de Caritas Suisse sur le sujet: l’Almanach Politique du développement 2025 s'est penché sur le concept de post-croissance et a montré, dans différentes contributions, comment on peut concilier nos actions sociétales, économiques et politiques avec les limites des ressources planétaires tout en réduisant les inégalités et la pauvreté.
La sécurité sociale doit être garantie à l'échelle nationale
Selon la feuille de route, l'aide sociale et la solidarité internationale sont les deux faces d'une même médaille dans la lutte contre la pauvreté. Les États doivent garantir une sécurité sociale à l'intérieur de leurs frontières et assumer leurs responsabilités à l'extérieur par des règles économiques et une politique financière équitables. La coopération internationale a le devoir d'éliminer les désavantages structurels par l'annulation de la dette, des règles commerciales équitables, une politique fiscale coordonnée, un financement climatique ciblé, une réglementation efficace des multinationales et le renforcement de l'autodétermination économique des pays du Sud global. Pour ce faire, un changement de paradigme s’impose, de la croissance fondée sur l'exploitation à un développement durable et socialement équitable.
La feuille de route sera présentée au Conseil des droits de l'homme de l'ONU à l'été 2026 et devrait ensuite être intégrée aux discussions sur l'initiative post-2030, qui doit succéder à l'Agenda 2030 dans quelques années. Caritas Suisse continue à suivre ces processus, en tant que membre actif de la Plateforme de la société civile Agenda 2030 et par sa participation au groupe d'accompagnement Agenda 2030 de la Confédération.
Plus d'informations
Photo de couverture: La feuille de route pour l'éradication de la pauvreté au-delà de la croissance a été présentée et débattue le 22 avril lors d'une conférence de l'ONU à Genève. © Alioune Ndiaye/ILO