The project focuses on protecting children and supporting women and girls who have experienced gender-based violence. It provides safe spaces and psychosocial support, and raises awareness among the community on child protection and gender-based violence.
The project focuses on protecting children and supporting women and girls who have experienced gender-based violence. It provides safe spaces and psychosocial support, and raises awareness among the community on child protection and gender-based violence.

Projet KAPCYM: Unité de connaissance et de dialogue politique pour la protection des enfants et des jeunes en mobilité

Projet en Afrique de l'Est, de l'Ouest et du Nord
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L'unité KAPCYM soutient les efforts de plaidoyer et de dialogue politique des acteurs suisses en collectant, documentant, synthétisant et diffusant systématiquement les connaissances, les expériences et les bonnes pratiques issues de projets passés et des services gouvernementaux suisses. Ses résultats seront étendus à la mise en œuvre des deux projets mentionnés ci-dessous ainsi qu'à des projets de migration régionale dans d'autres contextes, afin d'assurer une application plus large des connaissances et des stratégies dans différents pays et régions confrontés à des défis similaires.

Aperçu

Thème

Migration et protection de l'enfance

Budget

364'205 francs suisses

Durée

01.11.2024 - 31.12.2026

Zone de projet

Afrique de l’Est/de l’Ouest/du Nord (Égypte, Éthiopie, Guinée Conakry, Mali, Maroc, Niger, Soudan, Tunisie)

Groupes-cibles

Les projets «Enfants et Jeunes sur les Routes Migratoires d'Afrique de l'Ouest et du Nord (EJM)» et «East African Migration Routes (EAMR)», les services gouvernementaux suisses (DDC, SEM, ambassades) et d'autres acteurs suisses qui s'engagent pour la protection des enfants et des jeunes en mobilité (EJM) dans les régions concernées.

Numéro du projet

P240053

Financement

DDC

Dossiers thématiques: Messages de plaidoyer

1 Accès au registre civil, à l’identification et à l’enregistrement

Pourquoi
Tous les enfants, indépendamment de leur statut migratoire, ont droit à la pleine protection de leurs droits en vertu de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE).

Message
Les enfants non accompagnés et séparés sont particulièrement vulnérables et nécessitent des mesures de protection ciblées, conformes à leur intérêt supérieur. Les États doivent veiller à ce que les enfants non accompagnés et séparés soient rapidement identifiés et enregistrés, qu’ils aient accès à une assistance juridique et aux services essentiels, qu’ils bénéficient d’une tutelle et qu’ils soient réunis avec leur famille dans les meilleurs délais, en veillant à l’intérêt supérieur de l’enfant.

Bonnes Pratiques

  • Tunisie: dans un contexte politique très sensible où la solidarité avec les migrants risque d’être criminalisée, les partenaires locaux des EJM travaillent à la protection de l’enfance, en étroite collaboration avec les délégués gouvernementaux qui restent de bons alliés. Ils soulignent que «les enfants sont des enfants avant d’être des migrants» et veillent à ce que l’intérêt supérieur de l’enfant soit prioritaire.
  • Mali: le projet EJM a établi une bonne collaboration avec les autorités nationales (par exemple la direction de la police aux frontières) et les ambassades/consulats des pays d’origine pour la délivrance de documents de voyage tels que des laissez-passer pour les retours volontaires et les regroupements familiaux.

Pourquoi
Les obstacles à l’accès aux systèmes d’enregistrement des faits d’état civil violent les droits fondamentaux et augmentent la vulnérabilité des EJM. L’absence de documents ou de statut juridique limite leur accès aux services essentiels tels que l’éducation, les soins de santé et la protection.

Message
Tous les acteurs concernés sont encouragés à minimiser les risques de discrimination fondée sur leur statut à l’encontre des EJM, en reconnaissant que lier l’accès aux services au statut officiel des EJM viole la CDE et crée des obstacles systémiques à une protection et une assistance inclusives.

Les autorités nationales sont invitées à veiller à ce que l’accès aux services essentiels – tels que l’éducation, les soins et la protection – soit basé sur la vulnérabilité et les besoins des EJM, plutôt que sur leurs papiers ou leur statut juridique. Les stratégies et les programmes des donateurs, élaborés en collaboration avec les États partenaires, devraient reconnaître explicitement que le ciblage basé sur la vulnérabilité doit transcender les exigences en matière de documentation, permettant ainsi aux projets de servir les enfants et les jeunes qui répondent aux critères de vulnérabilité, quel que soit leur statut juridique ou administratif. Les filles et les jeunes femmes sont particulièrement vulnérables, notamment face aux violences sexistes et sexuelles, aux grossesses non désirées et à la stigmatisation fondée sur le sexe, et cela doit être pris en compte. Les enfants non accompagnés et séparés doivent faire l’objet d’une attention et d’une assistance particulières en raison du manque de soutien de la part des adultes et de leur exposition accrue aux risques en matière de protection, y compris la traite, l’exploitation et les abus.

Bonnes Pratiques

  • EJM et EAMR (régional): les projets EJM et EAMR intègrent tous deux l’inclusivité et la primauté de l’intérêt supérieur de l’enfant en permettant de sélectionner les participants sur la base de la vulnérabilité, indépendamment de leur statut juridique – une pratique humanitaire courante.
  • Soudan: au niveau local, le projet EAMR a soutenu le personnel détaché au sein des services locaux du gouvernement, qui diffusent des approches de sélection et de priorisation axées sur la vulnérabilité, plaçant ces besoins au-dessus des considérations de statut administratif.
  • Égypte: conformément à la flexibilité des donateurs, le projet EAMR a mis en place des procédures alternatives de vérification de l’identité afin de garantir un accès équitable aux services et l’inclusion des personnes ne possédant pas de carte bleue ou jaune ou de statut.

Pourquoi
La CDE garantit à tous les enfants le droit à l’éducation (art. 28), aux services de santé (art. 24) et à l’assistance humanitaire (art. 22 pour les enfants réfugiés), quel que soit leur statut documentaire.

La plupart des cadres juridiques nationaux garantissent également un accès universel à ces services. Toutefois, dans la pratique, l’absence de documents ou d’enregistrement à l’état civil est souvent utilisée pour refuser aux EJM d’accéder à ces droits fondamentaux. Les parcours migratoires des enfants migrants sont souvent marqués par un manque d’informations fiables, une méconnaissance des risques et un accès limité aux services essentiels. Pour ces jeunes, mal préparés, la migration devient un facteur qui aggrave leur vulnérabilité.

Lors de crises humanitaires, comme au Soudan ou dans la région du Sahel, les EJM qui n’ont pas d’état civil ou de papiers d’identité se voient régulièrement refuser l’accès à l’aide humanitaire et aux services essentiels.

L’éducation n’est pas seulement un droit, mais aussi un facteur clé du développement à long terme. Elle réduit les risques liés à la mobilité, renforce la résilience individuelle et collective et influence la capacité des jeunes migrants à assurer leur subsistance, leur inclusion sociale et leur participation à la société. Les EJM sont également confrontés à des risques sanitaires importants, notamment à des problèmes de santé mentale et à des besoins sexospécifiques, à la fois en mouvement et dans les communautés d’accueil. Les filles et les jeunes femmes sont confrontées à des risques sanitaires supplémentaires, notamment liés à leurs besoins en matière de santé génésique, aux complications liées à la grossesse, aux maladies sexuellement transmissibles et aux violences sexistes et sexuelles, qui nécessitent un accès immédiat à des services spécialisés.

En outre, alors que de nombreuses interventions se concentrent sur les enfants de moins de 18 ans, les jeunes adultes (18 ans et plus) passent souvent à travers les mailles du filet des systèmes de protection. Le passage de l’enfance à l’âge adulte est une période critique où l’accès à la documentation, à l’éducation, à la formation professionnelle et à l’identité juridique est essentiel pour l’autonomie, l’intégration et l’insertion à long terme. Sans un soutien continu, les jeunes adultes risquent l’exclusion, l’exploitation et l’apatridie.

Messages
L’accès aux services de base tels que l’alimentation, le logement, les soins de santé, l’assistance sociale et l’éducation est un droit humain fondamental qui devrait être garanti à tous les enfants et à tous les jeunes, y compris ceux qui n’ont pas de papiers ou de statut juridique.

Les États sont invités à supprimer les obstacles juridiques et pratiques à l’éducation inclusive des EJM et à garantir leur intégration dans les systèmes scolaires locaux. Il s’agit notamment d’admettre les enfants et les jeunes sans papiers ni statut de résident, de supprimer les frais de scolarité spéciaux pour les enfants migrants et d’accorder une attention particulière aux filles et aux jeunes femmes dans le cadre de l’aide humanitaire et des camps. Les efforts devraient également porter sur le décalage entre les garanties juridiques et la mise en œuvre sur le terrain, notamment en sensibilisant le personnel éducatif aux exemptions prévues par la législation en vigueur en matière de documentation.

Les États devraient également garantir un accès libre et inclusif aux systèmes de soins de santé, y compris aux services de santé mentale et de soutien psychosocial (SMSPS), ainsi qu’aux services de santé sexuelle et reproductive. Il est important de prendre en compte les besoins particuliers des filles et des jeunes femmes (accessibilité, personnel médical féminin). Les documents ne doivent pas constituer un obstacle à l’accès aux vaccinations, à l’avortement médicalisé ou aux soins médicaux d’urgence.

Les États doivent reconnaître les besoins spécifiques des jeunes de plus de 18 ans et assurer la continuité de la protection et du soutien au-delà de l’enfance. Cela nécessite des stratégies coordonnées et intersectorielles qui établissent un lien entre les systèmes de protection de l’enfance et de développement de la jeunesse, et qui évitent une interruption brutale de l’aide à l’âge de 18 ans. Cela pourrait inclure, par exemple, l’adoption de mesures flexibles – y compris des amnisties – pour ceux qui ont atteint l’âge adulte sans identité légale.

Bonnes Pratiques

  • Égypte: le projet EAMR a mobilisé un consultant juridique pour empêcher la fermeture de trois établissements d’enseignement dirigés par des acteurs communautaires dont le statut des documents affecte les opérations.
  • Égypte: en travaillant avec des initiatives communautaires, le projet EAMR peut atteindre un plus grand nombre de participants et fournir les services les plus adéquats, quel que soit leur statut (carte bleue/jaune).
  • Égypte: conformément à la flexibilité des donateurs, le projet EAMR a mis en place des procédures alternatives de vérification de l’identité afin de garantir un accès équitable aux services et l’inclusion des personnes ne possédant pas de carte bleue/jaune ou de statut.
  • Éthiopie: grâce au projet EAMR, la sensibilisation des autorités locales a facilité l’accès des réfugiés et des migrants à la formation professionnelle, aux permis de travail et aux comptes bancaires. Cela a permis aux jeunes réfugiés et migrants ciblés de s’engager dans des activités génératrices de revenus et de renforcer la réintégration de leurs moyens de subsistance.
  • EJM (régional): le projet EJM a organisé un atelier régional en février 2025 à Conakry, réunissant le personnel d’encadrement éducatif du Mali, du Niger, de la Guinée et de la Tunisie. Suivant une approche de formation des formateurs, l’atelier visait à doter le personnel d’encadrement des compétences nécessaires pour aider les enseignants à mieux comprendre les besoins des EJM, à mettre en œuvre des pratiques d’intégration dans les classes, à offrir un soutien psychosocial de base et à encourager une plus grande participation des familles et des communautés à l’environnement scolaire.
  • Mali: le projet EJM a plaidé en faveur de la suppression de l’exigence d’un certificat de naissance comme condition d’inscription à l’école.
  • Niger: les partenaires du projet EJM ont plaidé auprès des autorités locales pour qu’elles prennent en compte les besoins spécifiques des EJM, notamment ceux en conflit avec la loi dans leurs plans de développement quinquennaux, afin de leur permettre d’accéder aux services sociaux de base, tels que l’éducation et la santé.
  • Tunisie: le projet EJM a engagé des discussions bilatérales et des négociations au niveau individuel pour soutenir l’accès à la vaccination des nouveau-nés et aux avortements pour les jeunes femmes migrantes, en particulier celles qui ont survécu à des violences sexistes ou sexuelles, permettant ainsi aux personnes sans documents d’identité d’accéder à ces services.

Pourquoi
L’enregistrement des naissances n’est pas seulement un droit fondamental consacré par l’art. 7 de la CDE, mais aussi une condition préalable à l’accès à la protection, à l’éducation et à la justice. Des exigences telles que la présence des deux parents, des délais courts, des critères de documentation, des frais élevés ou des procédures judiciaires complexes empêchent l’enregistrement des nouveau-nés. Cela accroît leur vulnérabilité future à l’exploitation, aux abus et à la traite des êtres humains.

Messages
Conformément à la cible 16.9 des Objectifs de développement durable (ODD), qui appelle les États à garantir l’identité juridique universelle, y compris l’enregistrement des naissances d’ici 2030, tous les États ont le devoir de garantir que chaque enfant relevant de leur juridiction a accès à une identité juridique dès sa naissance, qu’il se trouve dans son pays d’origine ou dans un pays d’accueil.

Les restrictions telles que les délais, les frais ou autres exigences doivent être levées pour garantir un accès libre, rapide et complet à l’enregistrement des naissances. Des procédures simplifiées pour les inscriptions tardives sont encouragées. En outre, les États doivent mettre en place d’autres systèmes d’enregistrement pour les naissances qui ont lieu en dehors des établissements de santé et supprimer les exigences telles que la présence physique des deux parents. Ces mesures sont essentielles pour refléter les réalités de la migration, où les ménages monoparentaux et les naissances hors établissement sont fréquents.

Bonnes Pratiques

  • Mali et Guinée: activités de sensibilisation menées par les ONG et les OSC partenaires du projet EJM sur l’importance des documents d’état civil, en particulier des actes de naissance, pour la promotion des droits de l’enfant.
  • Mali: le projet EJM a soutenu des ONG pour l’établissement de jugements supplétifs (procédures judiciaires permettant aux individus d’obtenir des documents d’état civil par le biais d’une décision de justice lorsque la procédure administrative normale n’est plus possible en raison d’un retard, d’une perte ou de l’absence d’enregistrement initial) pour les enfants et les jeunes déplacés à l’intérieur de leur propre pays.
  • Tunisie: Médecins du Monde, partenaire du projet EJM, a fourni un accompagnement individuel et un soutien aux jeunes mères pour l’obtention d’actes de naissance, en collaborant avec les hôpitaux et les représentants des municipalités locales.

Pourquoi
L’absence de cadres juridiques ou l’existence de cadres discriminatoires, en particulier pour les enfants non accompagnés ou séparés, les jeunes femmes et les filles, les réfugiés et les demandeurs d’asile, sont une cause fondamentale de la vulnérabilité des EJM. L’exclusion juridique et/ou les obstacles administratifs aux systèmes d’enregistrement civil perpétuent les risques d’exploitation, d’invisibilité et d’apatridie.

Le fait d’exiger que les deux parents soient présents lors de l’enregistrement de la naissance constitue une discrimination disproportionnée à l’égard des parents célibataires, généralement des mères, y compris les victimes de viol. De même, l’obligation pour les deux parents de fournir des documents d’identité valides ne tient pas compte du fait que de nombreux réfugiés ont perdu leurs documents ou peuvent courir des risques s’ils contactent les autorités de leur pays d’origine. La non-reconnaissance des naissances en dehors des établissements médicaux entraîne l’invisibilité administrative des enfants.

Messages
Les États sont encouragés à adopter et à mettre en œuvre des cadres juridiques inclusifs et adaptés aux enfants, qui garantissent des processus d’enregistrement accessibles et non discriminatoires pour les EJM, en tenant compte de leurs besoins spécifiques et de leurs vulnérabilités. Ces mesures doivent faire l’objet d’un suivi approprié.

Lorsque les procédures standard ne peuvent pas être respectées, d’autres voies administratives doivent être mises en place pour les enfants non accompagnés ou séparés et les familles monoparentales, afin de permettre plus de flexibilité en matière de documentation et de garanties.

Bonnes Pratiques

  • Guinée: les partenaires du projet EJM ont mené des actions de plaidoyer au sein du Conseil National de la Transition pour l’intégration des besoins spécifiques des enfants et des jeunes en déplacement dans le Code de l’enfant.
  • Mali: le projet EJM a soutenu des ONG locales pour l’établissement de jugements supplétifs (procédures judiciaires permettant aux individus d’obtenir des documents d’état civil par le biais d’une décision de justice lorsque la procédure administrative normale n’est plus possible en raison d’un retard, d’une perte ou de l’absence d’enregistrement initial) pour les enfants et les jeunes déplacés à l’intérieur de leur propre pays.
  • Mali: avec le soutien de la DDC, un Groupe de travail sur la documentation civile et l’identité légale a été mis en place. Il sert de cadre de plaidoyer et de dialogue politique au Mali et a conduit à l’adoption de procédures dérogatoires permettant l’accès à la documentation civile des personnes déplacées (carte nationale d’identité) et de leurs enfants (extrait d’acte de naissance). Le groupe de travail rend compte au Cluster Protection au Mali, qui est également soutenu par la Suisse.
  • Maroc: l’élaboration de POS (procédures opérationnelles standard) pour les enfants migrants – menée par SSI, partenaire de l’EJM, en partenariat avec l’UNICEF dans le cadre d’un projet distinct – représente une bonne pratique d’engagement participatif. Le processus a mobilisé des acteurs pluridisciplinaires, a été partagé avec les ministères concernés et validé par un séminaire national.

Pourquoi
Des ressources adéquates sont essentielles, non seulement pour maintenir un système d’enregistrement des faits d’état civil, mais aussi pour garantir que les groupes vulnérables tels que les EJM puissent y avoir accès. Une mise en œuvre incohérente, le manque de personnel qualifié, des infrastructures faibles et une mauvaise coordination entre les agences sont autant d’obstacles à l’accès à l’enregistrement des faits d’état civil et à la délivrance de documents, en particulier dans les régions isolées ou touchées par un conflit. Dans les contextes où les ressources sont limitées, il est encore plus important de les utiliser de manière efficace pour maximiser l’impact.

Messages
Les États et les partenaires sont encouragés à assurer un financement adéquat des systèmes d’enregistrement des faits d’état civil et à réaliser des investissements ciblés en mettant l’accent sur le renforcement des capacités, l’amélioration de la coordination entre les agences et l’optimisation de l’infrastructure. Les États devraient investir dans la formation des fonctionnaires et des prestataires de services aux procédures d’enregistrement adaptées aux enfants et aux normes internationales de protection, en accordant une attention particulière au personnel susceptible de rencontrer des enfants et des filles non accompagnés et séparés, qui sont souvent confrontés à des risques et à des défis supplémentaires.

Les gouvernements sont appelés à collaborer au-delà de leurs frontières, avec les organismes régionaux et les OSCs, afin de partager et d’établir les meilleures pratiques, par exemple des solutions numériques, décentralisées et compatibles. Des solutions innovantes et rentables telles que les approches communautaires, élaborées et mises en œuvre notamment par les communautés d’accueil et les communautés de migrants/réfugiés, y compris les jeunes eux-mêmes, devraient être mises à profit pour garantir l’accès des EJM à la documentation.

Bonnes Pratiques

  • EJM et EAMR (régional): les projets EJM et EAMR ont tous deux intégré des activités de renforcement des capacités dans leurs interventions.
  • Éthiopie: le projet EAMR a soutenu l’adoption et l’opérationnalisation par le gouvernement du CPIMS+ (Child Protection Information Management System Plus) et de la base de données CPIMS+ au niveau des districts et du pays, y compris en fournissant aux acteurs locaux l’équipement nécessaire à sa mise en œuvre. Coordonné par différentes organisations des Nations unies et des ONG et mis en œuvre dans de nombreux pays, CPIMS+ est un système d’enregistrement numérique qui fournit des normes mondiales pour l’enregistrement des enfants vulnérables, renforce les processus de documentation et améliore la gestion des dossiers.
  • Niger: le projet EJM gère les dossiers via la plateforme SPMS+ ou par le biais de renvois entre différents acteurs de la protection, facilitant ainsi l’accès des EJM aux services sociaux de base, y compris à l’assistance juridique. SPMS+ est une plateforme gérée par le gouvernement nigérien avec le soutien technique de l’UNICEF. Il comprend des données démographiques et est géré par plusieurs parties prenantes, dont les partenaires du projet EJM.

Pourquoi
Les enfants sans identité légale, en particulier ceux qui ne sont pas accompagnés ou qui sont séparés de leur famille, courent un risque accru d’exploitation, de maltraitance et de traite, par exemple par des groupes criminels. Dans les pays touchés par un conflit, l’absence de registres d’âge vérifiables accroît la vulnérabilité des enfants face au recrutement par les forces et groupes armés. Dans certains pays, les EJM, en particulier ceux qui sont dépourvus de pièces d’identité, risquent d’être détenus et parfois qualifiés de «terroristes» uniquement en raison de leur statut migratoire et de l’absence de documents d’identité. La détention ou la criminalisation d’enfants en raison de leur statut migratoire est une violation du droit international, y compris de la CDE. Les EJM ne peuvent pas déposer de plainte officielle, accéder à l’aide juridique ou se présenter devant les tribunaux. Ils ne sont donc pas protégés s’ils sont victimes d’un délit ou d’une violation de la loi.

Les filles sont particulièrement vulnérables aux violences sexistes et sexuelles, à l’exploitation sexuelle et à la traite des êtres humains par les réseaux de passeurs. Les enfants non accompagnés et séparés sont confrontés à des risques en matière de protection encore plus importants en raison de l’absence de prise en charge par des adultes, et ils sont aussi souvent négligés dans les procédures de migration, ce qui les expose de manière disproportionnée à l’exploitation, à la maltraitance et à la détention arbitraire.

Messages
Les États doivent placer la protection des enfants au cœur de leur politique migratoire. Ils sont encouragés à renforcer les systèmes de protection de l’enfance et à veiller à ce que des garanties juridiques soient en place: si l’enregistrement fournit des données essentielles sur l’identité, la localisation et la situation personnelle des EJM afin d’appuyer les mesures de protection appropriées, il est nécessaire de mettre en place des garanties solides en matière de confidentialité et d’utilisation des données, afin que les fonctions administratives et de protection soient clairement séparées des objectifs de sécurité ou de contrôle de l’immigration.Les États sont invités à interdire la détention d’enfants et de jeunes migrants sur la base de leur statut migratoire et à adopter des solutions de remplacement axées sur la protection des enfants. En cas de détention et/ou de condamnation, les EJM – indépendamment de la présence ou de l’absence de papiers d’identité – devraient avoir accès à des installations, des systèmes judiciaires et des garanties juridiques adaptés aux enfants. Les protocoles du secteur de la justice pour les enfants sans papiers garantissent qu’ils peuvent signaler des crimes, accéder à l’aide juridique et bénéficier de procédures adaptées à leur âge. Les enfants non accompagnés et séparés, en particulier, nécessitent des procédures spécifiques, des structures de soutien et des dispositions de tutelle répondant à leurs besoins et à leurs vulnérabilités.

Les filles et les jeunes femmes ont besoin de mesures de protection tenant compte de leur sexe et reconnaissant les risques accrus auxquels elles sont confrontées tout au long de leur parcours migratoire, notamment les violences sexistes et sexuelles, l’exploitation, les mariages précoces et forcés, les grossesses non désirées, la stigmatisation et les obstacles à l’accès à des services tels que l’éducation et les soins de santé. Les mesures de protection spécifiques au genre doivent être conçues pour faire face à ces risques, en veillant à ce que les filles en mouvement soient non seulement protégées contre les préjudices, mais aussi habilitées à faire valoir leurs droits. Les femmes policières abaissent souvent le seuil de signalement des cas sensibles tels que les abus sexuels ou l’exploitation, qui risqueraient autrement de ne pas être signalés. Si elles sont détenues, les filles doivent avoir accès à des produits d’hygiène menstruelle et à des services de santé sexuelle et reproductive, ainsi qu’à des locaux séparés de ceux des adultes et des garçons.

Bonnes Pratiques

  • Égypte: pour les enfants sans papiers, le projet EAMR a mis en place des mesures d’atténuation, en fournissant notamment une aide financière et un soutien pour l’obtention de documents temporaires, ainsi qu’en déployant des mentors communautaires pour accompagner les procédures. L’EAMR a formé des partenaires locaux pour qu’ils mettent en place des comités avec des gestionnaires de cas fournissant un soutien, notamment financier, aux enfants sans papiers.
  • Éthiopie: le projet EAMR a soutenu l’adoption et l’opérationnalisation par le gouvernement du CPIMS+ et de la base de données CPIMS+ au niveau des districts et du pays, y compris en fournissant aux acteurs locaux l’équipement nécessaire à sa mise en œuvre. Coordonné par différentes organisations des Nations unies et des ONG et mis en œuvre dans de nombreux pays, CPIMS+ est un système d’enregistrement numérique qui fournit des normes mondiales pour l’enregistrement des enfants vulnérables, renforce les processus de documentation et améliore la gestion des dossiers.
  • Maroc: le projet EJM soutient les projets pilotes locaux. À Oujda, l’engagement du Procureur général du Roi a été déterminant dans la délivrance de cartes de légitimation qui permettent aux EJM d’accéder aux services et les protègent contre les arrestations ou les détentions arbitraires.
  • Maroc: les organisations partenaires du projet EJM, en particulier dans le cadre de leur travail de gestion des cas individuels, ont accompagné des enfants et des jeunes dans l’obtention de documents consulaires et/ou dans leur enregistrement en tant que requérants d’asile auprès du HCR. Le fait de disposer de ces documents d’enregistrement facilite l’accès aux services essentiels.
  • Tunisie: «Les enfants sont des enfants avant d’être des migrants» – l’intérêt supérieur de l’enfant doit primer. Le projet EJM invite les organisations institutionnelles locales à se rencontrer et à discuter des opportunités pour travailler localement sur un environnement plus inclusif, pour promouvoir les bonnes pratiques et des pratiques inclusives, mais discrètement en raison du contexte politique et de la criminalisation.

Pourquoi
Sans identité légale, les EJM sont de facto invisibles. L’absence de documents d’état civil pour les EJM, qu’elle soit due à des restrictions d’accès dans le pays d’accueil ou au non-enregistrement de la naissance – accroît le risque de traite, d’exploitation, de recrutement par des groupes armés, d’apatridie et de disparition. De même, une fausse identité ou une identité frauduleuse comme stratégie d’adaptation inadéquate aux restrictions d’âge ou aux contraintes de déplacement compromet leur traçabilité et accroît le risque de disparition.

Messages
Les États devraient veiller à ce que chaque enfant soit enregistré et muni de papiers d’identité, indépendamment de son statut ou de son lieu de résidence, en offrant des possibilités d’enregistrement gratuit et à bas seuil.

Lorsque les enfants et les jeunes sont documentés à un stade précoce, des ressources plus importantes peuvent être consacrées à la phase de réintégration plutôt qu’à des procédures administratives comme l’accès aux registres d’état civil ou l’obtention d’autorisations de voyage. Des systèmes d’enregistrement efficaces soutiennent également les processus de retour et de réintégration durables. Il s’agit notamment de systèmes numériques, de procédures judiciaires simplifiées et d’une bonne coopération avec les organisations locales et les organisations de réfugiés. Dans les cas où les enfants et les jeunes ont eu recours à l’usurpation d’identité, les États devraient envisager des amnisties pour permettre une régularisation sans sanction.

Bonnes Pratiques

  • Éthiopie: le projet EAMR a soutenu l’adoption et l’opérationnalisation par le gouvernement du CPIMS+ (Child Protection Information Management System Plus) et de la base de données CPIMS+ au niveau des districts et du pays, y compris la fourniture aux acteurs locaux de l’équipement nécessaire à sa mise en œuvre. Coordonné par différentes organisations des Nations unies et des ONG et mis en œuvre dans plusieurs pays à travers le monde, CPIMS+ est un système d’enregistrement numérique qui fournit des normes mondiales pour l’enregistrement des enfants vulnérables, renforce les processus de documentation et améliore la gestion des dossiers.
  • EJM (régional): s’appuyant sur l’expérience du SSIAO (Service Social International – Afrique de l’Ouest), partenaire du projet EJM, le RAO (Réseau Afrique de l’Ouest pour la protection des enfants, un mécanisme régional de coordination, de gestion transnationale des cas et d’amélioration de la qualité des services pour les EJM) veille à ce que les EJM vulnérables qui ont traversé les frontières entre deux ou plusieurs pays bénéficient d’une prise en charge transnationale. Pour ce faire, le RAO a harmonisé des outils tels que le Manuel de Procédures de Prise en charge et Standards de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) pour la protection et la réintégration des EJM, une base de données régionale informatisée (CaseData) et des formulaires harmonisés de collecte d’informations. Le SSIAO assure la coordination régionale pour le RAO afin de maintenir les acquis, mais aussi de renforcer les liens avec le Service social international – Secrétariat général (SSI-SG) au Maroc et en Tunisie.
  • Guinée: le projet EJM soutient les organisations partenaires dans la recherche et l’obtention de documents d’état civil ou d’identification pour les enfants déplacés à l’intérieur de leur pays, garantissant malgré cela qu’ils soient documentés et traçables.
  • Mali: le projet EJM a établi une bonne collaboration avec les autorités nationales (par exemple la direction de la police des frontières) et les ambassades/consulats des pays d’origine pour la délivrance de documents de voyage tels que des laissez-passer pour les retours volontaires et les regroupements familiaux.
  • Mali: le projet EJM collabore avec le projet RFL (Restoring Family Links, ou Rétablissement des liens familiaux) de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Ensemble, ils ont par exemple soutenu la prise en charge et la réunification des migrants libériens, y compris des enfants, au Mali. Pour le RFL, les documents d’état civil sont essentiels pour chercher les migrants disparus (par exemple, les personnes disparues en mer ou dans un pays de transit ou d’accueil). Lorsque les familles cherchent à retrouver une personne, le RFL demande des documents permettant d’identifier les migrants disparus. Ces documents sont communiqués à la Croix-Rouge/au Croissant-Rouge du pays où la personne a disparu, afin de mener les recherches. Par ailleurs, le RFL a mis au point l’outil «trace the face». Dans le cas d’un migrant décédé dont la famille n’a pas été retrouvée, le RFL recueille les données GPS de la tombe de la personne afin de les communiquer à la famille lorsqu’elle est retrouvée. En outre, le CICR fournit un document de voyage permettant aux personnes sans papiers d’être réunies, y compris les enfants non accompagnés et séparés.
  • Mali: avec l’appui de la DDC, un Groupe de travail sur la documentation civile et l’identité légale a été mis en place. Il sert de cadre de plaidoyer et de dialogue politique au Mali et a conduit à l’adoption de procédures dérogatoires pour l’accès à la documentation civile des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, (carte nationale d’identité) et de leurs enfants (acte de naissance). Le groupe de travail rend compte au Cluster Protection au Mali, qui est également soutenu par la Suisse.

Pourquoi
Les ressources limitées et le manque de coordination entre les pays et à l’intérieur de ceux-ci constituent un défi pour tous les États. La collaboration transfrontalière peut contribuer à surmonter les obstacles systémiques à l’enregistrement des faits d’état civil entre les États et à créer des synergies grâce à de bonnes pratiques.

Messages
Les États devraient renforcer la coopération régionale pour protéger les droits des enfants migrants en encourageant le dialogue, en partageant les bonnes pratiques comme les unités mobiles d’enregistrement, les systèmes numériques et les campagnes communautaires, ainsi qu’en coordonnant le renforcement des capacités et l’accès aux services le long des itinéraires de migration. Il s’agit notamment de renforcer la coordination entre les services d’enregistrement des différents pays afin de faciliter la reconnaissance et la communication des documents officiels.

Bonnes Pratiques

  • Éthiopie: le projet EAMR, en collaboration avec l’OIM, l’UNICEF et le HCR, soutient l’IGAD dans l’élaboration de procédures opérationnelles normalisées transfrontalières pour la gestion des cas d’enfants migrants.
  • EJM (régional): le RAO est un mécanisme régional de coordination, de gestion transnationale des cas et d’amélioration de la qualité des services pour les EJM. Par l’intermédiaire du RAO, le projet EJM soutient la mise en place ou le renforcement de mécanismes de protection communautaire, qu’ils soient transnationaux (comités transfrontaliers) ou nationaux (personnel de soutien communautaire, comités locaux, familles d’accueil). Ces mécanismes jouent un rôle clé dans la détection des situations de vulnérabilité, l’identification précoce des cas et la coordination entre les services communautaires et les services techniques. Dans le cadre du projet EJM en Afrique du Nord, un projet pilote en collaboration avec un partenaire EJM basé au Maroc est en cours de déploiement via le renforcement des capacités, la coordination transnationale basée sur la société civile et l’intégration du partenaire marocain dans le système numérique de gestion de cas RAO CaseData.
  • Maroc: le projet EJM a facilité et soutenu le renforcement de la coordination transnationale entre un partenaire local du projet et un membre du RAO en Guinée pour la gestion des cas individuels, y compris les processus de retour et de réintégration.
  • Mali: soutien au Groupement Local de Coopération Transfrontalière (GLCT) entre le Mali et la Côte d’Ivoire, réunissant les communautés frontalières des deux pays.
  • Mali: le projet EJM a établi une bonne collaboration avec les autorités nationales (par exemple la direction de la police des frontières) et les ambassades/consulats des pays d’origine pour la délivrance de documents de voyage tels que des laissez-passer pour les retours volontaires et les regroupements familiaux des EJM.

Pourquoi
Des ressources limitées et un manque de coordination sont des défis considérables pour répondre à la nécessité de fournir un accès à l’enregistrement aux EJM. Les acteurs de la protection de l’enfance et de la migration travaillent trop souvent en vase clos, ce qui crée des lacunes dans la protection effective des EJM. Si certaines responsabilités doivent clairement rester du ressort de l’État, l’implication des communautés, des organisations de la société civile (OSC) et des autorités locales est essentielle pour garantir l’accès aux EJM, combler les lacunes et assurer une prestation de services inclusive.

Messages
Pour surmonter les obstacles liés à la documentation et garantir des approches intégrées, les États devraient collaborer activement avec les autorités et les communautés locales, ainsi qu’avec les organisations de la société civile, afin d’atteindre les jeunes migrants, de les sensibiliser et de leur fournir des services.

La reconnaissance des réseaux communautaires informels, dirigés par des réfugiés ou des jeunes, qui ont souvent un accès plus étroit aux populations sans papiers, ainsi que l’établissement de partenariats avec eux, peuvent contribuer à instaurer un climat de confiance et à améliorer la portée des actions tout en maintenant les normes de protection. Pour répondre aux besoins spécifiques et aux vulnérabilités des filles, la coopération avec les organisations et les réseaux de défense des droits des femmes est particulièrement importante.

Bonnes Pratiques

  • Égypte: les partenaires du projet EAMR sont en mesure d’atteindre les jeunes sans-papiers par le biais de réunions régulières avec les dirigeants de la communauté.
  • Éthiopie: le projet EAMR a établi des protocoles d’entente avec les autorités régionales et de district pour faciliter les processus de documentation et la gestion des dossiers, y compris l’identification, le retour, le suivi après le retour et l’aide à la réintégration des enfants migrants non accompagnés et des enfants rapatriés.
  • Soudan: au niveau local, le projet EAMR a soutenu le personnel détaché au sein des services locaux du gouvernement, qui diffusent des approches de sélection et de priorisation axées sur la vulnérabilité, plaçant ces besoins au-dessus des considérations de statut administratif. • Guinée: le projet EJM soutient les organisations partenaires dans la recherche et l’obtention de documents d’état civil ou d’identification pour les enfants déplacés, garantissant malgré cela qu’ils soient documentés et traçables.
  • Mali: le projet EJM a permis une collaboration efficace entre les organisations de défense des droits des migrants, les autorités nationales et les consulats afin de délivrer des documents de voyage pour les retours volontaires.
  • Maroc: le projet EJM a revitalisé les groupes de travail sur la protection (GTP) à Casablanca et à Oujda, en renforçant les espaces de coordination, d’orientation et de dialogue entre les autorités locales, les ONG internationales et la société civile – y compris les organisations dirigées par des migrants – avec la contribution active des partenaires locaux du projet EJM, MS2 et Bayti.

Pourquoi
Souvent, les EJM n’ont pas accès aux documents d’état civil standard car ils ont dû fuir, leur naissance n’a pas été enregistrée, ou à cause d’obstacles administratifs. En l’absence de systèmes flexibles acceptant d’autres formes de preuves, ces enfants et jeunes restent invisibles, exclus des systèmes d’éducation, de soins et de protection, et exposés aux risques d’apatridie et d’exploitation.

Messages
Les États sont encouragés à reconnaître et à accepter d’autres formes de preuves, comme les témoignages de la communauté, les documents religieux ou coutumiers et l’enregistrement rétroactif, afin de garantir que chaque enfant puisse bénéficier d’une identité et d’une protection juridiques, quelles que soient les circonstances dans lesquelles il se trouve.

Bonnes Pratiques

  • Égypte: l’EAMR a mis en place des comités dirigés par des OSC ou des communautés locales qui utilisent les témoignages de la communauté pour établir l’identité à des fins d’enregistrement par les gestionnaires de cas.
  • Mali: le projet EJM a soutenu des ONG pour l’établissement de jugements supplétifs (procédures judiciaires permettant aux individus d’obtenir des documents d’état civil par le biais d’une décision de justice lorsque la procédure administrative normale n’est plus possible en raison d’un retard, d’une perte ou de l’absence d’enregistrement initial) pour les enfants et les jeunes déplacés à l’intérieur de leur pays.

2 Renforcer la coopération régionale des systèmes de gestion des cas

Pourquoi
Les enfants en mobilité, en particulier les enfants non accompagnés, sont d’abord et avant tout des enfants, quel que soit leur statut migratoire. À ce titre, ils ont droit à des mécanismes de protection spécifiques qui tiennent compte de leur vulnérabilité accrue et de leurs besoins particuliers. Lorsque les réponses politiques se concentrent principalement sur la gestion des migrations, les garanties spécifiques aux enfants risquent d’être négligées ou appliquées de manière incohérente. Dans les contextes transfrontaliers, l’incohérence des normes, des procédures et des interprétations des principes de protection de l’enfance peut nuire à la continuité des soins et à l’application efficace des garanties.

Message
Les organisations régionales et les États membres sont appelés à établir et à maintenir un engagement normatif commun qui affirme la primauté de l’intérêt supérieur de l’enfant à tous les stades de la gestion des cas. Cet ancrage régional permet de s’assurer que chaque enfant est traité avant tout comme un enfant, indépendamment de son statut migratoire, et constitue un point de référence commun pour les praticiens locaux, les systèmes nationaux et les mécanismes de coopération transfrontalière.

Bonnes Pratiques
Expériences régionales:

  • Afrique de l’Est: grâce à l’engagement de l’IGAD, le projet EAMR a soutenu le développement du cadre régional de politique de l’enfance de l’IGAD, qui interdit explicitement la détention d’enfants pour des raisons liées à l’immigration et affirme que chaque enfant doit être traité avant tout comme tel, quel que soit son statut migratoire.
  • Afrique de l’Ouest: le projet EJM soutient le fonctionnement du Réseau Afrique de l’Ouest (RAO) en tant que mécanisme de la société civile et de l’État qui institutionnalise le droit à la protection pour chaque enfant sur les routes migratoires transfrontalières, permettant un ancrage institutionnel, des outils et un suivi harmonisé, ainsi que la transposition d’un modèle ascendant fondé sur les droits en un instrument de politique régionale formel adopté par la CEDEAO.

Expériences spécifiques aux pays:

  • Éthiopie: grâce au projet EAMR, de multiples consultations avec des enfants ont été organisées en Éthiopie, en Somalie, à Djibouti et au Kenya afin d’inclure la voix des enfants dans les processus d’élaboration des politiques et de s’assurer que leurs perspectives sont reflétées dans le cadre régional de politique de l’enfance de l’IGAD. Les consultations ont respecté les principes de protection de l’enfance, avec une approche adaptée aux enfants et des mesures de sécurité rigoureuses.
  • Tunisie: dans un contexte politiquement sensible, où la migration est un sujet délicat, le projet EJM se concentre sur la protection de l’enfance, en travaillant directement avec les délégués à la protection de l’enfance et en abordant les dimensions pertinentes de la mobilité dans leur travail. Cette stratégie permet d’aborder les questions liées à la migration sans exposer les acteurs à des tensions politiques directes, ce qui démontre l’adaptation contextuelle des approches de plaidoyer.

Pourquoi
La gestion des cas transfrontaliers et transnationaux est renforcée par des structures régionales stables qui contribuent à assurer la continuité, à éviter les doubles emplois et à maintenir des normes harmonisées. L’intégration d’initiatives au sein d’organisations internationales ou régionales renforce la légitimité et crée des voies pour la durabilité à long terme au-delà des projets individuels. Parallèlement, les cadres politiques régionaux et multilatéraux sont essentiels pour assurer la cohérence entre les systèmes nationaux. En l’absence de principes et de procédures communs, les enfants en mobilité sont confrontés à une protection inégale et à des lacunes dans l’aide apportée le long des itinéraires de migration.

Message
Les États et les organisations régionales sont invités à intégrer formellement les initiatives de protection inclusive des enfants dans les cadres politiques régionaux et multilatéraux, à renforcer les mécanismes à long terme pour permettre une harmonisation, une coopération et une supervision efficaces et efficientes dans la gestion des cas d’enfants migrants transnationaux.

Bonnes Pratiques
Expériences régionales:

  • Afrique de l’Est: l’IGAD a formalisé les engagements régionaux en mécanismes de coordination contraignants entre ses huit États membres avec le cadre régional de politique de l’enfance de l’IGAD et élabore des procédures opérationnelles standards (POS) transfrontalières axées sur la gestion des cas grâce au soutien technique et financier du projet EAMR. En intégrant la protection de l’enfance dans une structure intergouvernementale, l’IGAD garantit la légitimité politique, l’harmonisation des normes et la continuité au-delà des projets individuels. Cette approche permet d’éviter les doublons, d’aligner les autorités chargées de la sécurité et de l’immigration sur les obligations en matière de droits de l’enfant et de créer une plateforme durable pour la gestion des cas transfrontaliers.
  • Afrique de l’Est: le projet EAMR, qui fonctionne dans le cadre d’un protocole d’accord entre l’IGAD et Save the Children, a permis d’inclure l’IGAD dans un dialogue régional entre l’OIM, l’UNICEF et Save the Children. Ainsi, les efforts de l’IGAD en matière de POS ont pu être reliés à d’autres discussions et initiatives en cours.
  • Afrique de l’Est: l’IGAD, qui collabore avec le projet EAMR, implique délibérément les ministères de l’intérieur, de la défense, de l’immigration et de la justice pour s’assurer que les agences chargées de la sécurité comprennent les normes de protection relatives aux enfants et s’engagent à les respecter.
  • Afrique de l’Ouest et du Nord: le projet EJM a renforcé le Réseau Afrique de l’Ouest (RAO) en tant que réseau de la société civile et de l’État afin de combler les lacunes en matière de protection concrète le long des routes migratoires en Afrique de l’Ouest. Depuis 2016, le RAO est un cadre de référence formel pour la gestion transnationale des cas, reconnu par la CEDEAO, avec des normes et des procédures pour la protection et la réintégration des EJM et d’autres outils harmonisés (par exemple, les panels de protection), soutenus par divers acteurs tels que les points focaux de la société civile et leurs réseaux nationaux, les départements de protection de l’enfance et les acteurs communautaires.

Pourquoi
Les enfants qui traversent les frontières risquent de passer à travers les mailles du filet social lorsque les procédures et les outils diffèrent d’un pays à l’autre. Des mécanismes et des outils parallèles non harmonisés peuvent rendre la coordination difficile et ralentir l’identification, les soins, l’orientation, le rapatriement, la réintégration et le suivi en temps voulu. L’harmonisation permet de partager des normes et des principes, d’assurer une coordination plus claire et d’identifier, d’orienter et de suivre efficacement les enfants dans les différentes juridictions, ce qui réduit en fin de compte les risques liés à la protection auxquels ils peuvent être confrontés.

Message
Les États et les organisations régionales sont invités à élaborer, à adopter et à mettre en œuvre des procédures standards et des outils interopérables pour la gestion des cas, afin que les systèmes de protection de l’enfance puissent fonctionner sans interruption au-delà des frontières. Les procédures internationales et régionales existantes et les systèmes de gestion des cas devraient rechercher des synergies et tendre vers une plus grande harmonisation afin de permettre une collaboration transfrontalière et un échange d’informations efficaces.

Bonnes Pratiques
Expériences régionales:

  • Afrique de l’Est: tout en soutenant le développement des procédures opérationnelles standard (POS) régionales de l’IGAD pour la protection et l’assistance des enfants en mobilité, le projet EAMR a soutenu le développement de formats POS à deux colonnes montrant les procédures de chaque pays côte à côte. Cette approche comparée systématique a permis d’harmoniser les efforts tout en respectant les différences entre les procédures nationales, ce qui s’est avéré efficace pour identifier les lacunes dans les systèmes où les enfants pouvaient passer à travers les mailles du filet social.
  • Afrique de l’Ouest et du Nord: le projet EJM a soutenu le Réseau Afrique de l’Ouest (RAO) et le renforcement des bases de données du RAO, en particulier Case Data (base opérationnelle) et FineCash (base financière), dans le but de favoriser la communication entre les systèmes, ce qui permet de rendre la gestion des cas plus efficace et d’améliorer le suivi financier en Afrique de l’Ouest. Avec le soutien de la SSI-SG, Case Data est également utilisé par Bayti, organisation partenaire du projet EJM au Maroc. Ces outils harmonisés sont basés sur l’utilisation des procédures et des normes de soutien de la CEDEAO pour la protection et la réintégration des enfants vulnérables en mobilité et des jeunes migrants.

Expérience spécifique au pays:

  • Éthiopie: le projet EAMR a soutenu le déploiement national du CPIMS+, qui appartient désormais au gouvernement. Le projet a apporté un soutien technique et financier important à ce système qui renforce la gestion des cas de protection de l’enfance et la recherche/réunification des familles.
  • Maroc: SSI-SG, partenaire du projet EJM, a soutenu l’élaboration de procédures opérationnelles standard (POS) nationales pour les enfants en mobilité, sous la direction de l’UNICEF et lancées en octobre 2025. Élaborées entre 2019 et 2023 avec la participation de multiples parties prenantes, ces POS ont été testées par Bayti, partenaire du projet, et il est prévu d’étendre ce soutien à d’autres partenaires au cours de la phase II du projet EJM. Les POS établissent une méthodologie harmonisée basée sur l’intérêt supérieur de l’enfant, afin de garantir des solutions coordonnées et durables pour les enfants en mobilité, que ce soit au Maroc, dans un pays tiers ou dans leur pays d’origine.

Pourquoi
Pour être efficaces, les systèmes de gestion des cas basés sur les itinéraires requièrent à la fois des approches ascendantes, qui sont pilotées localement, c’està-dire des mécanismes basés sur la pratique qui garantissent la réactivité et la confiance, ainsi que des mécanismes descendants, tels que des cadres politiques ancrés au niveau régional qui garantissent la cohérence, la légitimité et la durabilité le long des itinéraires de migration. La collaboration entre les différents niveaux de gouvernance permet de s’assurer que les politiques tiennent compte des réalités pratiques sur le terrain et que les mécanismes opérationnels s’alignent sur les normes régionales, maximisant ainsi la protection des enfants en mobilité.

Message
Les États, les organisations régionales et les organisations de la société civile (OSC) sont invités à soutenir les mécanismes qui intègrent les cadres politiques régionaux au travail de première ligne des réseaux institutionnels et communautaires, en veillant à ce que les pratiques et les connaissances locales informent les politiques et à ce que les politiques guident la coordination opérationnelle.

Bonnes Pratiques
Expériences régionales:

  • Afrique de l’Ouest: le RAO, renforcé par le projet EJM, représente un modèle ascendant. Né d’une coordination sur le terrain entre les organisations de la société civile, les travailleurs sociaux et les autorités locales et nationales, il s’est développé organiquement pour répondre aux besoins concrets de protection le long des routes d’Afrique de l’Ouest. Au fil du temps, ce réseau communautaire s’est institutionnalisé au sein de la CEDEAO, transformant la coopération opérationnelle en normes régionales pour la gestion des cas transnationaux. Le projet EJM a soutenu les efforts de plaidoyer régionaux du RAO pour renforcer la collaboration entre les acteurs de l’État et de la société civile et pour plaider en faveur d’un investissement équilibré entre les activités de renforcement du système et le soutien financier pour fournir des services directs aux enfants.
  • Afrique de l’Est: le cadre politique de protection de l’enfance de l’IGAD et les POS transfrontalières, élaborées avec le soutien technique et financier du projet EAMR, constituent un modèle descendant, piloté par la région. En tant que mécanisme intergouvernemental, l’IGAD fournit le mandat politique et la structure d’orientation nécessaires à l’harmonisation des normes et des procédures de protection de l’enfance entre ses États membres dans la Corne de l’Afrique. Grâce à ces instruments, et en incluant les niveaux locaux – par la consultation et le travail sur le terrain avec les praticiens locaux, et l’inclusion d’exercices de simulation – les engagements régionaux se traduisent par une coordination formelle, des protocoles partagés, et des systèmes interopérables à travers les frontières.

Pourquoi
Les EJM traversent de multiples juridictions et leur protection dépend d’une coordination fonctionnelle entre les pays. Des mécanismes transfrontaliers structurés permettent de retrouver les familles, d’assurer le suivi des cas et de fournir des services continus dans l’intérêt supérieur de l’enfant, même en cas de conflit ou dans d’autres contextes d’insécurité.

Message
Les États et les organisations régionales sont invités à formaliser les structures de coordination transfrontalière, par exemple par le biais de protocoles d’accord conjoints ou de voies d’orientation transfrontalières, afin de garantir une collaboration opérationnelle entre les autorités nationales et les OSC. Les acteurs de la société civile devraient être activement impliqués et bénéficier d’un accès sûr aux zones frontalières.

Bonnes Pratiques
Expériences régionales:

  • Afrique de l’Ouest: le RAO offre un modèle de coordination unique qui rassemble plus de 1000 acteurs de la société civile et du gouvernement autour de procédures communes, d’un système d’information harmonisé et d’une gouvernance fonctionnelle assurée par la CEDEAO et le SSI-AO (partenaire du consortium du projet EJM).
  • Afrique de l’Ouest: le projet EJM a renforcé la coordination transfrontalière dans le cadre du RAO en soutenant les comités opérationnels transfrontaliers tels que le groupe de coordination Mali-Guinée, qui facilite la recherche des familles, les renvois et le suivi au-delà des frontières, garantissant ainsi la continuité de la protection. De nouvelles paires de pays, par exemple le Sénégal et la Guinée, ou le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, ont également été incluses avec le soutien du projet EJM.

Expériences spécifiques aux pays:

  • Soudan: les équipes de sensibilisation et d’autres équipes du projet EAMR ont pu utiliser des applications de messagerie pour rester à la disposition de leurs pairs pendant la migration et après l’arrivée dans de nouveaux lieux. Les équipes pourraient également aider les mécanismes de référencement et relier les informations cartographiques de Save the Children et d’autres organisations avec les participants au projet.
  • Soudan: le projet EAMR soutient une coordination étroite avec d’autres parties prenantes nationales et internationales afin de garantir la complémentarité et d’éviter la duplication des efforts. Par exemple, l’équipe du projet Save the Children travaille en étroite coordination avec le Migrants Resource Centre (MRC) de l’OIM, ce qui permet le partage de données et l’échange d’expériences dans le corridor Afrique de l’Est-Yémen.
  • Maroc: le projet EJM a favorisé l’établissement de liens entre l’Afrique du Nord et de l’Ouest en intégrant le Maroc dans le réseau RAO, notamment au moyen de la base de données Case Data, en encourageant l’apprentissage par les pairs entre les gestionnaires de cas d’Afrique de l’Ouest et du Nord et en jetant les bases d’un système interrégional plus large.
  • Mali: le projet EJM a établi une bonne collaboration avec les autorités nationales (par exemple la direction de la police des frontières) et les ambassades/consulats des pays d’origine pour la délivrance de documents de voyage tels que des laissez-passer pour les retours volontaires et les regroupements familiaux des EJM.
  • Mali: le projet EJM a soutenu la création du Groupement Local de Coopération transfrontalière (GLCT), qui renforce les mécanismes transfrontaliers de protection des EJM entre le Mali et la Côte d’Ivoire et collabore avec la commission pour la promotion et la protection des femmes et des enfants au sein du GLCT.

Pourquoi
Les cadres de lutte contre la traite des êtres humains constituent des points d’entrée pour la collaboration entre les acteurs de la protection des enfants et des jeunes, de la migration et de la sécurité. La coordination entre les secteurs améliore l’identification, l’orientation et la protection des enfants, en particulier dans les contextes de migration à haut risque. Parallèlement, compte tenu de la sensibilité du sujet, une collaboration efficace en matière de lutte contre la traite nécessite une approche prudente et doit être fermement ancrée dans les droits de l’enfant et les principes de protection.

Message
Les États et les organisations régionales sont invités à intégrer les mesures de lutte contre la traite dans les stratégies de protection des enfants et des jeunes et à faciliter les opérations conjointes, le partage d’informations et la coordination intersectorielle. Cela doit se faire en évitant les pratiques qui peuvent conduire à la criminalisation, au profilage ou au préjudice des enfants et des jeunes, en particulier ceux qui se trouvent en situation de migration irrégulière.

Bonnes Pratiques
Expériences régionales:

  • Afrique de l’Est: le projet EAMR a identifié la lutte contre la traite des êtres humains comme un point d’entrée efficace pour un engagement multisectoriel, permettant d’accéder aux responsables de la gestion des migrations qui pourraient autrement être réticents à participer à des initiatives de protection de l’enfance. Cette approche a permis de jeter des ponts entre les différentes priorités sectorielles et d’impliquer davantage les parties prenantes dans les discussions sur la coordination de la gestion des cas.
  • Afrique de l’Est: Save the Children a publié un guide de protection transfrontalière (Cross-Border Protection of Children on the Move in East and Southern Africa: A quick reference guide for bilateral coordination), qui montre les synergies entre la traite d’êtres humains et la coordination transfrontalière.

Expérience spécifique au pays:

  • Mali: le projet EJM a aidé le réseau RAO à mener une opération conjointe avec la police (brigade de protection des mineurs) en 2023, identifiant 46 victimes de la traite grâce aux efforts coordonnés entre le RAO et les forces de l’ordre, démontrant ainsi une collaboration efficace entre les acteurs de la protection de l’enfance et de la sécurité.

Pourquoi
Les outils numériques renforcent l’efficacité, la responsabilité et la coordination en temps réel entre les pays. Lorsqu’ils sont conçus en fonction de l’intérêt supérieur et de la participation de l’enfant, les systèmes interopérables permettent un partage sécurisé des informations et favorisent une prise de décision rapide en matière de protection, fondée sur des données probantes.

Message
Les États et les organismes régionaux sont invités à investir dans des plateformes numériques et des bases de données interopérables, sécurisées et centrées sur l’enfant, afin d’améliorer la gestion des cas transfrontaliers et de faciliter l’échange d’informations en toute sécurité entre les gouvernements, les réseaux régionaux et la société civile. Pour être efficaces, ces systèmes doivent être adaptés aux enfants et conformes à l’éthique, et comporter des garanties solides qui protègent leurs informations personnelles et respectent leur vie privée ainsi que leur droit à donner leur consentement éclairé.

Bonnes Pratiques
Expérience régionale:

  • Afrique de l’Ouest et du Nord: le projet EJM a soutenu le développement et le renforcement des bases de données du RAO, en particulier Case Data (base opérationnelle) et FineCash (base financière), dans le but de favoriser la communication entre les systèmes, ce qui permet de rendre la gestion des cas plus efficace et d’améliorer le suivi financier en Afrique de l’Ouest, y compris au Maroc. À titre d’exemple concret, la plateforme Case Data a été pilotée pour permettre un partage sécurisé d’informations entre le Maroc et les pays d’origine, principalement la Guinée, grâce à un partenariat avec le Mouvement africain des enfants et jeunes travailleurs (MAEJT), partenaire du consortium du projet EJM. Chaque jeune dispose d’un dossier unique composé de cinq fiches standardisées (deux fiches d’évaluation, une fiche sur la situation familiale dans le pays d’origine, une fiche de projet d’accompagnement personnalisé, une fiche de suivi-évaluation). Le système génère des notifications automatiques permettant une coordination en temps réel entre les gestionnaires de cas. L’accès est strictement contrôlé et seuls les gestionnaires de cas, les partenaires locaux et les SSI-AO/SSI-SG y ont accès.

Expérience spécifique au pays:

  • Éthiopie: le projet EAMR a soutenu la mise en place et le déploiement national de CPIMS+/Primero, qui appartient désormais au gouvernement mais qui a bénéficié d’un soutien technique et financier important de la part du projet. Le système dote les travailleurs sociaux d’outils leur permettant de lutter contre les violences sexistes et sexuelles, de faciliter la recherche et la réunification des familles et de concevoir des services de protection de l’enfance efficaces.

Pourquoi
La gestion des cas transfrontaliers dépend d’acteurs compétents, bien coordonnés et équipés. La formation continue et l’échange entre pairs (y compris au-delà des frontières nationales) garantissent la qualité, l’harmonisation des approches et la mise en place de réseaux capables de réagir efficacement au-delà des frontières. Le maintien de ces capacités nécessite des ressources adéquates, car les systèmes sous-financés risquent d’être fragmentés, de ne pas donner la priorité aux efforts politiques et d’entraver les progrès durables dans la mise en place de structures de protection résilientes.

Message
Les États, les organisations régionales, les ONG et les OSC sont invités à investir dans le renforcement des capacités et dans des programmes structurés d’échange entre pairs pour les acteurs de première ligne, en encourageant la collaboration, les compétences techniques et la coordination transfrontalière. Pour soutenir ces efforts, les donateurs sont invités à fournir un financement ciblé pour la gestion des cas et la collaboration au niveau politique, afin de garantir des systèmes de protection solides et durables.

Bonnes Pratiques
Expériences régionales:

  • Afrique de l’Est: le projet EAMR a institutionnalisé un modèle de détachement en soutenant le financement pour engager un expert en protection de l’enfance au sein de l’IGAD, qui a pour mission de diriger le développement du cadre régional de politique de l’enfance de l’IGAD et des POS régionales, renforçant ainsi la capacité technique de l’organisation.
  • Afrique de l’Ouest: le projet EJM a mis en œuvre un programme régional de renforcement des capacités par l’intermédiaire du RAO pour les agents de soutien communautaire, couvrant les normes de gestion des cas, le soutien psychosocial, la formation, la gestion financière des associations et le développement institutionnel, renforçant ainsi la coordination au Mali, au Niger et en Guinée.
  • Afrique de l’Ouest: le projet EJM a mis en place des pools de formateurs sur les différents aspects de la protection des EJM, y compris la gestion des cas. Les formateurs, un mélange d’acteurs étatiques et de représentants de la société civile, ont ensuite dispensé des formations en cascade aux acteurs locaux dans leurs pays respectifs.

Expériences spécifiques aux pays:

  • Égypte: le projet EAMR a formé des partenaires locaux pour qu’ils mettent en place des comités avec des gestionnaires de cas fournissant un soutien, notamment en espèces, aux enfants sans papiers.
  • Soudan et Éthiopie: le projet EAMR a soutenu le renforcement d’un groupe de travail transfrontalier, permettant aux travailleurs sociaux de première ligne de collaborer en temps réel sur l’identification, l’orientation et la recherche des familles des enfants traversant la frontière entre Métemma et Gallabat. Les enfants bloqués dans cette zone frontalière bénéficient d’un abri et d’un soutien psychosocial.
  • Soudan: le projet EAMR a soutenu le personnel détaché au sein des services locaux du gouvernement au niveau des assistants sociaux. Ces postes détachés se sont révélés particulièrement utiles pour diffuser des approches de sélection et de priorisation axées sur la vulnérabilité pour l’accès aux services, en plaçant les besoins au-dessus des considérations de statut administratif.
  • Tunisie: le projet EJM a soutenu la formation de 42 nouveaux délégués à la protection de l’enfance afin de renforcer les compétences générales en matière de gestion des cas, d’introduire des concepts et des outils de gestion transnationale et de créer des liens durables entre les professionnels. Le projet a facilité la création de réseaux informels mais durables par le biais d’un groupe WhatsApp réunissant les participants à la formation.
  • Tunisie et Maroc: les partenaires du consortium du projet EJM, SSI-SG et SSI-AO, ont assuré le renforcement des capacités de gestion des cas pour les partenaires locaux, tels que l’ADDCI et Bayti au Maroc. La formation comprenait également du travail transnational.
  • Maroc: le projet EJM a soutenu des conférences de cas régulières, permettant des discussions collectives sur des situations complexes et mobilisant l’expertise de différents acteurs. Cette pratique transforme la gestion de cas d’acte individuel en un processus collectif et réfléchi. Des réunions techniques régulières avec le SSI-AO, partenaire du consortium du projet EJM, ont permis d’affiner les approches et de résoudre les difficultés techniques ou méthodologiques.
  • Mali: renforcement des capacités des ONG partenaires du projet EJM auprès des autorités locales, des organisations de la société civile et des acteurs communautaires sur la manière de prendre en compte les besoins des EJM (protection, éducation, formation professionnelle).

Pourquoi
Les EJM sont souvent plus efficacement touchés par les réseaux communautaires de confiance. Engager des leaders locaux, des groupes de jeunes, des groupes de réfugiés et des réseaux de la diaspora améliore l’identification précoce, l’orientation et la réintégration, en complément des systèmes de protection existants. Ces acteurs peuvent également jouer un rôle important pendant les crises et soutenir des structures ad hoc pour protéger les EJM.

Message
Les États et les organisations régionales sont appelés à soutenir les structures communautaires et les acteurs locaux et à collaborer avec eux, en veillant à ce que les mécanismes de protection de l’enfance soient ancrés dans les réalités des populations touchées et résistent aux crises.

Bonnes Pratiques
Expériences régionales:

  • Afrique de l’Est: le projet EAMR a mis en place des équipes locales de sensibilisation, composées de jeunes migrants, qui établissent des liens avec la communauté, sensibilisent les gens, facilitent l’engagement des dirigeants de la communauté, procèdent à l’identification et effectuent les orientations. Cette approche est particulièrement vitale pour atteindre les migrants irréguliers qui sont autrement difficiles à toucher, car les équipes de sensibilisation peuvent passer au-delà des barrières linguistiques et culturelles que les systèmes formels ne peuvent pas surmonter, et sont mieux placées pour établir la confiance.
  • Afrique de l’Ouest: le projet EJM a renforcé la coordination transfrontalière dans le cadre du RAO en soutenant les comités opérationnels transfrontaliers tels que le groupe de coordination Mali-Guinée, qui facilite la recherche des familles, les renvois et le suivi au-delà des frontières, garantissant ainsi la continuité de la protection. De nouvelles paires de pays, par exemple le Sénégal et la Guinée ou le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, ont également été incluses avec le soutien du projet EJM.

Expériences spécifiques aux pays:

  • Éthiopie: le projet EAMR s’est appuyé sur les mécanismes communautaires de protection de l’enfance, notamment les parlements d’enfants et les plateformes de participation, en tant que structures locales solides pour les liens transfrontaliers.
  • Soudan: les équipes de sensibilisation et d’autres équipes du projet EAMR ont pu utiliser des applications de messagerie pour rester à la disposition de leurs pairs pendant la migration et après l’arrivée dans de nouveaux lieux. Les équipes pourraient également aider à aiguiller et à relier les informations cartographiques de Save the Children et d’autres organisations avec les participants au projet.
  • Niger: le projet EJM a soutenu le renforcement des comités de protection des villages par le biais d’une formation et d’un soutien technique, ce qui a permis d’améliorer la qualité des interventions communautaires. Le projet assure également le renforcement des liens entre les acteurs communautaires et les acteurs institutionnels locaux par le biais de réunions de coordination régulières, en renforçant les mécanismes globaux de protection au niveau de la gouvernance locale et en soutenant les processus de décentralisation durable menés par l’État.
  • Niger: le projet EJM a encouragé la participation de la diaspora au Niger pour soutenir la recherche et la réunification des familles, en s’appuyant sur les réseaux communautaires transnationaux en tant qu’intermédiaires pour le partage d’informations. Le projet soutient le renforcement des capacités techniques et matérielles des familles d’accueil ainsi que leur implication dans la protection des mineurs (accueil et hébergement, nourriture, soins, etc.).
  • Niger: les activités de sensibilisation et de plaidoyer communautaire soutenues par le projet EJM contribuent à renforcer les connaissances des communautés sur les risques et les besoins de protection des enfants en mobilité, ainsi que leur participation active au repérage des cas. Les actions de mobilisation communautaire menées par le MAEJT, partenaire du consortium du projet EJM, renforcent la cohésion sociale et la cœxistence pacifique entre les EJM et les communautés d’accueil. Ces actions sont essentielles pour faire évoluer les normes sociales et les pratiques traditionnelles susceptibles d’exposer les enfants à des risques.

Pourquoi
Le fait d’atteindre l’âge de 18 ans marque souvent la fin abrupte de l’aide à la protection de l’enfance, malgré une vulnérabilité persistante. De nombreux jeunes âgés de 18 à 25 ans restent dans des situations de mobilité avec un accès limité aux services, à l’orientation et au soutien psychosocial. En l’absence d’une approche transitoire qui concilie la promotion de l’autonomie et le soutien, les jeunes en mobilité risquent de se heurter à des lacunes institutionnelles et en matière de protection au cours de leur voyage.

Message
Les États, les organismes régionaux et les autres organisations sont invités à adopter une approche souple et transitoire étandant les principes de gestion des cas de protection de l’enfance aux jeunes qui atteignent l’âge de 18 ans, en garantissant la continuité des soins, du soutien psychosocial et de l’accès aux moyens de subsistance pendant cette phase critique.

Bonnes Pratiques
Expérience régionale:

  • Afrique de l’Est: le détachement du projet EAMR auprès de l’IGAD a permis d’examiner et de soutenir les étapes finales de la politique de la jeunesse de l’IGAD pour 2023, qui comprend des engagements clairs pour les jeunes (principalement les rapatriés, mais aussi l’accès à la SMSPS et aux services médicaux pour les jeunes en mobilité).

Expériences spécifiques aux pays:

  • Éthiopie: le projet EAMR a soutenu des programmes de subsistance et des permis de travail temporaires pour les jeunes réfugiés hors camp, ce qui a permis de réduire les risques liés à l’emploi informel et de favoriser l’autonomie.
  • Soudan: le personnel détaché au sein des services gouvernementaux a appliqué un ordre de priorité axé sur la vulnérabilité, plaçant les besoins au-dessus du statut administratif, y compris pour les jeunes.
  • Maroc et Guinée: les partenaires du projet EJM ont accompagné les jeunes dans l’obtention de documents consulaires et l’enregistrement des demandes d’asile, facilitant ainsi l’accès aux services même après avoir atteint l’âge de 18 ans.
  • Mali: le projet EJM a facilité l’accès à la formation professionnelle pour les jeunes âgés de 18 à 25 ans.
  • Mali: grâce à sa collaboration avec le projet RFL (Restoring Family Links, ou Rétablissement des liens familiaux) de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le projet EJM a soutenu le retour d’un groupe de migrants libériens du Mali dans leur pays d’origine, dont des jeunes âgés de 18 à 25 ans.

3 Lutter contre la violence basée sur le genre dans un contexte migratoire

Pourquoi
La VBG n’est pas un phénomène accessoire de la migration; elle est ancrée dans les conditions structurelles qui déterminent la mobilité. Les EJM sont davantage exposés à la violence sexuelle, à la traite des êtres humains, au MEPF, à l’exploitation et aux abus psychologiques tout au long de leur parcours migratoire – avant le départ, pendant le transit, aux frontières, en détention et au sein des communautés d’accueil. Ces risques sont exacerbés par l’insécurité, une situation migratoire précaire (c’est-à-dire irrégulière, instable et transitoire), l’instabilité financière et l’exclusion des services.

Fréquemment, et en particulier dans des environnements politiquement polarisés marqués par des réactions négatives à l’égard des femmes et par des politiques migratoires restrictives, la VBG est souvent traitée comme une question secondaire ou sensible plutôt que comme le résultat prévisible d’inégalités structurelles.

Les projets EAMR et EJM montrent que l’intégration de la VBG dans l’évaluation des besoins de protection, les initiatives d’inclusion scolaire, les services de santé des jeunes et de santé sexuelle et reproductive, les formations participatives et le suivi systématique, permettent d’identifier les risques à un stade précoce, de renforcer les voies d’orientation et d’intégrer des approches centrées sur les survivants dans les systèmes de migration et de protection de l’enfance.

Messages
Les approches politiques et programmatiques doivent aller au-delà des projets autonomes de lutte contre la VBG et intégrer la prévention et la réponse à ce type de violence dans les systèmes fondamentaux de migration et de protection de l’enfance. Il faut pour cela intégrer les considérations relatives à la VBG dans les politiques migratoires et les plans d’action nationaux, notamment par le biais d’une planification structurée tenant compte des risques, d’une répartition des responsabilités et de mécanismes de responsabilisation dans tous les secteurs concernés. Cela nécessite également des mandats institutionnels clairs et l’attribution d’une expertise spécialisée en matière de VBG au sein des systèmes de gouvernance des migrations.

Traiter la VBG comme structurellement liée à la migration nécessite un financement national prévisible, une coordination interministérielle et des partenariats significatifs avec la société civile locale et les acteurs communautaires, ainsi que des mécanismes de responsabilisation qui garantissent que les EJM peuvent accéder aux services en toute sécurité et de manière équitable. Au niveau multilatéral, la VBG doit être explicitement intégrée dans les cadres de haut niveau relatifs à la migration et à la protection de l’enfance, dans les bilans mondiaux des progrès accomplis et dans les rapports sur les EJM – en la considérant non pas comme une question secondaire, mais comme une dimension fondamentale de la mobilité.

Bonnes Pratiques

  • Égypte: le projet EAMR a procédé à des évaluations des besoins de protection à Assouan, notamment pour les enfants et les nouveaux arrivants du Soudan, complétées par des évaluations axées sur le genre menées par un spécialiste du genre. Ces évaluations ont permis de mieux comprendre les risques de VBG auxquels sont exposés les réfugiés et de mieux cibler l’identification et la réponse à apporter.
  • Éthiopie: le projet EAMR a permis de renforcer les capacités des autorités locales (police, fonctionnaires des frontières, travailleurs sociaux) en matière de protection des enfants, de risques de VBG et de mécanismes d’orientation.
  • Éthiopie: le projet EAMR a collaboré avec les acteurs du secteur des transports et les acteurs locaux afin d’identifier les mineurs non accompagnés (MNA) et d’orienter vers les services compétents les cas présumés de traite ou de VBG.
  • Tunisie: les partenaires du projet EJM ont soutenu une formation participative de plusieurs jours sur le Cadre «Genre, inclusion et mobilité» (GIM), qui aborde systématiquement la VBG comme l’un des principaux risques associés à la mobilité des jeunes, au même titre que les obstacles juridiques, sociaux et économiques. Par le biais d’études de cas et d’analyses collectives, les participants ont examiné comment et où les EJM peuvent être exposés à la violence à différents stades de leur mobilité et de leur parcours d’insertion. Cette approche permet de positionner la VBG comme un risque structurel et prévisible lié à la migration, plutôt que comme un simple problème de protection isolé.
  • Tunisie: le projet EJM a donné la priorité au recensement et à la coordination des acteurs de la protection, ce qui a permis de clarifier les filières d’orientation pour les cas de violence, d’abus ou d’exploitation. Dans un contexte d’engagement institutionnel limité, cette intervention a renforcé l’accès à une protection de première ligne et à des services spécialisés pour les femmes et les jeunes confrontés à des risques de protection urgents.
  • Tunisie: l’intervention AVER «Éduquer Ensemble», réalisée dans le cadre du projet EJM, a combiné l’éducation positive avec des mécanismes d’inclusion scolaire pour prévenir la violence, l’intimidation, le harcèlement et la discrimination touchant les enfants réfugiés et socialement marginalisés, en particulier les enfants soudanais réfugiés à Medenine. Grâce à la mise en place de clubs d’intégration dans six écoles, le projet a permis de réunir des enfants réfugiés et tunisiens autour d’activités mixtes (par exemple jeux, activités sportives, apprentissage en groupe), créant ainsi des espaces sûrs qui réduisent la stigmatisation, favorisent les interactions entre pairs et atténuent la violence liée à l’exclusion. Les enseignants et les animateurs ont constaté une diminution des comportements agressifs et une amélioration de la dynamique de classe, tandis que les enfants ont développé leur capacité à exprimer leurs émotions, leur empathie et leurs compétences en matière de résolution non violente des conflits, qui constituent des facteurs de protection essentiels contre les premières formes de VBG. En outre, l’intervention AVER a permis d’élaborer un guide de bonnes pratiques à l’intention des éducateurs et de soutenir la reproduction de ces pratiques dans les écoles, une expansion étant en cours en collaboration avec l’UNICEF.
  • Mali: le processus de suivi systématique de la protection, qui consiste à recenser les violations des droits humains au-delà des seuls cas de VBG, contribue également à orienter l’ensemble de la réponse humanitaire et le processus de plaidoyer visant à améliorer le système de protection dans son ensemble, y compris en matière de lutte contre la VBG. Cette approche est soutenue par la Suisse à travers le projet Programme de renforcement de l’environnement protecteur au Mali (PROTECT), notamment à travers son partenariat avec l’Association Malienne pour la Survie au Sahel (AMSS).
  • Mali: l’approche psychosociale communautaire (APC) est mise en œuvre depuis de nombreuses années par la DDC dans la région des Grands Lacs, avec de nombreux résultats positifs. Cette approche a été reprise par d’autres acteurs et projets de la région, tels que le projet PROTECT, financé par la Suisse, qui implique activement les communautés dans la protection des personnes vulnérables et dans la création ou la revitalisation de centres communautaires destinés à la prise en charge des victimes. De plus, la participation des communautés locales a été intégrée au programme de développement quinquennal du projet.

Pourquoi
Les victimes de VBG ont souvent du mal à accéder à des services spécialisés dans ce domaine en raison de la stigmatisation, de la crainte de représailles, d’un manque de sensibilisation et d’un environnement juridique ou social restrictif. Cependant, elles sont plus susceptibles de signaler les cas de violence lorsque les services sont intégrés à des structures de confiance et facilement accessibles, telles que les programmes d’éducation, de protection de l’enfance, de santé, de soutien psychosocial ou d’inclusion socio-économique. Les obstacles à la divulgation sont encore aggravés lorsque les informations ne sont pas disponibles dans des formats adaptés aux enfants et aux jeunes, culturellement appropriés et multilingues.

Les données issues des projets EJM et EAMR montrent que l’intégration d’approches tenant compte de la VBG dans les programmes de protection de l’enfance, d’éducation, d’inclusion socio-économique et de soutien psychosocial – notamment par le biais de guichets uniques, de pôles multifonctionnels, de formations participatives et de cadres structurés tels que «Genre, inclusion et mobilité» (GIM) – améliore l’identification des victimes, réduit la stigmatisation, renforce les filières d’orientation et garantit une prise en charge rapide, globale et coordonnée.

Messages
La VBG doit être systématiquement prise en compte en tant que risque transversal dans les domaines de la protection de l’enfance, de la gestion des cas, du soutien psychosocial, des systèmes éducatifs et des programmes d’inclusion socio-économique. Cela implique que tous les points d’accueil des services soient dotés de procédures d’identification et d’orientation sûres, éthiques et centrées sur les survivants, permettant une divulgation discrète, un soutien de première ligne adapté et une orientation rapide vers des services spécialisés, sans exposer les survivants à de nouveaux préjudices. Lorsqu’elle s’accompagne d’une définition claire des rôles, des ressources et des responsabilités, une telle intégration favorise la coordination intersectorielle, réduit la fragmentation et garantit que les survivants bénéficient d’un soutien complet, continu et digne, quel que soit le système concerné.

L’éducation, en particulier celle des adolescentes, devrait être reconnue et financée comme une mesure centrale de prévention et de protection contre la VBG, permettant ainsi de réduire l’exposition aux MEPF, à l’exploitation et à d’autres pratiques néfastes.

Les gouvernements, les bailleurs de fonds et les partenaires d’exécution devraient mettre en place des modèles de protection intégrés, centralisés et multisectoriels afin de garantir un soutien rapide, digne et coordonné aux survivants de VBG.

Cela doit inclure des programmes ciblés destinés aux adolescents et aux jeunes, y compris ceux qui sortent du système de protection de l’enfance, afin d’éviter toute interruption dans la prise en charge à des étapes cruciales de leur vie.

Bonnes Pratiques

  • Afrique du Nord et de l’Ouest: le projet EJM a mis en œuvre un Cadre «Genre, inclusion et mobilité» (GIM) qui a permis d’intégrer systématiquement la question de la VBG dans tous les domaines d’intervention, plutôt que de la traiter comme un secteur à part entière. Cette approche met l’accent sur l’intersectionnalité (c’est-à-dire le genre, l’âge, le statut migratoire), donne la priorité à l’inclusion des groupes fortement marginalisés (tels que les jeunes femmes, les survivants, les employées de maison et les femmes en situation de prostitution) et offre un soutien technique continu aux partenaires chargés de la mise en œuvre.
  • Égypte: le projet EAMR a mené des évaluations des besoins en matière de protection à Assouan, notamment pour les enfants et les nouveaux arrivants en provenance du Soudan, complétées par des évaluations axées sur le genre menées par une spécialiste en la matière. Ces évaluations ont permis de mieux comprendre les risques de VBG qui touchent les réfugiés et de mieux cibler l’identification et la réponse à apporter.
  • Égypte: le projet EAMR a utilisé plusieurs canaux de signalement confidentiels pour recenser les cas de VBG, notamment des lignes d’assistance téléphonique, des boîtes à plaintes, des permanences, des micro-enquêtes et des mécanismes de responsabilisation. Par ailleurs, le suivi individuel assuré par des travailleurs sociaux est considéré comme particulièrement efficace dans le cadre de révélations délicates, notamment pour les enfants qui ne peuvent ou ne veulent pas s’exprimer en groupe.
  • Soudan: les centres communautaires fonctionnent comme des structures à guichet unique offrant de multiples services au même endroit. Lorsque des cas de VBG sont identifiés, les survivants peuvent être immédiatement orientés, pris en charge et suivis, ce qui réduit les retards et la fragmentation de la réponse.
  • Soudan: le projet EAMR a intégré des messages de prévention et de sensibilisation à la VBG dans d’autres sessions et services, plutôt que de les proposer sous forme d’activités distinctes. Cette approche élargit la portée de l’information, réduit la stigmatisation et permet de diffuser les informations sur la VBG de manière plus sûre et à plus grande échelle.
  • Maroc: le projet EJM s’est appuyé sur les services de santé sexuelle et reproductive (SSR) et les services de santé destinés aux jeunes comme points d’entrée non stigmatisants pour identifier les cas de VBG, de violence sexuelle et les besoins de protection non satisfaits chez les adolescents et les jeunes en mobilité. Grâce à des consultations et à une éducation à la santé, les prestataires de services sont en mesure de détecter les risques et d’orienter les survivants vers des services spécialisés sans que ceux-ci aient à se présenter eux-mêmes comme des victimes de VBG, ce qui permet de réduire les obstacles liés à la peur, à la stigmatisation et à la sous-déclaration.
  • Maroc: les programmes axés sur le développement des compétences et l’innovation dans le cadre du projet EJM ont associé un accompagnement psychosocial continu à une formation technique et au développement des compétences relationnelles. Des travailleurs sociaux ont assisté aux séances afin d’observer les participants au fil du temps, ce qui a permis d’identifier progressivement les signes de détresse, de traumatisme ou les risques liés à la VBG, y compris les traumatismes psychologiques. Ce modèle intégré garantit que les besoins en matière de protection et de lutte contre la VBG sont pris en compte de manière discrète et centrée sur les victimes.
  • Maroc: les organisations locales de la société civile jouent un rôle central de première ligne dans la prévention de la VBG, le soutien psychosocial et l’accompagnement des EJM. Les partenaires du projet EJM ont souligné que les ONG locales sont mieux placées pour instaurer la confiance, adapter le langage et les approches, et maintenir la continuité des soins dans un environnement sensible.
  • Maroc: les partenaires du projet EJM ont souligné l’importance d’une terminologie et de stratégies de communication soigneusement adaptées pour aborder la question de la VBG au Maroc. Le fait d’axer les interventions sur le bien-être, la santé et la protection, plutôt que sur des catégories juridiques explicites ou liées au statut, contribue à préserver l’accès aux services et à réduire les risques pour les usagers. Cela contribue également à faire évoluer le discours en présentant la VBG non seulement comme un enjeu de protection, mais aussi comme un enjeu de santé publique. Cette approche permet de continuer à soutenir la lutte contre la VBG dans le cadre des contraintes socioculturelles et sécuritaires existantes, tout en élargissant l’acceptation et en facilitant l’engagement d’un plus grand nombre de parties prenantes.
  • Tunisie: dans le contexte politique et social restrictif de la Tunisie, la DDC utilise la culture, les arts et les médias comme points d’entrée indirects pour aborder la question de la VBG, sans la présenter comme un problème isolé. On peut citer, par exemple, l’utilisation de podcasts destinés aux filles et aux jeunes femmes, qui offrent un espace accessible pour partager leurs expériences, discuter de la violence et réfléchir à leurs droits et à leur bien-être, sans pour autant devoir se mettre en avant ou s’exposer publiquement. On peut également mentionner un film qui dépeint les différentes formes de violence à l’égard des femmes en détention, ainsi que des pièces de théâtre mettant en lumière la violence extrême dont sont victimes les femmes migrantes. En intégrant des récits de VBG dans des formats artistiques, ces initiatives contribuent à réduire la stigmatisation, à humaniser les expériences des survivantes et à toucher un public plus large et plus jeune, au-delà des approches traditionnelles de sensibilisation et de protection.
  • Niger: le projet EJM a facilité l’accès des survivants de VBG aux centres régionaux multifonctionnels grâce à des activités de sensibilisation et de renforcement des capacités. Ces centres offrent une prise en charge globale et multisectorielle (c’est-à-dire médicale, psychosociale, juridique, etc.) aux survivants de VBG, quel que soit leur statut, grâce à un système de guichet unique. En outre, les centres d’écoute, qui fonctionnent au niveau local, facilitent l’accès des survivants à certains services essentiels dans les zones reculées où les structures publiques sont rares. Ces mécanismes contribuent à l’identification des survivants, tout en facilitant leur orientation vers les centres multifonctionnels régionaux, les centres de santé communautaires et les hôpitaux.
  • Mali: la mise en place d’un guichet unique en tant que mécanisme de protection a permis au projet EJM et à ses partenaires d’offrir une prise en charge globale (notamment médicale, psychosociale et juridique) en un seul et même lieu, garantissant ainsi l’efficacité des interventions en faveur des survivants, y compris leur sécurité et le respect de leur dignité.
  • Mali: le processus de suivi systématique de la protection, qui consiste à recenser les violations des droits humains au-delà des seuls cas de VBG, contribue également à orienter l’ensemble de la réponse humanitaire et le processus de plaidoyer visant à améliorer le système de protection dans son ensemble, y compris en matière de lutte contre la VBG. Cette approche est soutenue par la Suisse à travers le projet Programme de renforcement de l’environnement protecteur au Mali (PROTECT), notamment grâce à son partenariat avec l’Association Malienne pour la Survie au Sahel (AMSS).

Pourquoi
La crainte d’être placés en détention, d’être expulsés, de subir des représailles, les réseaux de traite des êtres humains et la stigmatisation sociale réduisent considérablement le nombre de signalements de VBG et le recours aux services d’aide pour les EJM. Les limites d’âge fixées par la loi et les administrations entraînent souvent des ruptures brutales dans la protection des jeunes lorsqu’ils atteignent l’âge de 18 ans, alors que leur vulnérabilité persiste. Lorsque les services de protection sont associés, ou perçus comme étant associés, à l’application de la législation en matière d’immigration, les EJM évitent de solliciter de l’aide. Des cadres juridiques restrictifs et des mandats institutionnels flous créent des obstacles structurels à l’accès et compromettent les normes internationales en matière de protection.
Les données issues des projets EAMR et EJM montrent que les approches inclusives – telles que l’extension des services aux enfants déplacés et migrants, quelle que soit leur nationalité, la mise en place de mécanismes d’inclusion en milieu scolaire et de soutien par les pairs, ainsi que l’utilisation d’une terminologie juridiquement neutre – améliorent l’accès aux services, réduisent la stigmatisation et contribuent à garantir que les enfants et les jeunes en situation de vulnérabilité puissent bénéficier en toute sécurité de services de prévention et d’intervention en matière de VBG.

Messages
Tous les EJM, y compris ceux exposés au risque de VBG et les survivants, doivent bénéficier d’un accès sûr, confidentiel et non discriminatoire aux services de santé, de protection et d’aide psychosociale liés à la VBG, indépendamment de leur nationalité, de leur statut migratoire, de leur situation administrative ou de leur âge. Le fait d’atteindre l’âge de 18 ans ne doit pas entraîner la perte soudaine de la protection ou de l’accès aux services essentiels lorsque les vulnérabilités persistent. Cela implique également que les enfants, les jeunes et les communautés soient activement informés des services disponibles, sûrs et confidentiels en matière de VBG, car l’accès à ces services dépend de la connaissance des lieux et des modalités pour obtenir de l’aide.

Les gouvernements doivent établir une distinction claire entre la prestation de services et la gestion des questions migratoires. L’accès aux services essentiels ne devrait jamais donner lieu à des sanctions administratives ou à des conséquences en matière d’immigration. Les acteurs de la protection doivent adopter des approches inclusives, adaptées à l’âge et tenant compte du contexte, qui garantissent la confidentialité et assurent l’accès opérationnel dans des environnements restrictifs.

Les services doivent également respecter des normes minimales en matière de confidentialité et de gestion sécurisée des cas, notamment en ce qui concerne le traitement et le partage sécurisés des informations relatives aux dossiers, ainsi que l’intégration de mécanismes de soutien psychosocial, afin de garantir que les enfants et les jeunes puissent bénéficier d’un soutien sans craindre de subir une victimisation secondaire.

Bonnes Pratiques

  • Soudan: le projet EAMR a adopté une définition inclusive des EJM, englobant à la fois les enfants soudanais déplacés et les enfants migrants d’Afrique de l’Est, afin de garantir que l’accès aux services liés à la VBG ne soit pas limité par la nationalité ou le statut.
  • Soudan: les partenaires du projet EAMR ont collaboré avec les autorités et les prestataires de services afin de garantir un accès inclusif et non discriminatoire à la protection et aux services essentiels pour les survivants de violence sexuelle et leurs enfants, y compris dans des contextes juridiques et administratifs complexes.
  • Tunisie: l’intervention AVER «Éduquer Ensemble», réalisée dans le cadre du projet EJM, a combiné l’éducation positive avec des mécanismes d’inclusion scolaire pour prévenir la violence, l’intimidation, le harcèlement et la discrimination touchant les enfants réfugiés et socialement marginalisés, en particulier les enfants soudanais réfugiés à Medenine. Grâce à la mise en place de clubs d’intégration dans six écoles, le projet a permis de réunir des enfants réfugiés et tunisiens autour d’activités mixtes (par exemple jeux, activités sportives, apprentissage en groupe), créant ainsi des espaces sûrs qui réduisent la stigmatisation, favorisent les interactions entre pairs et atténuent la violence liée à l’exclusion. Les enseignants et les animateurs ont constaté une diminution des comportements agressifs et une amélioration de la dynamique de classe, tandis que les enfants ont développé leur capacité à exprimer leurs émotions, leur empathie et leurs compétences en matière de résolution non violente des conflits, qui constituent des facteurs de protection essentiels contre les premières formes de VBG. En outre, l’intervention AVER a permis d’élaborer un guide de bonnes pratiques à l’intention des éducateurs et de soutenir la reproduction de ces pratiques dans les écoles, une extension étant en cours en collaboration avec l’UNICEF.
  • Tunisie: dans le contexte juridique et politique tunisien actuel, le projet EJM utilise une terminologie inclusive et juridiquement neutre, en parlant par exemple de «personnes en situation de vulnérabilité», au lieu de mentionner explicitement les migrants ou les personnes en déplacement. Il contribue ainsi à faire évoluer le discours sur la migration en présentant l’accès à la protection et aux services liés à la VBG comme une préoccupation universelle qui touche l’ensemble de la population, quel que soit le statut administratif, et comme une nécessité plus large en matière de santé publique. En évitant les étiquettes fondées sur la nationalité ou le statut qui pourraient entraîner des contraintes juridiques ou administratives, les partenaires de mise en œuvre sont en mesure de poursuivre leurs activités de prévention et d’intervention en matière de VBG, notamment les interventions en milieu scolaire, le soutien psychosocial et la coordination avec les mécanismes régionaux de protection mis en place par les autorités locales.

Pourquoi
Les espaces sécurisés, les centres multifonctionnels et les modèles de guichet unique constituent des points d’entrée essentiels pour la divulgation, le soutien psychosocial, l’orientation, la gestion des cas et la guérison. Cependant, quel que soit le contexte, ces services sont souvent sous-financés, limités à des projets ponctuels ou exposés aux aléas politiques et financiers. Les coupes budgétaires et le rétrécissement de l’espace civique entraînent la fermeture de services, laissant les victimes sans aide et augmentant les risques de retraumatisation.

Les données issues des projets EJM et EAMR montrent que les espaces sécurisés spécialisés, les centres de protection et les pôles régionaux multifonctionnels, qui offrent une prise en charge globale et multisectorielle, constituent des environnements fiables, confidentiels et accessibles. Ceux-ci favorisent l’engagement des survivants, permettent une orientation rapide vers les services compétents et réduisent le risque d’une nouvelle exposition à la violence, en particulier pour les adolescents et les jeunes qui atteignent l’âge limite des programmes de protection de l’enfance. Les lacunes en matière de services sont particulièrement marquées chez les jeunes qui atteignent l’âge limite pour bénéficier des programmes destinés à l’enfance. Sans investissements durables, les survivants risquent de subir des retards dans la prise en charge, de revivre leur traumatisme et d’être davantage exposés à de nouvelles violences.

Messages
Les espaces sécurisés, les centres de protection communautaires, les guichets uniques et les systèmes d’orientation confidentiels doivent être reconnus et financés comme des infrastructures de protection essentielles, et non comme des services facultatifs ou discrétionnaires.

Des investissements soutenus sont nécessaires pour maintenir des mécanismes de soutien axés sur les survivants, accessibles et multisectoriels, en particulier pour les jeunes qui atteignent l’âge limite des programmes de protection de l’enfance. Les infrastructures de protection devraient être intégrées aux systèmes nationaux et bénéficier d’un financement pluriannuel prévisible afin d’assurer la continuité des soins.

Compte tenu des contraintes de mobilité et d’accès auxquelles sont confrontés les EJM, cette infrastructure devrait être complétée par des services mobiles et communautaires, notamment un accès sûr aux services de santé mentale et de soutien psychologique (SMSPS) le long des itinéraires migratoires. Ces approches sont essentielles pour atteindre les personnes qui n’ont pas accès à des installations fixes.

oute prestation de services doit respecter des normes strictes en matière de confidentialité, de neutralité et de gestion sécurisée des données afin de garantir la sécurité et la protection des survivants.

Bonnes Pratiques

  • Soudan: des espaces sécurisés réservés aux filles et aux jeunes femmes sont utilisés pour la sensibilisation à la VBG, le soutien psychosocial et l’information sur la santé reproductive; ils bénéficient du soutien du projet EAMR. Ces espaces produisent des effets positifs, car ils offrent des environnements fiables et sécurisés où les filles peuvent s’exprimer librement et trouver du soutien.
  • Maroc: partout dans le pays, les centres d’accueil soutenus par le projet EJM sont perçus par les participants comme des lieux sûrs, respectueux et sans jugement, particulièrement appréciés par les jeunes femmes qui les considèrent comme des espaces rares où elles peuvent s’exprimer librement sur la violence et leur détresse.
  • Tunisie: le projet EJM a donné la priorité au recensement et à la coordination des acteurs de la protection, ce qui a permis de clarifier les filières d’orientation pour les cas de violence, d’abus ou d’exploitation. Dans un contexte d’engagement institutionnel limité, cette intervention a renforcé l’accès à une protection de première ligne et à des services spécialisés pour les femmes et les jeunes confrontés à des risques de protection urgents.
  • Niger: le projet EJM a facilité l’accès des survivants de VBG aux centres régionaux multifonctionnels grâce à des activités de sensibilisation et de renforcement des capacités. Ces centres offrent une prise en charge globale et multisectorielle (c’est-à-dire médicale, psychosociale, juridique, etc.) aux victimes de VBG, quel que soit leur statut, grâce à un système de guichet unique. En outre, les centres d’écoute, qui fonctionnent au niveau local, facilitent l’accès des survivants à certains services essentiels dans les zones reculées où les structures publiques sont rares. Ces mécanismes contribuent également à identifier les survivants, tout en facilitant leur orientation vers les centres multifonctionnels régionaux, les centres de santé communautaires et les hôpitaux.

Pourquoi
Les ONG locales, les organisations dirigées par des femmes, les animateurs communautaires, les réseaux de jeunes, ainsi que les établissements d’enseignement et de santé, constituent souvent le point de contact initial et le plus sûr pour les survivants de VBG et les personnes exposées à ce risque, en particulier lorsque les institutions publiques manquent de ressources, sont inaccessibles ou inspirent la crainte. Ils offrent une proximité culturelle et linguistique, des niveaux de confiance plus élevés et une continuité des soins dans des environnements restrictifs.

Les données issues des projets EJM et EAMR montrent que le renforcement des capacités, la formation participative, la mobilisation communautaire et l’utilisation de cadres structurés tels que «Genre, inclusion et mobilité» (GIM) améliorent considérablement la capacité des acteurs de terrain à identifier les enfants et les jeunes en situation de risque, à fournir un soutien centré sur les survivants et à intégrer des pratiques tenant compte de la VBG au sein de programmes plus larges. Pourtant, la localisation reste un principe théorique en l’absence de financement prévisible, de reconnaissance institutionnelle et de soutien technique.

Messages
Les acteurs de première ligne et les acteurs communautaires, tels que les ONG, les organisations dirigées par des femmes, les animateurs communautaires, les réseaux de jeunes, les écoles et les établissements de santé, doivent bénéficier d’un financement direct et prévisible, ainsi que d’une reconnaissance institutionnelle en tant qu’acteurs de première ligne dans la lutte contre la VBG dans les contextes migratoires.

Le renforcement de leurs capacités techniques, le respect des normes et l’amélioration de leurs fonctions de coordination contribuent à renforcer la confiance, l’accessibilité et la durabilité des mesures de protection. Les donateurs et les gouvernements devraient aller au-delà des modèles de sous-traitance pour s’orienter vers des partenariats sur un pied d’égalité qui intègrent les acteurs locaux dans les systèmes de protection nationaux et régionaux.

Le renforcement des organisations communautaires doit s’accompagner de mécanismes de contrôle formalisés, d’un soutien psychosocial pour le personnel et de protocoles de protection stricts, afin de garantir que l’aide apportée aux EJM reste sûre, éthique et conforme aux normes en matière de VBG.

Bonnes Pratiques

  • Soudan: dès le début du conflit, les interventions du projet EAMR au Soudan dans le domaine de la VBG ont été fortement limitées, en particulier à Khartoum, où les conditions de sécurité ont entraîné la suspension de la plupart des activités. Le projet a néanmoins continué à apporter un soutien aux survivants grâce à des partenariats locaux, notamment à travers l’organisation partenaire SEEMA, ce qui a permis d’offrir un soutien lié aux VBG là où l’accès reste possible.
  • Soudan: les interventions menées dans le cadre du projet EAMR se sont largement appuyées sur des animateurs communautaires solidement ancrés au sein des communautés et sur des organisations dirigées par des femmes, reconnues pour leur efficacité à instaurer la confiance, à diffuser des informations sur les services disponibles et à soutenir les survivants de VBG dans les contextes de déplacement.
  • Éthiopie: le projet EAMR a mis en place des mécanismes communautaires de protection de l’enfance et mené des actions de sensibilisation afin d’identifier et de prévenir les migrations dangereuses et la traite des êtres humains.
  • Éthiopie: le projet EAMR a permis de renforcer les capacités des autorités locales (police, fonctionnaires des frontières, travailleurs sociaux) en matière de protection des enfants, de risques de VBG et de mécanismes d’orientation.
  • Maroc: les organisations locales de la société civile jouent un rôle central de première ligne dans la prévention de la VBG, le soutien psychosocial et l’accompagnement des EJM. Les partenaires du projet EJM ont souligné que les ONG locales sont mieux placées pour instaurer la confiance, adapter le langage et les approches, et maintenir la continuité des soins dans un environnement sensible.
  • Tunisie: les partenaires du projet EJM ont soutenu une formation participative de plusieurs jours sur le Cadre «Genre, inclusion et mobilité» (GIM) destinée aux partenaires locaux, qui a introduit et testé des outils pratiques tels que des listes de contrôle inclusives, des grilles d’analyse et des indicateurs de suivi. Ces outils permettent d’identifier rapidement les situations de vulnérabilité et contribuent à ancrer des pratiques tenant compte de la VBG au sein des programmes. Les mécanismes de retour d’information continu (à savoir les pré-tests et post-tests ainsi que les évaluations quotidiennes) favorisent davantage l’apprentissage et l’adaptation au sein de l’établissement.
  • Niger: dans le cadre du projet EJM, des sessions de formation ont été organisées pour les travailleurs sociaux sur le thème de la VBG. Ces sessions ont permis d’améliorer les connaissances et les compétences en matière de détection précoce, de prévention et de prise en charge des cas de VBG impliquant des EJM. Cette approche a contribué à améliorer la qualité du soutien psychosocial et de la prise en charge en instaurant un climat de confiance entre les survivants et les travailleurs sociaux, et en favorisant un échange ouvert et une communication sur ce sujet.
  • Niger: la mobilisation communautaire est au cœur des initiatives de dialogue social inclusif visant à mettre fin à toutes les formes de VBG au Niger; elle a été mise en œuvre par divers acteurs (à savoir les structures étatiques, les ONG, les organisations de la société civile et les responsables communautaires). Cette initiative s’appuie sur des consultations menées auprès des autorités traditionnelles, des groupes de jeunes et des femmes et des filles aux niveaux national, régional et local, afin de renforcer leur engagement en faveur de la prévention et de la lutte contre la VBG. Elle prévoit des activités telles que des dialogues, des forums, le renforcement des capacités et la sensibilisation par le biais de groupes de discussion communautaires, de comités de village et de plateformes de dialogue. Le projet EJM a contribué à cette dynamique en apportant son soutien et en renforçant les capacités des associations nationales et des ONG actives dans la mobilisation communautaire, telles que le Mouvement africain des enfants et jeunes travailleurs (MAEJT).
  • Mali: le projet EJM a aidé les organisations communautaires à mettre en œuvre des actions de sensibilisation au sein de la communauté, intégrant des messages spécifiques sur la VBG. Trois organisations communautaires ont été soutenues au Mali depuis le début du projet, dont une à Bamako et deux à Sikasso. Cette approche permet d’atteindre facilement les groupes cibles.
  • Mali: dans le cadre du projet EJM, des activités de renforcement des capacités ont été organisées sur des thèmes tels que le soutien psychosocial initial, les concepts fondamentaux des droits humains et les systèmes d’orientation, à l’intention des points de contact au sein de la communauté, des services techniques et des autorités locales. Ce soutien a permis d’augmenter le nombre de cas identifiés et orientés vers les services de soins. Il a également contribué à sensibiliser la communauté à la nécessité d’identifier les survivants et de leur fournir une prise en charge rapide.
  • Mali: l’approche psychosociale communautaire (APC) est mise en œuvre depuis de nombreuses années par la DDC dans la région des Grands Lacs, avec de nombreux résultats positifs. Cette approche a été reprise par d’autres acteurs et projets de la région, tels que le projet Programme de renforcement de l’environnement protecteur au Mali (PROTECT), financé par la Suisse, qui implique activement les communautés dans la protection des personnes vulnérables et dans la création ou la revitalisation de centres communautaires destinés à la prise en charge des victimes. De plus, la participation des communautés locales a été intégrée au programme de développement quinquennal du projet.
  • Guinée: le projet EJM a organisé des sessions de renforcement des capacités à l’intention de différentes parties prenantes sur les thèmes de la vulnérabilité et de l’inclusion, ce qui leur a permis de mieux comprendre les défis liés à l’intégration de ces questions dans leurs projets. Avant la formation, nombre de ces acteurs ne tenaient pas compte des questions de handicap. Ce soutien a contribué à améliorer la qualité des interventions menées par les différentes organisations, notamment en matière d’inclusion.

Pourquoi
La VBG qui touche les garçons, les jeunes hommes, les enfants en situation de handicap et d’autres groupes marginalisés reste largement sous-déclarée en raison de la stigmatisation, de la discrimination et des tabous sociaux. Le fait de ne pas reconnaître explicitement ces groupes contribue à perpétuer leur invisibilité, ainsi que le sous-financement et l’insuffisance des services qui leur sont destinés. Les vulnérabilités intersectionnelles – déterminées par le genre, l’âge, le handicap, le statut migratoire et l’exclusion sociale – aggravent l’exposition à la violence et les obstacles à l’accès aux soins.

Les données issues des projets EJM et EAMR montrent que des approches ciblées, telles que la mise en œuvre du Cadre «Genre, inclusion et mobilité» (GIM), la mobilisation des acteurs locaux pour atteindre les enfants et les jeunes marginalisés, ainsi que le renforcement des capacités des parties prenantes en matière d’inclusion, améliorent considérablement l’identification des groupes à risque et la qualité des services fournis.

Messages
Les stratégies de lutte contre la VBG doivent explicitement reconnaître et prendre en compte la violence dont sont victimes les garçons, les jeunes hommes, les enfants en situation de handicap et d’autres groupes marginalisés.

L’analyse intersectionnelle des risques devrait éclairer la collecte des données, la conception des services, les voies d’orientation et l’élaboration des politiques. Les programmes inclusifs doivent dépasser les idées reçues fondées sur la binarité des genres et garantir l’accessibilité, la confidentialité ainsi qu’un accompagnement personnalisé et centré sur la personne pour celles et ceux qui sont confrontés à des vulnérabilités multiples.

Bonnes Pratiques

  • Afrique du Nord et de l’Ouest: le projet EJM a mis en œuvre un Cadre «Genre, inclusion et mobilité» (GIM) qui a permis d’intégrer systématiquement la question de la VBG dans tous les domaines d’intervention, plutôt que de la traiter comme un secteur à part entière. Cette approche met l’accent sur l’intersectionnalité (c’est-à-dire le genre, l’âge, le statut migratoire), donne la priorité à l’inclusion des groupes fortement marginalisés (tels que les jeunes femmes, les victimes de violences, les employées de maison et les femmes en situation de prostitution) et offre un soutien technique continu aux partenaires chargés de la mise en œuvre.
  • Guinée: dans le cadre de la mise en œuvre de son fonds pour l’égalité des sexes et l’inclusion, et en partenariat avec l’ONG OSH Guinée, le projet EJM s’est adressé aux EJM marginalisés, en particulier ceux présentant un handicap. Cette approche permet de réduire la vulnérabilité de ce groupe cible ainsi que les risques d’abus et d’exploitation auxquels il est exposé. Ce soutien comprenait une formation professionnelle, une intégration par le biais d’activités génératrices de revenus, ainsi que des emplois stables tenant compte de leurs besoins spécifiques (par exemple, handicap, genre, etc.).
  • Guinée: le projet EJM a organisé des sessions de renforcement des capacités à l’intention de différentes parties prenantes sur les thèmes de la vulnérabilité et de l’inclusion, ce qui leur a permis de mieux comprendre les défis liés à l’intégration de ces questions dans leurs projets. Avant la formation, nombre de ces acteurs ne tenaient pas compte des questions de handicap. Ce soutien a contribué à améliorer la qualité des interventions menées par les différentes organisations, notamment en matière d’inclusion.
  • Guinée: des actions d’information et de sensibilisation ont été menées par les partenaires locaux du projet EJM, notamment le Centre d’écoute, de conseils et d’orientation pour jeunes (CECOJE) et les comités locaux de protection. Ces sessions de sensibilisation sont organisées au sein des communautés d’accueil et auprès des EJM par le biais de conférences éducatives et d’émissions télévisées consacrées à la prévention des risques de VBG et aux mécanismes d’aide existants. Cette approche a facilité les échanges avec les groupes cibles sur des sujets parfois considérés comme sensibles.

Pourquoi
La fragmentation des interventions en matière de VBG nuit à la mise en place d’un soutien rapide et centré sur les survivants pour les EJM. Le manque de coordination entre les autorités publiques, les ONG, les acteurs locaux et les services institutionnels entraîne des lacunes dans l’orientation des patients, des doubles emplois, ainsi qu’un manque de cohérence et de continuité dans la prise en charge.

Les données issues des projets EAMR et EJM montrent que des efforts coordonnés, notamment des procédures opérationnelles standard (POS) transfrontalières, des partenariats entre les autorités, les ONG, les organisations dirigées par des femmes et les acteurs communautaires, ainsi qu’une cartographie régulière des services, renforcent les filières d’orientation, permettent une intervention rapide dans les cas à haut risque et garantissent la continuité des soins pour les enfants et les jeunes en situation de risque ainsi que pour les survivants de VBG. Une coordination solide permet de réagir rapidement aux cas à haut risque, d’harmoniser les interventions humanitaires et celles menées par l’État, et d’intégrer les connaissances locales et la confiance dans les systèmes de protection.

Messages
Les stratégies de lutte contre la VBG doivent donner la priorité à la mise en place de mécanismes de coordination efficaces aux niveaux local, national, régional et mondial. Des plateformes multipartites, comprenant les autorités gouvernementales, la société civile, les organisations dirigées par des femmes, les mobilisateurs communautaires et les établissements d’enseignement et de santé concernés, devraient être soutenues afin d’harmoniser les POS, de partager les informations et de coordonner l’orientation. La coordination devrait assurer la continuité des soins, intégrer l’expertise locale et renforcer la protection systémique des enfants et des jeunes à risque, ainsi que des survivants de VBG.
Bonnes Pratiques

  • Afrique du Nord et de l’Est: le projet EAMR contribue à renforcer les cadres de protection tenant compte des VBG grâce à une coordination avec l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et le Réseau régional de protection de l’enfance, en soutenant l’élaboration de POS transfrontalières pour les EJM, et en renforçant les normes de gestion des cas centrés sur les survivants.
  • Soudan: les cas graves de VBG sont orientés vers les centres de traumatologie publics, avec le soutien d’ONG internationales et de l’unité chargée de la lutte contre la violence à l'égard des femmes (Combating Violence Against Women – CVAW). La collaboration entre les centres communautaires, les ONG et les centres de prise en charge des traumatismes permet une orientation rapide et coordonnée des cas à haut risque.
  • Soudan: les partenaires du projet EAMR collaborent avec les autorités et les prestataires de services afin de garantir un accès inclusif et non discriminatoire à la protection et aux services essentiels pour les survivants de violence sexuelle et leurs enfants, y compris dans des contextes juridiques et administratifs complexes.
  • Éthiopie: le projet EAMR dispose de systèmes de gestion des cas relatifs à la protection de l’enfance et d’un service d’aide à la recherche des familles; il collabore avec les acteurs du secteur des transports et les acteurs locaux afin d’identifier les mineurs non accompagnés (MNA), de signaler aux services compétents les cas présumés de traite ou de VBG, et d’assurer une prise en charge adaptée.
  • Tunisie: le projet EJM a soutenu des interventions directes contre la VBG par le biais de partenariats institutionnels, notamment avec l’organisation EuroMed Rights, en apportant son soutien aux instances de coordination au sein des ministères chargés de la protection des survivantes et de la gestion des foyers d’accueil. Ce soutien a contribué à renforcer les mécanismes de protection, d’aide aux survivants et de coordination, qui constituent les piliers fondamentaux du système national de lutte contre la VBG.
  • Niger: le projet EJM a renforcé ses partenariats stratégiques avec des institutions publiques et des organisations spécialisées dans la promotion des droits humains et la lutte contre la VBG. Cela a permis de renforcer la coordination et les synergies dans la prise en charge des survivants de VBG et des EJM à risque, en utilisant une approche systémique. Cette dernière permet d’assurer la continuité et la durabilité de l’accès à la protection, au soutien psychosocial, à l’assistance juridique et à l’orientation vers des services pour les EJM.
  • Mali: sur le plan opérationnel, l’équipe du projet EJM a établi un partenariat fructueux avec des ONG spécialisées et des guichets uniques. Cette collaboration renforce la synergie et la complémentarité des actions menées pour prendre en charge les EJM victimes de VBG, grâce à des mécanismes sûrs et adaptés.
  • Mali: une structure de coordination nationale et régionale – fonctionnant comme un groupe de travail sur les VBG – a été mise en place. Ce groupe de travail comprend le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et le Programme national de lutte contre les VBG (PNVBG) et assure une réponse harmonisée entre les acteurs humanitaires et étatiques. Plusieurs organisations bénéficiant d’un financement de la Suisse dans le cadre d’initiatives de protection et d’aide humanitaire qui intègrent la question des VBG sont actives au sein de cette plateforme.

Pourquoi
Une prévention et une prise en charge efficaces des VBG reposent sur des données précises, recueillies en temps opportun et dans le respect de l’éthique, qui reflètent les risques et les besoins des EJM. Sans garanties solides, la collecte et l’utilisation d’informations sensibles peuvent exposer les survivants à des préjudices, saper la confiance et limiter l’efficacité des systèmes de protection.

Les conclusions des projets EAMR et EJM soulignent l’importance de pratiques éthiques en matière de collecte et de gestion des données, notamment le recours à des collecteurs de données formés, l’utilisation de méthodologies non intrusives et l’application de protocoles de confidentialité stricts afin de minimiser les préjudices et de protéger les survivants. Les systèmes centralisés tels que le Système de gestion de l’information sur les violences basées sur le genre (GBVIMS), soutenus par des partenaires suisses, permettent d’améliorer l’analyse des tendances, la planification et le plaidoyer fondé sur des données factuelles, tout en garantissant la confidentialité.

Messages
Les gouvernements et les acteurs de la protection doivent investir dans des systèmes d’identification et de gestion des données éthiques, confidentiels et adaptés aux enfants et aux jeunes, qui permettent de recenser en toute sécurité les risques et les besoins liés à la VBG tout en minimisant les préjudices. Cela implique notamment de mettre en place des normes rigoureuses en matière de protection des données, de garantir le consentement éclairé et de mettre en œuvre des systèmes sécurisés et interopérables qui préservent la vie privée et la confidentialité.

Les données doivent être activement mises à profit pour orienter la conception des programmes, renforcer les filières d’orientation et guider un plaidoyer fondé sur des données probantes en faveur de réponses à la VBG qui soient inclusives et centrées sur les survivants.

Bonnes Pratiques

  • Égypte: les travailleurs sociaux du projet EAMR ont activement utilisé les données relatives à la protection de l’enfance pour effectuer des appels de suivi séparés auprès des enfants et des familles. Cette pratique a permis d’identifier des risques en matière de protection et de VBG qui n’avaient pas été signalés au départ et a contribué à une augmentation du nombre de signalements au fil du temps.
  • Soudan: les partenaires du projet EAMR ont mené un suivi de la protection très sensible, comprenant notamment des entretiens avec des informateurs clés sur la VBG et les stratégies d’adaptation, sans faire appel aux autorités. Ces exercices sont coordonnés avec les groupes de travail et précédés d’une formation spécifique destinée aux collecteurs de données, ce qui garantit la confidentialité et le respect des principes éthiques lors de la collecte.
  • Mali: le projet PROTECT, financé par la Suisse, a contribué au GBVIMS – une initiative inter-agences mondiale pour la collecte, l’analyse et l’utilisation coordonnées des données sur les VBG – en partageant les informations de ses partenaires de mise en œuvre.

Pourquoi
La sensibilisation est essentielle pour prévenir les VBG et faire évoluer les normes sociales néfastes qui tolèrent ou dissimulent la violence. Les EJM sont souvent confrontés à la stigmatisation, aux tabous sociaux et à une compréhension limitée de ce qui constitue de la maltraitance, ce qui freine le signalement des cas et l’accès aux services. De plus, la méconnaissance des services et des dispositifs d’aide existants limite l’accès des survivants à ceux-là.

Dans le même temps, la sensibilisation à elle seule ne suffit pas à induire un changement durable des normes sociales. Pour que la prévention soit efficace, il faut compléter la sensibilisation par des approches axées sur l’autonomisation des enfants et des jeunes, et en particulier des adolescentes.

Les données issues des programmes montrent que des interventions telles que les espaces sécurisés et les initiatives menées par des pairs contribuent à renforcer la confiance en soi, les compétences en matière de négociation et les réseaux de soutien collectifs, permettant ainsi aux individus de remettre en question les normes néfastes et d’adopter des comportements plus sûrs. Il est essentiel d’intégrer ces approches pour favoriser un changement durable au niveau des individus, des ménages et des communautés. Les données issues des projets EAMR et EJM montrent que les initiatives de sensibilisation ciblées et adaptées à la culture locale – notamment les réunions communautaires, les activités menées en milieu scolaire et entre pairs, les supports pédagogiques et l’intégration de messages dans d’autres programmes – permettent d’améliorer les connaissances sur la VBG, aident à distinguer les normes liées au genre de celles liées au sexe et facilitent la détection précoce des cas.

Messages
Les gouvernements, les bailleurs de fonds et les acteurs de la protection doivent investir dans des initiatives de sensibilisation et d’engagement communautaire adaptées à la culture ainsi qu’aux enfants et aux jeunes, et de les financer de manière durable, permettant ainsi de normaliser les discussions sur la VBG, de remettre en cause les normes de genre néfastes et de promouvoir la prévention. Ces mesures devraient être complétées par des approches de prévention fondées sur des données probantes, notamment des stratégies de mobilisation communautaire qui associent divers acteurs et favorisent la réflexion collective ainsi que le changement de comportement.

Dans les contextes particulièrement sensibles, les interventions doivent être soigneusement adaptées aux conditions locales, afin de protéger les participants, de respecter les normes sociales et de réduire les risques au maximum. Les actions de sensibilisation devraient être menées de manière transversale et s’appuyer sur les réseaux de pairs, les écoles, les organisations locales et les médias afin de garantir un impact durable à l’échelle de la communauté et un meilleur accès à la protection.

Bonnes Pratiques

  • Égypte: au Caire et dans d’autres villes, les partenaires du projet EAMR ont régulièrement organisé des séances de sensibilisation portant sur la distinction entre genre et sexe, ainsi que sur les différentes formes de violence et d’abus dont sont victimes les enfants et les adolescents. Ces sessions font l’objet d’évaluations initiales et finales, qui montrent une meilleure compréhension et contribuent à une meilleure visibilité des cas de VBG au fil du temps. Cette approche contribue à briser les tabous et permet aux communautés de mieux identifier ce qui constitue un acte de violence. Cette dernière était auparavant sous-déclarée en raison de la stigmatisation.
  • Soudan: le projet EAMR a intégré des messages de prévention et de sensibilisation à la VBG dans d’autres sessions et services, plutôt que de les proposer sous forme d’activités distinctes. Cette approche élargit la portée de l’information, réduit la stigmatisation et permet de diffuser les informations sur la VBG de manière plus sûre et à plus grande échelle.
  • Éthiopie: le projet EAMR a mis en place des mécanismes communautaires de protection de l’enfance ainsi que des actions de sensibilisation visant à identifier et à prévenir les migrations dangereuses et la traite des êtres humains.
  • Niger: le Mouvement africain des enfants et jeunes travailleurs (MAEJT), partenaire du projet EJM, a organisé des séances de sensibilisation à l’intention des EJM au sein des communautés de migrants, portant sur les risques et les mécanismes de prévention de la VBG. Cela a permis aux EJM d’approfondir leurs connaissances sur le sujet et de partager leurs expériences et leurs témoignages. Cette approche a également favorisé une prise de conscience entre pairs: les EJM qui ont été sensibilisés à la question se sont chargés de transmettre ces messages aux nouveaux arrivants ou à ceux qui n’avaient pas pu assister aux séances.
  • Mali: le projet EJM a aidé les organisations communautaires à mettre en œuvre des actions de sensibilisation au sein de la communauté, qui intègrent des messages spécifiques sur la VBG. Trois organisations communautaires ont été soutenues au Mali depuis le début du projet, dont une à Bamako et deux à Sikasso. Cette approche permet d’atteindre facilement les groupes cibles.
  • Guinée: des sessions d’information et de sensibilisation ont été menées par les partenaires locaux du projet EJM, notamment le Centre d’écoute de conseils et d’orientation pour jeunes (CECOJE) et les comités locaux de protection. Ces sessions de sensibilisation sont organisées au sein des communautés d’accueil et auprès des EJM par le biais de conférences éducatives et d’émissions télévisées consacrées à la prévention des risques de VBG et aux mécanismes d’aide existants. Cette approche a facilité les échanges avec les groupes cibles sur des sujets parfois considérés comme sensibles.
  • Guinée: l’organisation partenaire du projet EJM, OSH Guinée, propose un coaching pour les EJM, ce qui leur permet de renforcer leurs compétences en matière de leadership et d’autodéfense face aux VBG grâce à une bonne compréhension des risques ainsi que des mécanismes de prévention et de protection. Cela permet également aux EJM de prendre leur destin en main grâce à une bonne compréhension des possibilités existantes et facilite leur accès aux services de protection ainsi qu’aux opportunités d’intégration socio-économique.

KAPCYM se penche sur les thèmes de la migration et de la protection de l’enfance

Thèmes principaux: accès au registre d'état civil, à l’identification et à l’enregistrement, coopération régionale des systèmes de gestion de cas, violences basées sur le genre dans le contexte de la migration, participation significative des enfants et jeunes en mobilité, soutien aux organisations de la société civile et localisation.

Le projet en détail

La protection des enfants et des jeunes en mobilité (EJM), en particulier dans les régions d'Afrique du Nord, de l'Est et de l'Ouest, est l'un des défis les plus urgents à relever dans le cadre des efforts mondiaux visant à protéger les populations vulnérables. Les enfants et les jeunes migrants de ces régions sont exposés à de nombreuses menaces qui se recoupent souvent, notamment un risque accru de travail forcé, de mariages précoces, de traite et d'exploitation. Le manque de voies de migration sûres, associé à un accès limité aux services de base, aggrave ces risques et place les enfants et les jeunes dans des situations précaires où leurs droits à la protection et au bien-être sont fortement compromis.

Les principales causes de la migration dans ces régions sont multiples. Il s'agit notamment de la pauvreté endémique, de l'instabilité politique, des conflits armés et de la dégradation de l'environnement, autant de facteurs qui poussent les enfants et les familles à chercher la sécurité et de meilleures opportunités ailleurs. Cependant, l'absence de voies de migration légales, la faiblesse des structures gouvernementales et les opportunités économiques limitées ne font qu'aggraver la crise. Dans de nombreux cas, les enfants et les jeunes n'ont guère d'autre choix que d’entamer des voyages dangereux à la recherche d'un refuge, d'une éducation et d'opportunités économiques, souvent au détriment de leur sécurité et de leur dignité.

Les projets EJM (Enfants et Jeunes sur les Routes Migratoires d'Afrique de l'Ouest et du Nord, mis en œuvre par un consortium dirigé par Helvetas) et EAMR (East African Migration Routes, mis en œuvre par Save the Children), financés par la Direction du développement et de la coopération (DDC), sont essentiels pour combler ces lacunes, tant au niveau de l'aide humanitaire immédiate que de la construction de la résilience à long terme. Ces projets visent à répondre aux besoins urgents des EJM tout en créant les conditions nécessaires à une protection et à une autonomisation durables. En se concentrant sur le renforcement des systèmes de protection de l'enfance, l'amélioration de l'accès aux services et le renforcement de la résilience, ces projets visent à créer un environnement plus sûr pour les enfants et les jeunes déplacés.

Afin de soutenir ces initiatives et de combler les lacunes existantes en termes de données probantes et de pratiques, l’Unité de connaissance et de dialogue politique pour la protection des enfants et des jeunes en mobilité (Knowledge and Policy Dialogue on Protection of Children and Youth on the Move KAPCYM) a été créée. Cette unité joue un rôle crucial dans le renforcement de l'élaboration des politiques et des pratiques fondées sur des données probantes dans ce domaine. Elle soutient les efforts de plaidoyer et de dialogue politique des acteurs suisses en collectant, documentant, synthétisant et diffusant systématiquement les connaissances, les expériences et les bonnes pratiques issues des projets EJM et EAMR et des services gouvernementaux suisses. Ses résultats seront étendus à la mise en œuvre des projets EJM et EAMR ainsi qu'à des projets de migration régionale dans d'autres contextes, afin d'assurer une application plus large des connaissances et des stratégies dans différents pays et régions confrontés à des défis similaires.

L'objectif global du projet KAPCYM est d'améliorer les connaissances, les échanges et l'apprentissage, ainsi que les approches plus stratégiques de défense des intérêts politiques des acteurs travaillant dans ce domaine,en adoptant une approche participative et de transformation du genre. Cette vision est en accord avec ce processus en trois étapes, conçu pour apporter des changements efficaces:

  1. Saisie constructive des données, synthèse et documentation des connaissances: collecte et synthèse des connaissances critiques issues des projets et initiatives en cours afin de les rendre accessibles aux décideurs, aux praticiens et aux autres parties prenantes.
  2. Diffusion efficace des connaissances et des apprentissages: promotion de canaux solides pour l'échange de connaissances et de l'apprentissage mutuel entre les parties prenantes afin d'améliorer l'efficacité des interventions et des politiques.
  3. Défense des intérêts et dialogue politique: soutenir la Suisse et ses partenaires dans la promotion des efforts de plaidoyer et contribuer à un dialogue politique plus fort sur la protection des EJM.

L'unité KAPCYM s'efforce de soutenir différents groupes d'intérêt suisses dans leurs activités de lobbying et de dialogue politique et de renforcer la position de la Suisse dans les domaines de la migration et de la protection de l’enfance. À cette fin, l'unité KAPCYM travaille sur les activités et les résultats suivants:

  • Dossiers thématiques et stratégies de plaidoyer pour chaque priorité thématique (voir ci-dessous)
  • Atelier de dialogue politique
  • Parcours d'apprentissage
  • Communauté de pratique
  • Sessions d'apprentissage et d'échange

Afin de comprendre l'impact de l'unité KAPCYM et les changements au niveau des principaux acteurs du projet influencés par le travail de KAPCYM, une évaluation des résultats (Outcome Harvesting) sera effectuée en juin 2026. Cette approche est particulièrement adaptée à l'évaluation du travail de plaidoyer, car elle est conçue pour identifier les inconnues, y compris les résultats involontaires, et pour analyser l'importance des résultats et la contribution du mandat KAPCYM. Les résultats mettront en évidence les domaines avec des possibilités d'amélioration et d'adaptation.

Dossiers thématiques

KAPCYM - Dossier thématique 1: Accès au registre civil, à l’identification et à l’enregistrement

KAPCYM - Dossier thématique 1: Accès au registre civil, à l’identification et à l’enregistrement

Informations générales sur le contexte, 11 messages de plaidoyer et une aperçu des pays.

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KAPCYM - Dossier thématique 2: Renforcer la coopération régionale des systèmes de gestion des cas

KAPCYM - Dossier thématique 2: Renforcer la coopération régionale des systèmes de gestion des cas

Informations générales sur le contexte, 10 messages de plaidoyer et une aperçu des pays.

Télécharger (pdf, 716.26 KB)
KAPCYM - Dossier thématique 3: Lutter contre la violence basée sur le genre dans un contexte migratoire

KAPCYM - Dossier thématique 3: Lutter contre la violence basée sur le genre dans un contexte migratoire

Informations générales sur le contexte et 9 messages de plaidoyer avec des bonnes pratiques.

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Articles

Au-delà des frontières : Ce qu’il faut pour que la prise en charge des enfants et des jeunes en mobilité fonctionne en Afrique de l’Est, de l’Ouest et du Nord

Au-delà des frontières : Ce qu’il faut pour que la prise en charge des enfants et des jeunes en mobilité fonctionne en Afrique de l’Est, de l’Ouest et du Nord

Enseignements tirés d'un webinaire intitulé « Renforcer la coopération régionale sur les systèmes de gestion des cas », organisé par l'unité KAPCYM le 20 avril 2026.

Télécharger (pdf, 395.21 KB)
Derrière chaque chiffre, une histoire : Lutter contre la violence basée sur le genre le long des routes migratoires africaines

Derrière chaque chiffre, une histoire : Lutter contre la violence basée sur le genre le long des routes migratoires africaines

Enseignements tirés d’un webinaire intitulé « Lutter contre la violence sexiste dans un contexte migratoire », organisé par l’unité KAPCYM le 18 juin 2026.

Télécharger (pdf, 388.67 KB)

L'unité KAPCYM est un mandat confié par la Direction du développement et de la coopération (DDC).

Sarah Estermann

Gestionnaire des connaissances Migration

+41 41 419 23 28sestermann@caritas.ch

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Autre projectsEngagement pour un monde sans pauvreté

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Photo de couverture: Le projet se concentre sur la protection de l’enfance ainsi que sur le soutien aux femmes et aux filles qui ont subi des violences liées au genre. Pour ce faire, des abris sûrs et des conseils psychosociaux sont proposés et la population est sensibilisée à la protection de l’enfance et aux violences sexistes et sexuelles. © Kenyi Moses