Dans les secteurs à bas salaires comme le nettoyage, les salaires minimums pourraient contribuer à garantir les moyens de subsistance des travailleurs et travailleuses.
Dans les secteurs à bas salaires comme le nettoyage, les salaires minimums pourraient contribuer à garantir les moyens de subsistance des travailleurs et travailleuses.

Les salaires minimums dans les cantons et les villes sont menacés

Les travailleurs pauvres en Suisse

Le salaire est notre principal moyen de subsistance. À ce titre, il est aussi la meilleure prévention contre la pauvreté, à condition d’être réellement suffisant pour vivre. Les salaires minimaux contribuent de manière déterminante à améliorer la situation des personnes avec un bas salaire. Or, plusieurs réglementations cantonales et municipales sont actuellement soumises à des pressions politiques de la part de la Berne fédérale.

Les travailleurs touchés ou menacés par la pauvreté bénéficient particulièrement des salaires minimums. Leurs salaires sont souvent trop bas et, en raison de taux d'occupation irréguliers, ne sont pas assez constants. La décision prise mi-mars 2026 par le Conseil des États d'interdire les salaires minimums dans les cantons et les villes concerne précisément ces personnes et va à l'encontre de la lutte contre la pauvreté.

Dans le canton de Genève, l'introduction du salaire minimum a permis d'augmenter les salaires d'environ 20'000 travailleurs. Dans le canton de Neuchâtel également, avant l'introduction du salaire minimum, environ 2700 travailleurs avaient un salaire inférieur à celui prévu par l'initiative populaire. Et dans la ville de Zurich, environ 17'000 personnes gagnent moins de 4000 francs pour un emploi à plein temps. C’est ce que l'initiative acceptée par la population veut changer, mais elle fait actuellement l'objet d'une bataille juridique. Conformément à la décision du Conseil des États, les salaires minimums doivent être maintenus dans les cantons de Genève et de Neuchâtel. Dans les autres cantons ainsi que dans les villes, l'introduction de nouveaux salaires minimums sera toutefois rendue plus difficile.

Quelle est l'ampleur du problème des working poor en Suisse?

Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), 175'000 personnes (4,3 %) ont été touchées par la pauvreté en 2024, malgré qu’elles exerçaient une activité professionnelle, et vivaient en dessous du seuil de pauvreté absolue. Si l'on ajoute les personnes menacées de pauvreté, 357'000 actifs (8,8 %) sont concernés. L'existence d'autres personnes dépend souvent de leur revenu trop faible, notamment des enfants. L’ampleur de ce phénomène est considérable: 324'000 personnes en Suisse vivaient dans un ménage pauvre en 2024, bien qu'au moins une personne exerçait une activité professionnelle. Si l'on prend le seuil du risque de pauvreté comme référence, on passe à 821'000 personnes.

Un coup d'œil sur les statistiques révèle d'autres liens importants avec les working poor en Suisse:

  • La grande majorité des personnes touchées ou menacées par la pauvreté, qui ne sont pas empêchées de travailler en raison de leur âge, d’une maladie ou de leurs obligations d'assistance, exercent une activité professionnelle.

Dans la population menacée de pauvreté, qui compte 1,45 million de personnes, 357'000 personnes exercent une activité professionnelle. 315'000 sont des enfants et 679'000 sont inactifs. Seules 32'000 de ces personnes sont sans emploi, c'est-à-dire en recherche active d'emploi. Parmi les autres, un peu plus de la moitié (377'000) sont des retraités et environ 266'000 sont des «autres personnes sans activité professionnelle». Celles-ci ont par exemple des obligations de garde et ne peuvent donc pas travailler, ou ne sont pas actives en raison de problèmes de santé ou sont en formation. Le tableau est le même dans la population touchée par la pauvreté. Nos expériences dans nos services de consultation sociale et de conseil en matière d’endettement le confirment également.

  • Le taux de pauvreté est particulièrement élevé dans les secteurs à bas salaires et dans les emplois atypiques.

Les emplois atypiques tels que le travail sur appel, les contrats à durée déterminée et certaines activités indépendantes entraînent souvent des revenus insuffisants. Le risque de pauvreté est particulièrement élevé dans les branches à bas salaires comme la construction ou l'hôtellerie-restauration, et ce malgré un travail rémunéré.

Selon l'OFS, 12,1 % de tous les travailleurs occupent un poste à bas salaire. Leur salaire brut est inférieur à 4525 francs par mois pour un emploi à temps plein. 62,1 % d'entre eux sont des femmes. Les étrangers sont également plus nombreux à travailler dans les secteurs à bas salaires.

  • Le niveau de formation et la situation familiale ont une influence sur le risque de tomber dans la pauvreté, et ce malgré un emploi.

22,5 % des personnes ayant suivi la scolarité obligatoire sont touchées ou menacées de pauvreté malgré un travail rémunéré. Avec un diplôme de niveau secondaire II, le risque baisse nettement, à 10,6 %, et à 4,4 % avec un diplôme de niveau tertiaire. La formation est donc un facteur de protection important. Les ménages monoparentaux et les familles avec plusieurs enfants ou des enfants en bas âge présentent également un risque accru: 16,7 % des ménages monoparentaux sont touchés ou menacés de pauvreté malgré un travail rémunéré. Ce taux peut atteindre 20,0 % pour les couples avec trois enfants ou plus. En comparaison, les couples sans enfant sont nettement moins touchés, avec un taux de seulement 4,0 %.

Les cantons et les communes devraient continuer à avoir la possibilité de fixer des salaires minimums régionaux. Caritas regrette la décision du Parlement, qui ne souhaite plus autoriser cette pratique à l'avenir.

Écrit par Laura Brechbühler, responsable Politique, Caritas Suisse

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Photo de couverture: Dans les secteurs à bas salaires comme le nettoyage, les salaires minimums pourraient contribuer à garantir les moyens de subsistance des travailleurs et travailleuses. © Perretfoto.ch