

Le système de sécurité sociale
Sommaire

Les failles du système
Pourquoi les gens sont-ils pauvres malgré le système social ?
La Suisse dispose d’un système de sécurité sociale qui fonctionne bien, mais qui présente néanmoins de sérieuses lacunes, avec des conséquences sur la prévention et la lutte contre la pauvreté. Dans cette section, vous découvrirez les principaux points faibles du système social suisse.
Les failles du système social
Le système suisse de sécurité sociale offre à la plupart des gens une protection contre la pauvreté, mais il présente des lacunes qui peuvent être grossièrement classées en trois catégories :
Premièrement, certaines prestations ne garantissent pas le minimum vital. Les indemnités de chômage s’élèvent au maximum à 80 % du dernier revenu. Celles et ceux qui gagnaient déjà peu auparavant ont désormais du mal à joindre les deux bouts. De même, les rentes de l’AVS/AI ne suffisent pas toujours à couvrir les besoins vitaux. Enfin, l’aide sociale est trop limitée.
Deuxièmement, certains groupes de personnes, certaines situations ainsi que certaines formes de travail ne sont pas couverts, ou le sont mal. C’est le cas pour les personnes indépendantes à faibles revenus, les personnes travaillant à temps partiel ou celles qui occupent des emplois précaires. En général, ces personnes ne bénéficient d’aucune protection en cas de maladie, de perte d’emploi ou de chômage. De plus, elles ne bénéficient d’aucune prestation de prévoyance.
Troisièmement, le réseau d’institutions est complexe et les institutions ne sont pas parfaitement coordonnées entre elles. Les responsabilités ne sont pas toujours claires, certaines institutions font des économies au détriment des autres et il existe des effets de seuil. Un effet de seuil se produit lorsqu’une augmentation de salaire entraîne la perte d'une prestation et donc, de facto, une réduction du revenu disponible. Le fédéralisme est en outre un facteur d'injustices, car la couverture du minimum vital varie selon le canton ou la commune.
Ces lacunes dans le système de sécurité sociale ont de graves conséquences pour certaines personnes. Les mères célibataires, les personnes employées dans des conditions de travail précaires, les personnes indépendantes dans les secteurs à bas salaires ou les personnes issues de l’immigration courent un risque élevé de passer à travers les mailles du filet social et de se retrouver en situation de détresse financière.

Le dernier recours
Quel est le rôle de l’aide sociale ?
L’aide sociale est le dernier recours du système social. Elle garantit le minimum vital aux personnes en âge de travailler. Comme l’aide sociale relève de la compétence des cantons ou des communes, son montant et ses modalités diffèrent selon le lieu de résidence.
Les bases de l’aide sociale
La Constitution fédérale garantit à toute personne vivant en Suisse le droit d’obtenir de l’aide dans des situations de détresse (article 12 Cst). Cependant, elle ne donne aucune indication sur les moyens à engager pour permettre aux personnes une existence digne. L’organisation de l’aide sociale incombe aux cantons (article 115 Cst).
Il n’existe pas de loi fédérale sur l’aide sociale, mais 26 lois cantonales. Ces lois diffèrent pour ce qui concerne l’organisation de l’aide sociale et les prestations auxquelles elle donne droit, mais aussi en matière de répartition des compétences entre le canton et les communes. Certains cantons se portent responsables de l’aide sociale, d’autres délèguent cette responsabilité aux communes.
Pour l’aménagement des prestations d’aide, les cantons se basent sur les Normes de la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS). Il s’agit de recommandations qui doivent contribuer à harmoniser l’aide sociale en Suisse et à assurer l’égalité des droits. Dans certains cantons et communes, les normes CSIAS sont contraignantes, car elles ont été intégrées dans la loi cantonale sur l’aide sociale, ou dans la législation communale. Les tribunaux se basent sur les normes de la CSIAS.
Même si, dans la plupart des cantons, les normes CSIAS ne sont pas contraignantes, elles permettent d’éviter des écarts trop importants des prestations d’aide sociale entre les différents cantons et communes. Pourtant, il existe parfois des différences importantes sans raison objective. Ainsi, les normes de la CSIAS ne prévoient un remboursement de l’aide sociale (en cas de perception légitime) qu'à partir d'une fortune supérieure à 30'000 francs pour une personne seule. Certains cantons ont adopté cette réglementation. D’autres exigent le remboursement de l’aide sociale dès qu’une personne gagne un revenu un peu plus élevé que ce qui serait nécessaire pour assurer son minimum vital.
L’aide sociale étant censée garantir le minimum vital, ces différences liées au lieu de résidence sont problématiques. De plus, les personnes concernées n’ont pas beaucoup de possibilités de se défendre.
Les requérants d’asile, les étrangers admis à titre provisoire et les personnes bénéficiant du statut de protection S reçoivent l’aide sociale en matière d’asile. Selon la loi fédérale, celle-ci doit être inférieure aux taux de l’aide sociale pour la population locale (Art. 82 al. 3 LAsi et Art. 86 al. 1 LEI). Dans la pratique, il y a une différence de 20 % à 70 %. Les différences entre les cantons et les communes en matière de montant et de type de prestations sont encore plus importantes que dans le domaine de l’aide sociale économique.
L’aide sociale garantit le minimum vital aux personnes aptes à travailler âgées de moins de 65 ans ainsi qu’à leurs enfants. Les personnes qui perçoivent une rente AVS ou AI ont droit à des prestations complémentaires (PC). Le minimum vital des prestations complémentaires est nettement supérieur à celui de l’aide sociale.
Les prestations de l’aide sociale
Les prestations de l’aide sociale comprennent la couverture des besoins de base et l’aide personnelle.
L’aide sociale ne doit pas seulement garantir le minimum vital physique, mais aussi permettre une participation sociale minimale (« minimum vital social »). C’est pourquoi la couverture des besoins de base ne comprend pas seulement les dépenses pour l’alimentation, les vêtements, le logement et la santé, mais aussi celles pour les transports publics ou un abonnement de téléphone portable.
Forfait pour l’entretien
La couverture des besoins de base comprend le forfait pour l’entretien, le loyer et l’assurance-maladie obligatoire. Les loyers sont soumis à des «limites de loyer» qui varient selon les cantons ou les communes. Le forfait pour l’entretien se base sur les dépenses moyennes des 10 % de revenus les plus bas de la population résidant en Suisse.
Prestations circonstancielles
En plus du forfait pour l’entretien, des prestations dites circonstancielles qui tiennent compte de la situation individuelle des personnes peuvent être versées. Elles couvrent par exemple les frais de garde des enfants, les soins dentaires ou les cours de langue.
Le fait que des prestations circonstancielles soient accordées ou non dépend notamment de l’autorité ou du spécialiste compétent. La marge d’appréciation varie fortement selon le type de prestation. C’est pourquoi les prestations circonstancielles ne peuvent pas être considérées comme faisant partie de la sécurité matérielle de base.
L’aide personnelle favorise l’intégration sociale et professionnelle des personnes en difficulté. Elle prend la forme de conseils, d’accompagnement et de transmission d’informations, et ne dépend pas du droit à une aide économique.

Non-recours aux prestations sociales
Pourquoi les gens renoncent-ils aux prestations sociales ?
En Suisse, des personnes qui auraient droit à des prestations, telles que l’aide sociale, les prestations complémentaires ou les réductions de primes d’assurance ne les perçoivent pas. Pourquoi ? Quelques explications.
Le non-recours, un phénomène courant
Environ un tiers des personnes qui ont droit à des prestations sociales n’y ont pas recours. Malheureusement, il existe peu de chiffres à ce sujet en Suisse, même si des enquêtes fiables sont disponibles depuis peu dans certains cantons. On peut ainsi identifier les situations suivantes :
- Environ un tiers des ayants droit ne perçoivent pas l’aide sociale. Selon les estimations, le taux de non-recours est supérieur à 35 % dans les cantons de Bâle-Campagne (enquête en allemand) et de Berne (enquête en allemand) ; dans la ville de Bâle et dans le canton de Vaud (enquête en allemand), il s’élève à environ 30 % et dans le canton du Valais à environ 25 %.
- L’environnement socio-spatial, les conditions de vie et la situation financière sont responsables du non-recours. Le non-recours est plus élevé dans les communes rurales, politiquement plus conservatrices, et dans les quartiers urbains plus aisés, que dans les communes urbaines et les quartiers plus pauvres. Les personnes ou les ménages dont le revenu est à peine inférieur au seuil de l’aide sociale renoncent souvent aux prestations sociales. Les indépendants également renoncent souvent à leur droit.
- Le taux de non-recours a tendance à être plus élevé pour l’aide sociale que pour les autres prestations sous condition de ressources. Les personnes ont plus souvent recours aux prestations sous condition de ressources pour les familles (taux de non-recours aux contributions au loyer de Bâle-Campagne : 23 % ; aux PC pour les familles dans le canton de Vaud : 24 %) qu’à l’aide sociale, car ces prestations sont moins associées à une stigmatisation et un contrôle. La situation est moins claire s’agissant des prestations complémentaires à l’AVS et de la réduction des primes d’assurance-maladie : dans le canton de Vaud, le taux de non-recours aux PC à l’AVS s’élève à 23 %, et il est nettement inférieur à celui de l’aide sociale ; à Bâle-Ville il s’élève à près de 30 %. En revanche, le non-recours aux réductions de primes est beaucoup plus faible à Bâle-Ville (taux de non-recours de 19 %), et plus élevé dans le canton de Vaud (31 %). Il existe toutefois une explication simple à ce taux de non-recours étonnamment élevé aux réductions de primes : en 2019, le canton de Vaud a introduit un plafond de primes fixé à 10 % du revenu. Du coup, une partie beaucoup plus importante de la population a soudainement eu droit à des réductions de primes. De nombreux nouveaux ayants droit n'ont pas fait valoir leur droit immédiatement, ce qui a entraîné un taux de non-recours élevé en 2020. Certains indices laissent penser que ce taux a depuis lors nettement diminué.

Raisons du non-recours aux prestations sociales
Les raisons du non-recours sont multiples. Certaines personnes manquent d’informations ou de connaissances linguistiques suffisantes pour comprendre le système ; d’autres sont dépassées par la demande à déposer, car elles manquent de temps, de calme et de soutien. Les sentiments de honte ou la peur de la stigmatisation sont également déterminants. Certains ayants droit craignent de tomber dans la dépendance à ces prestations. Certaines conditions d’éligibilité, telles que le montant des exonérations fiscales ou les obligations de remboursement, renforcent ces inquiétudes. Les obstacles bureaucratiques, comme les formulaires et les procédures compliquées, ainsi que les délais courts, peuvent également rendre l’accès aux prestations sociales plus difficile.
Pour les personnes sans passeport suisse, il existe un obstacle supplémentaire : la loi sur les étrangers et l’intégration (LEI) stipule que les personnes titulaires d’une autorisation de séjour (B) ou d’une autorisation d’établissement (C) peuvent perdre leur droit de séjour ou être rétrogradées si elles perçoivent l’aide sociale. Il est difficile d’évaluer à quel point le danger est réel, mais l’incertitude juridique inquiète fortement les personnes concernées. De plus, dans la plupart des cas, le recours à l’aide sociale entrave le regroupement familial et rend la naturalisation impossible. On peut donc comprendre que de nombreuses personnes ne se fient pas à des déclarations vagues et préfèrent se passer de l’aide sociale. Parallèlement, les œuvres de bienfaisance relèvent une augmentation des demandes de soutien de la part de ce groupe de personnes.
Les conséquences négatives de ce non-recours
Le non-recours à l’aide sociale a des conséquences dramatiques pour les personnes concernées, en particulier lorsqu’il se prolonge dans le temps. Ces personnes sont réduites à économiser sur les biens de première nécessité, comme l’alimentation et la santé, ou à s’endetter. De telles situations précaires, si elles se prolongent, peuvent conduire à des spirales négatives et à de graves problèmes de santé. De plus, le risque est grand que la prochaine génération soit également touchée par la pauvreté à long terme.
Le non-recours aux prestations sociales a également des conséquences pour la société et les pouvoirs publics. Lorsque la pauvreté persiste pendant une longue période, elle limite les possibilités de formation et de participation des personnes concernées, entraîne des maladies chroniques et pose des défis à long terme en matière d’intégration sociale et professionnelle. Les coûts qui en résultent sont élevés pour l’État.
Voici comment la Confédération et les cantons luttent contre le non-recours
La pauvreté en Suisse pourrait être réduite si la Confédération et les cantons luttaient plus activement contre le non-recours aux prestations sociales. En Suisse, ce thème a fait l’objet de discussions à la suite de la crise du Covid-19. Malgré cela, les mesures globales contre le non-recours aux prestations sociales sont restées jusqu’à présent plutôt marginales.
Ainsi, le canton du Jura a lancé une campagne contre le non-recours, mettant l’accent sur les offres faciles d’accès. Des projets sont menés dans plusieurs cantons romands et quelques cantons alémaniques, ainsi que dans des grandes villes, afin de sensibiliser les personnes à faire valoir leurs droits. Dans les villes, de nouvelles aides d’urgence (notamment pour les sans-papiers) ont été mises en place, mais elles sont en partie limitées dans le temps ou ont été bloquées par la justice.
Toutefois, les mesures individuelles sont plus fréquentes et mettent généralement l’accent sur l’exécution des prestations et sur les stratégies d’information des autorités sociales. Rares cependant sont les procédures permettant d’identifier le plus précisément possible les ayants droit à l’aide des données fiscales disponibles. De nombreux cantons ne font ce genre de démarche qu’en ce qui concerne la réduction individuelle des primes d’assurance-maladie.
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Photo de couverture: © Caritas Schweiz



Un système social à plusieurs niveaux
Comment fonctionne l’État social suisse ?
L’État social suisse est structuré en plusieurs niveaux. Des prestations sociales entrent en jeu lorsque les revenus professionnels ou le soutien familial ne suffisent pas à assurer la subsistance individuelle : les assurances sociales offrent une protection contre des risques précis tels que la maladie ou le chômage. Les prestations sous condition de ressources, p. ex. les réductions de primes d’assurance-maladie, complètent les assurances sociales lorsque celles-ci ne suffisent pas. L’aide sociale est le dernier filet de sécurité, et elle doit garantir le minimum vital.
Les principes importants sont inscrits dans la Constitution fédérale
La Constitution fédérale énonce les lignes directrices de justice sociale, d’égalité des chances et d’engagement social. L’article 12 garantit à tous les citoyens le droit à une aide dans des situations de détresse, et le droit à «une existence conforme à la dignité humaine».
Les buts sociaux
Les buts sociaux (art. 41 Cst) donnent à la Confédération et aux cantons des lignes directrices en matière de prévention de la pauvreté. Ces buts prévoient entre autres que :
Accords internationaux
La Suisse s’est également engagée, par le biais d’accords internationaux, à faire en sorte que tous les habitants du pays puissent mener une vie digne. La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 est emblématique à cet égard, tout comme diverses décisions de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui définissent la sécurité sociale et en fixent les principes. Enfin, la Suisse a également approuvé l’Agenda 2030 des Nations Unies et ses 17 Objectifs de développement durable, dont plusieurs concernent le domaine de la sécurité sociale.
Les prestations de l’État social
La Suisse dispose d’un système de sécurité sociale à plusieurs niveaux. En principe, tous les individus doivent subvenir eux-mêmes à leurs besoins, en exerçant une activité rémunérée ou en s’appuyant sur leur famille. Lorsque la sécurité individuelle n’est pas (ou plus) à portée, l’État propose différentes prestations : les assurances sociales offrent une protection contre la maladie ou le chômage, par exemple. Si celles-ci ne suffisent pas, d’autres prestations sous condition de ressources peuvent être activées. L’aide sociale fait office de dernier filet contre la pauvreté. Elle garantit le minimum vital aux personnes en âge de travailler et à leurs enfants.
Le principe de la subsidiarité s’applique conformément à la Constitution fédérale : en premier lieu, chacun est responsable de sa propre sécurité matérielle et sociale. Le travail rémunéré constitue la base de cette sécurité. Le soutien de la famille revêt également une grande importance en Suisse. En outre, l’État veille à fournir des services de base, qui comprennent des systèmes étendus en matière de formation, de justice et de santé.
Les assurances sociales offrent une protection contre la maladie ou le chômage. Le système suisse de sécurité sociale est divisé en cinq domaines :
Leur accès ne dépend pas de la situation financière des personnes concernées, à l’exception du droit aux prestations complémentaires à l’AVS/AI. L’accès à ces prestations dépend de l’irruption d’une cause déterminée.
La plupart des assurances sociales sont obligatoires et financées par des cotisations salariales. Pour l’assurance-maladie, chaque personne paie une prime (prime par tête). La Confédération et les cantons participent à des degrés divers au financement des assurances sociales.
Les prestations communales et cantonales sous condition de ressources sont versées aux personnes qui ne peuvent pas assurer elles-mêmes leur subsistance. Elles entrent en jeu lorsque les prestations des services de base ou des assurances sociales ne suffisent pas. Certaines de ces prestations sociales sous condition de ressources sont inscrites dans des lois fédérales et sont les mêmes partout en Suisse. C’est le cas notamment des prestations complémentaires à l’AVS et à l’AI, ou des réductions individuelles des primes de l’assurance-maladie. Malgré les directives fédérales, ces prestations varient fortement d’un canton et d’une commune à l’autre : le droit à ces prestations ou leur montant dépend donc du lieu de résidence.
De nombreux cantons et communes proposent d’autres prestations sociales sous condition de ressources afin d’aider les personnes économiquement modestes, qui peuvent notamment bénéficier de prestations complémentaires pour familles, de contributions au loyer, d’allocations vieillesse et invalidité ou d’avances sur pensions alimentaires.
L’aide sociale doit soutenir toutes les personnes en situation de détresse financière. Elle est en aval de toutes les autres prestations et constitue le dernier recours. L’aide sociale ne garantit que le minimum vital absolu. Les bénéficiaires de l’aide sociale s’engagent en outre à chercher un travail rémunéré acceptable et, dans certains cantons, ils doivent rembourser les prestations.
[Verweis auf Abschnitt «Quel est le rôle de l’aide sociale ?»]
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