

Venezuela: quand l'espoir meurt aussi
Le Venezuela est en crise malgré ses riches ressources en matières premières: l'extrême pauvreté augmente et des millions de personnes quittent le pays, notamment pour l'Europe. Caritas Suisse fait partie des rares ONG internationales qui peuvent intervenir dans ce pays au régime autoritaire. Le directeur de notre programme au Venezuela, Rafael Filliger, nous parle des défis et du travail dans le pays.
Quelques jours après l'arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro, la situation dans le pays est tendue et une grande incertitude règne dans la population. Nos partenaires rapportent également une augmentation sensible de la répression interne.
La situation humanitaire continue également de s'aggraver: à de nombreux endroits, les besoins fondamentaux ne peuvent être satisfaits et des millions de personnes dépendent de l'aide humanitaire. En quelques jours, l'inflation a encore augmenté, atteignant jusqu'à 100 % selon les produits.
Caritas Suisse continue de travailler activement au Venezuela. En collaboration avec notre organisation partenaire locale vénézuélienne, nous fournissons principalement une aide alimentaire aux jeunes enfants et à leurs familles. Dans les pays voisins, nous apportons aux réfugiés une aide humanitaire qui concerne l'alimentation, la protection, le logement, l'accompagnement et la santé.
Rafael Filliger, au Venezuela, on raconte la blague suivante: «La capitale Caracas est-elle toujours aussi dangereuse? Non, même les gangsters sont partis.» Quelle est la situation sur place?
De nombreuses personnes qui faisaient partie de la classe moyenne il y a encore quelques années ne savent plus aujourd'hui comment nourrir leur famille. Même les enseignants, les policiers ou le personnel soignant des hôpitaux publics ont besoin d'aide, malgré des emplois fixes, car l’argent a massivement perdu de sa valeur. Les tensions politiques entre les États-Unis et le Venezuela ne font qu'aggraver la situation. On ressent un mélange d'incertitude, de peur et de résignation.
Jusqu'à récemment, nombreux étaient ceux qui tentaient d'émigrer aux États-Unis. Est-ce encore possible?
C'est très difficile. Il faut traverser de nombreux pays, et différents facteurs entrent en jeu. La frontière entre les États-Unis et le Mexique est fermée. De plus, dans de nombreux pays d'Amérique du Sud, on constate un glissement vers les idéologies de droite, qui influence la politique migratoire. Le président panaméen José Raúl Mulino a par exemple fermé le bouchon du Darién il y a un an. Auparavant, des centaines de milliers de personnes effectuaient chaque année cette traversée de la jungle en quête d'une vie meilleure. En outre, les expulsions des États-Unis touchent également des milliers de Vénézuéliens, qui sont renvoyés soit vers des pays tiers, soit directement au Venezuela.
Qu'est-ce que cela signifie pour les migrants vénézuéliens?
Comme alternative aux États-Unis, beaucoup sont plutôt attirés par l'Europe. En Espagne, les Vénézuéliens constituent désormais le groupe le plus important de réfugiés. Il s'agit souvent de personnes avec une bonne formation et suffisamment de moyens financiers pour pouvoir se payer le voyage. Les plus pauvres, en revanche, tentent leur chance dans les pays voisins du Venezuela, comme la Colombie, le Pérou, l'Équateur ou le Brésil. Ils espèrent y trouver du travail et pouvoir ainsi nourrir leur famille.

«L'accent est mis sur les soins aux bébés souffrant de malnutrition. En quelques années, nous avons assisté à une aggravation dramatique des conditions de vie, de la richesse pétrolière à l’extr ême pauvreté.»Rafael Filligerdirecteur de notre programme au Venezuela
La situation est extrêmement précaire. Comment peut-on aider les gens?
Des organisations comme Caritas accompagnent les migrants à plusieurs niveaux. Dans les pays voisins du Venezuela, il s'agit de fournir une aide d'urgence et de créer des perspectives pour une nouvelle vie: sécurité, formation, emplois. Les enfants qui subissent des violences sur la route de la migration bénéficient d'un accompagnement psychologique et d'un accès à l'éducation.
Et au Venezuela? Les organisations de développement peuvent-elles y intervenir directement?
La situation est extrêmement complexe. Les organisations caritatives sont empêchées de s’enregistrer officiellement et d'être actives. Notre organisation partenaire Caritas Venezuela travaille via les structures de l'Église catholique. Elle est très respectée au Venezuela. Il est ainsi possible, grâce à un vaste réseau de bénévoles, de distribuer de la nourriture, de visiter des familles à domicile, d'offrir des soins médicaux de base et de s'occuper des enfants. L'accent est mis sur les soins aux bébés souffrant de malnutrition. En quelques années, nous avons assisté à une aggravation dramatique des conditions de vie, de la richesse pétrolière à l’extrême pauvreté.
Pensez-vous qu’une amélioration est possible?
Les Vénézuéliens sont les rois du système D et de la solidarité, ils partagent le peu qu'ils ont. Mais le quotidien est vraiment oppressant. Dans de nombreuses conversations, on sent un grand désespoir. Il faudrait en premier lieu un changement des réalités politiques et économiques. Mais cela n’est pas vraiment à l’ordre du jour. Le fait que le prix Nobel de la paix ait été décerné cette année à la leader de l'opposition vénézuélienne María Corina Machado pourrait encourager la population à ne pas baisser les bras.
Rédigé par Livia Leykauf, porte-parole, Caritas Suisse
Nous organisons volontiers des interviews et répondons aux demandes des médias à l’adresse medias@caritas.ch.
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Photo de couverture: Tausende Menschen aus Venezuela fliehen nach Kolumbien und leben unter prekären Bedingungen, wie hier in Maicao. © Reto Albertalli