Eine Bäuerin in Uganda plant ihre landwirtschaftlichen Aktivitäten.
Eine Bäuerin in Uganda plant ihre landwirtschaftlichen Aktivitäten.

Quel est l'impact des coupes budgétaires dans la coopération internationale?

Une politique de sécurité globale et une solidarité mondiale sous pression

La Suisse est confrontée à une nouvelle cure d'austérité drastique dans la coopération internationale (CI), alors que le Parlement veut augmenter le plafond des dépenses de l'armée. Voici un aperçu des discussions politiques du moment.

Suite au débat sur le budget 2025 et à la stratégie de la CI pour 2025-2028, les moyens alloués à la coopération internationale sont réduits de 431 millions de francs. De même, les 1,5 milliard prévus dans le budget de la coopération internationale pour la reconstruction de l'Ukraine sont prélevés sur les projets de lutte contre la pauvreté dans le Sud global.

En outre, à partir de 2026, 7,2 millions de francs par an seront transférés de la coopération bilatérale au développement vers un fonds de promotion des investissements afin de mobiliser les investissements privés et d'impliquer davantage les entreprises dans les projets de CI – un témoin clair de la privatisation croissante de la coopération internationale. Dans ce contexte, d'autres propositions de coupes drastiques sont en discussion lors de la session parlementaire en cours.

Une TVA plus élevée pour l'armée et un assouplissement pour les exportations d’armes?

Alors que des économies sont réalisées chez les plus pauvres, le contexte politique suisse mise de manière problématique sur le réarmement militaire et le renforcement des exportations d'armes. Le Parlement a augmenté l'enveloppe financière de l'armée de 4 milliards de francs pour les années 2025-2028, ce qui la porte à un total de 29,8 milliards. En outre, il est question d'augmenter la TVA afin de dégager encore plus de moyens pour l'armée.

Parallèlement, un assouplissement de la loi fédérale sur le matériel de guerre est en discussion. Cette loi interdit jusqu'à présent l'exportation vers des zones de conflit, mais l'industrie de l'armement argumente que l'attaque russe contre l'Ukraine a fait chuter massivement les exportations et que la sécurité d'approvisionnement de l'armée suisse est donc menacée.

Réduction jusqu'à un quart des fonds destinés aux pays les plus pauvres

La Suisse n'est pas la seule à avoir pris des mesures d'austérité dans la CI et à avoir augmenté le budget de l’armée: selon l'OCDE, le financement de l'aide publique au développement (APD) des pays donateurs (pays du CAD – Comité d’aide au développement) est en baisse pour la première fois depuis six ans en 2024: -9 % par rapport à 2023. On s'attend même à une baisse allant jusqu'à 17 % en 2025.

Les pays les plus pauvres («Least Developed Countries») sont particulièrement touchés – on s'attend à une réduction de 13 % à 25 % du financement public bilatéral du développement, et même de 16 % à 28 % en Afrique subsaharienne. En revanche, les dépenses militaires n'ont cessé d'augmenter depuis la guerre froide: en 2024, les dépenses militaires des pays du CAD étaient environ 13 fois plus élevées que les fonds alloués à la réduction de la pauvreté dans le monde.

Les ONG et la Genève internationale sous pression

Les coupes budgétaires dans la coopération internationale se font au détriment de la lutte contre la pauvreté dans le monde. D'ici 2028, la DDC mettra fin à trois programmes bilatéraux en Albanie, au Bangladesh et en Zambie après s'être déjà retirée de la coopération au développement en Amérique latine et dans les Caraïbes fin 2024. Les coupes dans les fonds publics de la CI touchent aussi durement l'engagement des ONG suisses comme Caritas Suisse. Les organisations qui constituent un pilier central de la coopération suisse au développement recevront en 2025 et 2026 environ 10,5 % de fonds fédéraux en moins pour leurs projets qu'en 2023 et 2024.

La tendance mondiale à réduire le financement de la coopération internationale ébranle en outre la position de la Suisse en tant que centre mondial et partenaire fiable pour la diplomatie humanitaire, le multilatéralisme et la coopération internationale.

Un exemple parlant est le Comité international de la Croix-Rouge (CICR): à cause de la baisse des contributions, le CICR se voit contraint de réduire son budget d'environ 17 % pour 2026. Les réductions de la CI n'affaiblissent pas seulement la présence humanitaire dans les zones de conflit et la lutte contre la pauvreté dans le monde, mais elles sapent également à long terme les institutions multilatérales, dont beaucoup ont leur siège à Genève.

Les processus multilatéraux sont peu à peu relégués au second plan

Le deuxième Sommet mondial pour le développement social, qui s'est tenu début novembre, a aussi montré le peu d'importance que les gouvernements accordent aux instances multilatérales et au développement social mondial actuellement. Les représentants gouvernementaux de haut rang n'étaient guère présents, comme l'a constaté Peter Lack, directeur de Caritas Suisse, membre de la délégation suisse.

L'attention des médias a été tout aussi faible: les reportages sont restés rares, ce qui a eu pour conséquence que d'importants débats de société sur le développement social et la justice n'ont pas été portés à la connaissance du public. Cela met en évidence une dépriorisation insidieuse des processus multilatéraux et de l'agenda mondial pour le développement durable et la justice sociale.

Le réarmement plutôt qu'une politique de sécurité globale

Les coupes dans la CI et l'érosion du multilatéralisme ne sont pas la conséquence d’une diminution des besoins. Au contraire, la communauté internationale est confrontée à d'énormes défis : les conflits armés se multiplient depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les régimes autoritaires gagnent en influence, la génération Z manifeste un mécontentement croissant à l'égard de ses gouvernements – tout cela dans un contexte de changement climatique qui ne cesse de s'aggraver. Au lieu de faire face à ces crises en restant solidaires et en partageant les responsabilités, les fonds publics sont de plus en plus investis dans le réarmement.

Investir dans la coopération internationale, c'est aussi investir dans la promotion de la paix et dans une politique de sécurité globale. Une coopération internationale forte contribue à lutter contre les causes des crises, comme la pauvreté, les inégalités et la faiblesse des structures étatiques, et ainsi à prévenir les conflits. Elle renforce la résilience des sociétés, promeut l'État de droit et crée des perspectives pour les personnes sur place. En ce sens, la coopération internationale est une politique de sécurité préventive: elle réduit les risques avant qu'ils ne se traduisent par de la violence et des déplacements de populations.

Dans ce contexte, la question suivante se pose: comment la lutte contre la pauvreté et la promotion de la paix peuvent être menées à bien si, simultanément, de plus en plus de fonds publics sont reversés dans la spirale mondiale de l'armement?

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Contact

Porträt Sarah Steinegger

Sarah Steinegger

Responsable du service Politique de développement

+41 41 419 23 95ssteinegger@caritas.ch

Photo de couverture: Une agricultrice en Ouganda planifie ses activités agricoles. © Fabian Biasio