Andreas Lustenberger lors de la réunion du FPHN de l'ONU à New York en juillet
Andreas Lustenberger lors de la réunion du FPHN de l'ONU à New York en juillet

L'absence du Conseil fédéral reflète la mise en œuvre timide de l'Agenda 2030 par la Suisse

Entretien avec Andreas Lustenberger à l'occasion de la conférence de l'ONU à New York

Chaque année, au siège de l'ONU à New York, on fait le point sur la mise en œuvre de l'Agenda 2030 pour le développement durable. Andreas Lustenberger, membre de la Direction de Caritas Suisse, a participé à ce Forum politique de haut niveau en tant que représentant de la société civile au sein de la délégation officielle suisse. Il fait part de ses impressions.

Andreas Lustenberger, avec l'Agenda 2030, les États membres de l'ONU se sont fixé des objectifs pour un avenir durable.

Quel était l'objectif de la réunion à laquelle vous avez participé à New York?

Andreas Lustenberger: Certains pays présentent de leur propre initiative un rapport faisant le point sur la réalisation de leurs objectifs. Cette année, c’est ce que la Suisse a aussi fait. On assiste par ailleurs à un échange intense entre les États, mais aussi avec la société civile, notamment sur la manière dont la lutte contre la pauvreté peut être menée. L'accent est également mis sur certains objectifs spécifiques de l'Agenda 2030. Cette année, ces thèmes étaient l'eau, l'énergie et la coopération entre les niveaux national, régional et communal, ainsi qu'avec le secteur privé et la société civile. 

Comment évaluez-vous l'état d'avancement de la réalisation des objectifs de l'Agenda 2030? Il ne reste en effet plus que quatre ans pour les atteindre.

Les objectifs ne sont pas pleinement atteints. Tout le monde s'accorde là-dessus. Il y a quelques années encore, on espérait qu'on pourrait peut-être y arriver. Il était toutefois déjà évident en 2015 que les objectifs fixés pour un horizon de mise en œuvre de quinze ans étaient ambitieux. Contrairement aux programmes antérieurs tels que les Objectifs du Millénaire, les États se sont mis d'accord, pour la première fois dans le cadre de l'Agenda 2030, sur des objectifs aussi détaillés et, surtout, sur des indicateurs permettant de mesurer les progrès réalisés. C'est pourquoi nous pouvons aujourd'hui exprimer le degré de réalisation des objectifs sous forme de pourcentage: il n'est que d'environ 25%. En matière de lutte contre la pauvreté ou de réduction des conflits, nous nous éloignons même encore davantage des objectifs.

Comment avez-vous perçu l'ambiance lors de la conférence et quelles positions ou interventions vous ont particulièrement marqué?

C'était ma deuxième participation, après 2024. De manière générale, ce sont des conférences très motivantes, car elles rassemblent de nombreuses personnes qui s'engagent activement en faveur des objectifs de développement durable. Dans le même temps, on percevait une certaine désillusion face à la réalisation insuffisante de ces objectifs. On a également clairement pu constater que l'Agenda 2030 revêtait une importance considérable pour les pays les moins riches, bien plus grande que pour la Suisse, par exemple. Ces pays plaident avec force en faveur de la poursuite du programme et soulignent l'insuffisance de son financement. Ils prennent également pleinement conscience des mesures d'économie dans le domaine de la coopération au développement et les critiquent.

Andreas Lustenberger a fait partie de la délégation suisse au Forum politique de haut niveau de l'ONU (FPHN) à New York en juillet 2026
Andreas Lustenberger a fait partie de la délégation suisse au Forum politique de haut niveau de l'ONU (FPHN) à New York en juillet 2026 © Andreas Lustenberger

Or, il est urgent d’agir: ainsi, par exemple, les États insulaires les plus pauvres ont clairement souligné à quel point la situation liée à l'élévation du niveau de la mer est dramatique pour eux. Si les pays riches, comme la Suisse, devaient désormais faire preuve de réticence dans leurs efforts visant à garantir la mise en place d'objectifs de développement durable ambitieux même après 2030, l'écart entre les pays riches et les pays pauvres ne ferait inévitablement que se creuser davantage.

La Suisse a présenté son rapport sur la mise en œuvre de l'Agenda 2030.

Que pensez-vous de ses principales conclusions et, du point de vue de la société civile, où voyez-vous les principales lacunes?

Le Conseil fédéral juge globalement insuffisant le rythme de mise en œuvre, même si des évolutions positives sont observables dans des domaines tels que l'économie circulaire, les énergies renouvelables et l'égalité entre les sexes. Le Conseil fédéral reconnaît lui-même que des objectifs clés – notamment dans les domaines de la consommation durable, du climat, de la biodiversité, de la réduction de la pauvreté, du logement abordable, de la lutte contre la discrimination et de l'aide au développement – n'ont pas été atteints. Ce qui préoccupe la société civile, ce sont les conclusions qui découlent de ces constatations. Au lieu de prendre les mesures qui s'imposent, le Conseil fédéral ralentit les choses et relègue l'Agenda 2030 au second plan.

La Plateforme de la société civile Agenda 2030 a déposé le 9 juillet une pétition de 13’000 signatures invitant le Conseil fédéral à faire preuve de plus d'audace en matière de durabilité.

A-t-on ressenti quelque chose de cet appel à New York?

Lors des réunions de la délégation suisse, j'ai pu aborder les critiques formulées dans la pétition. Ce point a été pris en compte et a reçu le soutien de différents partenaires. La délégation était composée de représentants motivés des offices fédéraux chargés de l'Agenda 2030, mais aussi de membres des gouvernements cantonaux et municipaux.

Lors de la présentation du rapport suisse en séance plénière, la société civile a formulé des questions critiques, qui s'appuyaient également sur l'évaluation de la Plateforme Agenda 2030 figurant dans le rapport de la Suisse. Cela a quelque peu pesé sur l'ambiance, car on a clairement souligné à cette occasion à quel point la Suisse manquait d'ambition dans son plan d'action pour l'Agenda 2030. Par ailleurs, le délégué du Conseil fédéral a souligné dans sa réponse que la société civile continuerait à jouer un rôle important pour la Confédération.

La délégation suisse s'est rendue à la conférence de l'ONU sans aucun membre du Conseil fédéral. Qu'en pensez-vous?

C'est décevant que le Conseil fédéral n'ait pas fait le déplacement pour présenter ce rapport. Parmi les autres pays ayant présenté un rapport, au moins un représentant au niveau ministériel était présent, et de nombreux ministres ont également participé à ce forum de haut niveau.

Le fait que la Suisse soit restée à l'écart reflète malheureusement la mise en œuvre timide de l'Agenda 2030 par le gouvernement fédéral suisse et son engagement de plus en plus faible en faveur de la coopération internationale. D'autres délégations l'ont bien remarqué. Que le Conseil fédéral soit absent lors de tels débats n'est pas de bon augure, tant sur le plan de la politique étrangère que de la politique intérieure.

À l'heure actuelle, l'attention de l'opinion publique mondiale se concentre davantage sur la gestion de crises qui ne cessent de se succéder que sur le développement durable.

Que faut-il pour que l'Agenda 2030 ait davantage d’impact?

Le deuxième Summit for the Future aura lieu en 2027 déjà. La Suisse doit donc – comme tous les autres pays – adopter une position claire sur la manière dont les objectifs de développement durable devront être poursuivis après 2030. Pour nous, acteurs de la société civile, il est indispensable que la Suisse s'engage en faveur de la poursuite de l'Agenda 2030. Après 2030, les objectifs ne doivent pas se transformer en une simple liste de souhaits où chaque pays en choisirait certains et les mettrait peut-être en œuvre, ou peut-être pas.

Il est absolument indispensable qu'un engagement international et réciproque soit pris pour que le plus grand nombre possible de pays adhèrent à l'objectif d'un développement écologique, socialement équitable et pacifique. Les prochaines années seront décisives pour l'avenir du multilatéralisme et l'engagement ferme de la communauté internationale à atteindre cet objectif.

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Photo de couverture: Andreas Lustenberger lors de la réunion du FPHN de l'ONU à New York en juillet © Andreas Lustenberger