

Une pratique indigne pour des personnes en situation de pauvreté
Plusieurs cantons introduisent des cartes de paiement pour les requérants d'asile. Ils veulent ainsi limiter le retrait d'argent liquide et empêcher l'envoi de cet argent à l'étranger. Il s'agit d'une politique symbolique qui a toutefois des conséquences très réelles pour les personnes concernées. Caritas Suisse estime que cela constitue une violation des normes fondamentales garantissant une existence digne et conforme aux exigences actuelles.
L'introduction d'une carte de paiement pour les requérants d'asile a fait l'objet de nombreux débats ces dernières années. Certains cantons ont déjà décidé de l'introduire. Elle offre des avantages évidents: ce moyen de paiement supplémentaire permet plus de flexibilité dans les achats, garantit une meilleure protection contre le vol et rend les paiements plus efficaces pour les autorités. Mais avec l'intention de restreindre l'accès et d'étendre le contrôle, ces avantages se transforment en inconvénients majeurs pour les personnes concernées.
Pas d'argent liquide, moins de flexibilité pour les personnes en situation de pauvreté
Ainsi, le retrait d'espèces devrait être fortement limité avec l'introduction de la carte de paiement afin d'empêcher toute «utilisation abusive». Il s'agit notamment de rendre impossible les transferts à l'étranger. L'argument avancé est que de nombreux requérants d’asile envoient de l’argent à leur famille. Mais dans la grande majorité des cas, les personnes qui le font ont déjà un revenu et ne sont pas dans une procédure d'asile. Rien n'indique que cette pratique de transfert soit transposable aux requérants d'asile qui bénéficient de l'aide sociale, ni même qu'ils transfèrent de l'argent à l'étranger.
Il est clair que l'aide sociale en matière d'asile ne laisse aucune marge de manœuvre pour effectuer de tels transferts. En effet, l'aide sociale en matière d'asile se situe à un niveau très bas et s'élève dans certains cantons à moins de 10 francs par personne et par jour. Cela suffit à peine pour survivre, et encore moins pour envoyer de l’argent ailleurs. Vouloir empêcher les transferts de fonds avec une carte de paiement relève donc en réalité de la politique symbolique.
Pour les personnes concernées, les inconvénients ne sont pas négligeables: ceux qui doivent vivre avec peu d'argent savent à quel point il est important d'avoir le plus de flexibilité possible dans son utilisation. Cela peut être nécessaire, par exemple, pour faire des achats dans des petites boutiques bon marché ou de seconde main, lorsqu'une offre permet d'économiser quelques francs. Même si la plupart des magasins acceptent aujourd'hui les cartes, c'est loin d'être le cas partout.
Un obstacle à l'autodétermination et à une existence digne
Outre la restriction des paiements en espèces, la carte de paiement vise également à contrôler de manière approfondie l'utilisation qui est faite de l'argent. La répartition autonome des besoins de base est pourtant un élément central d'une politique de lutte contre la pauvreté moderne et respectueuse de la dignité humaine. Le fait que les partisans de la carte de paiement espèrent pouvoir retracer l'utilisation exacte des fonds en vérifiant les relevés bancaires va diamétralement à l'encontre de cet objectif. Les restrictions régionales ou spécifiques à l'activité dont il est question vont également dans ce sens. Ce type de contrôle rappelle les concepts d'une aide sociale aux pauvres depuis longtemps dépassés et doit être évité dans un État providence moderne.
Caritas plaide pour la résolution des problèmes plutôt que pour une politique symbolique
L'argument souvent avancé en faveur de la carte de paiement est la volonté de ne pas rendre le séjour des réfugiés trop attrayant. Cette affirmation repose sur l'idée que ces personnes choisissent leur pays de destination principalement en raison de son système d'aide sociale développé, mais ce n'est pas le cas. Les réfugiés cherchent des lieux où ils peuvent s'imaginer vivre en sécurité, où ils ont éventuellement des relations, où ils espèrent avoir des chances de trouver un emploi; pas les lieux avec la meilleure aide sociale.
Au lieu d'investir beaucoup d'argent dans le développement et l'exploitation de systèmes de cartes de paiement problématiques, il serait plus judicieux d'utiliser cet argent pour développer l'aide sociale en matière d'asile, dont le montant est aujourd'hui beaucoup trop bas. En effet, garantir une existence digne a pour objectif de permettre aux personnes touchées par la pauvreté de participer à la vie sociale et de favoriser leur intégration, au lieu de compliquer encore leur quotidien. Finalement, tout le monde profite d'une intégration réussie.
Plusieurs cantons ont déjà décid é d'introduire un système de cartes de paiement. Caritas préconise que les retraits d'argent liquide ne soient pas limités, que les contrôles de l'utilisation des fonds s'alignent sur les pratiques de l'aide sociale ordinaire et que des alternatives à la carte de paiement soient proposées aux réfugiés peu familiarisés avec le numérique.
Rédigé par Michael Egli, responsable du Service Politique de migration, Caritas Suisse
Nous organisons volontiers des interviews et répondons aux demandes des médias à l’adresse medias@caritas.ch.
Plus d'informations
Photo de couverture: Les cartes de paiement restreignent fortement la marge de manoeuvre des personnes demandeuses d’asile et compliquent leur quotidien, tout en n’apportant que peu d’utilité concrète aux cantons. Sur l’image: le Centre fédéral pour requérants d’asile de Boudry. © Fabrice Boulé