Les personnes déplacées au Burkina Faso ont besoin de soutien.
Les personnes déplacées au Burkina Faso ont besoin de soutien.

Ne pas opposer les pauvres aux plus pauvres

Le oui à la 13e rente AVS n’est pas un laissez-passer pour réduire les fonds destinés aux pays du Sud

L’acceptation de la 13e rente AVS a un caractère historique. Les politiques sont appelés à mettre en œuvre de façon judicieuse ce mandat populaire. Mais certaines forces tentent maintenant d’instrumentaliser le résultat de la votation pour faire des économies dans le domaine de la migration et de la coopération internationale. Les personnes ayant peu d’argent en Suisse sont ainsi montées contre les personnes qui ont fui et contre les plus pauvres des pays du Sud global. Une réduction des fonds de la coopération internationale serait une décision catastrophique au vu de la situation mondiale actuelle.

L’augmentation des dépenses, la réduction des recettes et un frein à l’endettement qui va laisser aux générations futures un retard important en matière d’investissements, soumettent les finances fédérales à une pression d’austérité qu’elles se sont elles-mêmes imposée. Dans sa proposition pour le budget 2025, le Conseil fédéral a donc décidé en début d’année de réduire de manière linéaire toutes les dépenses non liées, selon le principe de la tondeuse à gazon. Le budget de la coopération internationale (CI) est également concerné par cette décision.

En 2025, il faudra donc réduire de 1,4 % les fonds destinés à l’aide humanitaire, à la promotion de la paix et à la coopération au développement dans les pays les plus pauvres. Lors de la consultation de sa Stratégie de coopération internationale 2025-28, le Conseil fédéral avait encore proposé d’augmenter légèrement ce budget afin de pouvoir financer l’aide humanitaire et la reconstruction en Ukraine. Une augmentation qui n’aurait toutefois pas couvert les coûts supplémentaires considérables auxquels il fallait s’attendre. Pour Caritas, une chose est claire : l’aide à l’Ukraine, aussi importante et juste est-elle, ne peut pas être financée sur le dos des populations du Sud mondial. 

Financement exceptionnel de l’aide à l’Ukraine


Le Conseil national aurait eu la possibilité de contourner ce problème lors de la session de printemps puisqu’il a voté sur une motion demandant la création d’un fonds pour la reconstruction en Ukraine. Ce fonds aurait permis de comptabiliser une partie de l’aide à l’Ukraine par des fonds extraordinaires. Car l’attaque de la Russie contre l’Ukraine, c’est exactement cela : un événement extraordinaire qui nécessite des mesures extraordinaires. Les membres du Conseil national ont toutefois voté contre cette proposition, et rejeté la motion. On ne sait pas comment on pourra gérer l’aide à l’Ukraine sans réduire à néant l’aide aux populations du Sud.

Il est donc véritablement scandaleux que certaines forces politiques prennent prétexte de la décision de la votation sur la 13e rente AVS pour justifier des économies dans la CI. Selon elles, la décision du peuple montre que la population suisse souhaite que l’argent soit utilisé ici même, en Suisse. Cette argumentation est mensongère. Premièrement, lors du vote sur le projet d’AVS, il n’a jamais été question d’économiser en réduisant l’engagement de la Suisse à l’étranger. La motivation principale des nombreuses personnes qui ont voté en faveur d’une 13e rente était la perte du pouvoir d’achat.

Deuxièmement, des enquêtes ont montré à plusieurs reprises que la population suisse soutient un engagement fort de la coopération internationale. Dans une étude représentative réalisée par l’EPF, près de deux tiers des personnes interrogées se sont prononcées en faveur d’une augmentation de l’aide au développement. 

Plus de solidarité avec les populations du Sud

Au vu de la situation mondiale actuelle très tendue et des crises qui se chevauchent et se succèdent, la Suisse serait irresponsable de réduire ses engagements internationaux. Les foyers de crise dans le monde sont nombreux : la guerre se poursuit, non seulement en Ukraine, mais aussi au Soudan et à Gaza. En Syrie, la guerre civile n’en finit pas de faire des dégâts depuis plus de 13 ans. Au Burkina Faso, en Haïti, au Myanmar, en Éthiopie ou encore au Yémen, des conflits armés ou des affrontements militaires jettent les populations dans de grandes souffrances.

À cela s’ajoutent les effets négatifs de la crise climatique et une inflation mondiale qui a obligé de nombreux pays à s’endetter lourdement. De nombreux États ne sont plus en mesure de couvrir suffisamment les besoins de base de leur population. La pauvreté et la faim ont à nouveau fortement augmenté ces dernières années, alors qu’on avait réussi à les réduire partout dans le monde. Dans ce contexte, il s’agit maintenant de montrer plus de solidarité avec les populations du Sud mondial, et non pas de faire des exercices d’économie à leurs dépens. 

Écrit par Angela Lindt

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Photo de couverture: Les personnes déplacées au Burkina Faso ont besoin de soutien. © Souleymane Drabo