Caritas Suisse

Plus de personnes touchées par la pauvreté que de personnes bénéficiant de l’aide sociale ?

Pourquoi y a-t-il beaucoup plus de personnes touchées par la pauvreté que de bénéficiaires de l’aide sociale ? On peut l’expliquer pour sept raisons.

En Suisse, le nombre de personnes touchées par la pauvreté est nettement supérieur à celui des personnes qui bénéficient de l’aide sociale. Pourquoi ? Voici sept raisons qui expliquent cette différence.

Le seuil de pauvreté se base sur le minimum vital identifié par l’aide sociale. Les personnes qui bénéficient de l’aide sociale ne devraient donc théoriquement pas être considérées comme pauvres, c’est-à-dire qu’elles ne devraient pas figurer dans les statistiques de la pauvreté. Et inversement, toutes les personnes considérées comme pauvres devraient pouvoir bénéficier de l’aide sociale. Mais dans la pratique, ce n’est pas le cas. Nous avons relevé sept raisons qui pourraient expliquer cette différence.

Les différences entre les statistiques de la pauvreté et de l'aide sociale

  1. La statistique de la pauvreté se base sur une enquête représentative et une évaluation par échantillonnage (avec des intervalles de confiance). Le nombre de personnes touchées par la pauvreté au sein de l’échantillon permet d’estimer l’ampleur de la pauvreté dans l’ensemble de la population. La statistique de l’aide sociale, elle, se base sur des données administratives (issues des dossiers des services sociaux) exhaustives, et reflète précisément le nombre de personnes qui bénéficient de l’aide sociale.
  2. L’aide sociale est de la compétence des cantons ou des communes, ce qui signifie que les seuils du droit à l’aide sociale varient selon les régions. De plus, l’aide sociale s’oriente sur les cas individuels. Elle cherche à déterminer précisément le revenu et la fortune d’une personne. Pour calculer le seuil de pauvreté, en revanche, on utilise des hypothèses statistiques (standardisées) qui se basent sur le minimum vital social de la CSIAS. Par conséquent, il est possible qu’une personne n’ait pas droit à l’aide sociale alors qu’elle se trouve statistiquement en dessous du seuil de pauvreté.
  3. Les personnes requérant l’asile, les personnes réfugiées et les personnes admises à titre provisoire sont incluses dans les statistiques de la pauvreté si elles sont en Suisse depuis plus d’un an et vivent dans un ménage privé. En revanche, elles n’apparaissent dans la statistique de l’aide sociale (aide sociale économique) qu’après cinq ou sept ans de vie en Suisse, lorsque la compétence passe de la Confédération aux cantons. Auparavant, elles font l’objet de statistiques distinctes pour le domaine de l’asile et de la migration.
  4. Il existe un nombre important de personnes qui auraient droit à l’aide sociale en raison de leur situation financière, mais qui ne la font pas valoir (non-recours). Ces personnes sont comptées dans la statistique de la pauvreté, mais elles ne figurent pas dans la statistique de l’aide sociale.
  5. La statistique de la pauvreté ne mesure que les revenus, pas la fortune. Il peut donc y avoir des personnes qui disposent (encore) de réserves de plus de 4000 francs et qui n’ont donc pas (encore) droit à l’aide sociale.
  6. Le ménage est considéré comme une unité économique pour la statistique de la pauvreté, mais l’aide sociale peut porter assistance à une seule personne, même au sein du ménage. C’est par exemple le cas pour une personne qui vit en couple sans être mariée ou pour des enfants majeurs qui vivent encore chez leurs parents.
  7. Certaines personnes apparaissent dans la statistique de l’aide sociale, mais pas dans celle de la pauvreté parce que, s’agissant de la pauvreté, le revenu du ménage est additionné sur toute l’année civile et comparé au seuil de pauvreté, alors que la statistique de l’aide sociale recense toutes les personnes qui ont bénéficié de l’aide sociale pendant l’année, même si la période de perception n’a pas duré longtemps.

Photo de couverture: © Caritas Schweiz