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Interview de Hugo Fasel sur la politique des réfugiés

Bien plus d'un million de réfugiés ont fui vers l'Europe l'an dernier. Bien que la Suisse ait été nettement moins concernée par cet afflux que d'autres pays cibles, la question a marqué le débat politique dans notre pays. Cinq questions au directeur de Caritas Suisse, Hugo Fasel, sur la politique des réfugiés.

 

Que retenez-vous principalement : la solidarité avec les réfugiés ou l’appel à renforcer l’isolement de la Suisse ?

Il faut tout d’abord relativiser : un million de réfugiés en Europe, pour une population de 650 millions d’habitants, cela ne représente pas un défi insurmontable. À titre de comparaison, le Liban qui compte 4 millions d’habitants accueille à lui seul 1,2 million de réfugiés. Le défi pour l’Europe est d’une part la concentration de l’immigration sur quelques pays, d’autre part le court laps de temps durant lequel les réfugiés sont arrivés. Cela a créé des problèmes d’organisation et de capacité.

Durant l’année électorale 2015, les partis de la droite conservatrice ont instrumentalisé la crise des réfugiés, mais ils n’ont proposé aucune solution. J’ai en revanche été impressionné par la solidarité de la population suisse. La Suisse solidaire agit, elle ne pousse pas de cris, elle soutient les réfugiés sans gaspiller sa salive. C’est admirable. Caritas a elle aussi pu expérimenter la solidarité de la population suisse : nos projets ont été soutenus par des montants conséquents. De nombreuses personnes se sont annoncées spontanément auprès de nous dans le but d’apporter leur aide.

Jusqu’à présent, la Suisse est très loin du « chaos de l’asile » qui avait été annoncé. Le système d’accueil des réfugiés fonctionne. Est-ce que ça va durer ?

L’an dernier, la Suisse a dénombré environ 40 000 réfugiés, pour 8 millions d’habitants. Nous avons bien maîtrisé la situation. Le défi persiste pourtant, car les structures d’accueil ont été démantelées dans les cantons après la guerre des Balkans. Aujourd’hui, elles font défaut. Il faut des investissements et la volonté politique d’assurer aide et protection aux réfugiés.

De quoi les réfugiés ont-ils le plus impérativement besoin en Suisse ?

Il ne leur faut rien d’extraordinaire, juste ce que prévoit la loi : un accueil et un hébergement ordonné, un traitement rapide des demandes d’asile et surtout des mesures d’intégration également rapides. Les réfugiés ne veulent pas rester les bras croisés et vivre au jour le jour. Ils veulent faire quelque chose, montrer de quoi ils sont capables. Les réfugiés ont besoin de travailler, cela favorise l’intégration et économise des coûts sociaux.

Pour gérer la question des réfugiés, il faut de l’argent. De même que nous mettons les moyens nécessaires à disposition pour d’autres défis, par exemple en prévision de la réforme de la fiscalité des entreprises ou des subventions à l’agriculture, il faut aussi le faire pour la problématique des réfugiés. Les communes et les cantons ont besoin de soutien financier pour les grandes prestations qu’ils fournissent en faveur de l’intégration des réfugiés : intégration scolaire, recherche de logement, formation linguistique, familiarisation à la culture locale, etc.. La Confédération doit mettre au moins un milliard de francs à disposition pour l’intégration des réfugiés. De manière incompréhensible, il y a toutefois des signaux contraires : dans le cadre du programme de stabilisation 2017 – 2019, la Confédération veut réduire les contributions aux prestations d’intégration des cantons.

Comment la Suisse peut-elle contribuer à lutter contre les causes d’un exode aussi massif ?

Cette question est primordiale. Car, dans la plupart des cas, nous parlons directement des réfugiés. Mais il est beaucoup plus important de s’interroger sur les causes de la catastrophe et de prendre le problème à la racine. On ne peut guère freiner l’afflux de réfugiés sans rétablir la paix en Syrie, la stabilité en Irak. La guerre menée par les Saoudiens au Yémen et le nouveau conflit entre l’Iran et l’Arabie saoudite ne laissent guère espérer des conditions meilleures. La Suisse doit admettre qu’elle fait partie du monde, qu’elle le veuille ou non. La diplomatie doit renforcer son engagement sur place.

D’un autre côté, la Suisse peut apporter beaucoup plus d’aide sur place : en Syrie, en Turquie, au Liban, en Irak ou en Jordanie. Les partis de droite réclament sans cesse que les réfugiés soient logés dans les pays voisins. Si l’on veut être conséquent, il faut allouer nettement plus de soutien financier à ces pays qui accomplissent des choses incroyables. Cent millions par an sont une nécessité.

Quel rôle ont les organisations d’entraide comme Caritas dans la gestion de la crise des réfugiés ?

Caritas doit faire deux choses : d’abord apporter de l’aide aussi bien en Suisse que sur place ; ici par un travail d’intégration, là-bas par des projets d’aide. Actuellement, nous agissons à Lesbos ou encore en Jordanie, pour ne citer que deux exemples. Mais Caritas a aussi pour mandat de transmettre ses expériences à la population suisse et à la classe politique et d’effectuer un travail d’information. Nous voulons être les porte-parole des réfugiés pour que leur situation soit comprise. Grâce au large appui dont nous bénéficions, nous pouvons contribuer activement à définir les contours de la politique suisse.

 

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