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Forum de Caritas 2018

Contre l’exclusion qu’engendre le nationalisme

Partout dans le monde, on observe un retrait des citoyens derrière les « protections » d’une nation forte. Alors qu’un représentant typique de cette politique se trouve à Davos en la personne du président américain Donald Trump, le Forum de Caritas a réuni vendredi à Berne 170 spécialistes qui ont discuté des effets sociaux et sociopolitiques du nationalisme. Il en ressort que l’exclusion des étrangers et des pauvres sape les bases de la justice et de l’équité.

 

Selon Mariangela Wallimann-Bornatico, présidente de Caritas Suisse, ce sont les causes sociopolitiques et les effets du phénomène du nationalisme qui intéressent Caritas, ainsi que les contre-mesures qu’il faudrait prendre. « Dans une société qui considère fondamentalement les personnes comme des membres à part entière, le monde politique doit poser des conditions sociales acceptables à l’économie ». Les prestations sociales ne devraient pas dépendre de la nationalité, et le recours à l’aide sociale ne devrait pas être un obstacle à la naturalisation ou à la conversion d’un permis C en permis d’établissement. « Ces inégalités et ces discriminations incarnent également une forme de nationalisme et elles constituent une sorte d’exclusion à l’intérieur même du territoire national ». Madame Wallimann-Bornatico a rappelé qu’en Suisse, on combat trop souvent les pauvres au lieu de combattre la pauvreté, par exemple lorsque les cantons et communes, après avoir pratiqué la sous-enchère fiscale, assainissent leur budget sur le dos des plus pauvres.

Martin Flügel, responsable du service Politique et Affaires publiques chez Caritas Suisse, a expliqué les conséquences de cette recrudescence du nationalisme dans son exposé intitulé « l’inconscience sociale ». « Les schémas de pensée nationalistes sont en complète contradiction avec les valeurs centrales de notre travail : “America first” est une incitation à détruire la solidarité internationale. L’exclusion des étrangers et des pauvres sape la justice envers tous les peuples », a-t-il rappelé. Martin Flügel a lancé un appel à se dresser contre les mouvements nationalistes de droite et à revendiquer une plus grande équité distributive. De son côté, Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme, a rappelé que lorsque le fédéralisme est bien compris, il est une force contre la tendance nationaliste qui met un groupe au-dessus des autres. « La prévention est l’arme indispensable » a-t-elle aussi rappelé : auprès des jeunes, des médias et des milieux politiques.

La conseillère nationale Sibel Arslan a noté que le nationalisme recevra un soutien accru si la population ne se sent pas en sécurité. « Nous, politiciens, nous avons le devoir de combattre l'égoïsme et de placer le bien commun au premier plan de nos actions », a-t-elle lancé en déclarant: « Une société est aussi forte que son membre le plus faible. Intégrer, ne pas exclure, ne pas blâmer, nous devons mesurer nos actions selon ces normes. »

Lors de la table-ronde, le journaliste Daniel Binswanger a déclaré que la Suisse était à l'avant-garde du populisme de droite, malgré une intégration réussie de la population étrangère. Du point de vue du politologue Nenad Stojanovic, la démocratie directe peut aussi être un instrument contre le populisme à travers sa « fonction de soupape ». Le vote peut en effet invalider des positions préconçues sur ce que le peuple veut, puisque les majorités deviennent visibles. 

 

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