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L’Appel contre le démantèlement social : ce que nous demandons

 

Lutter contre la pauvreté dans notre riche Suisse

 

Monsieur le Conseiller fédéral,

Les défis sociaux auxquels la Suisse doit faire face ont considérablement évolué ces dernières années. Nul ne conteste l’importance des assurances sociales s’agissant de la vieillesse, l’invalidité, l’accident, la maladie ou le chômage. En revanche, nous n’avons pas encore tout à fait assimilé le fait que de nouveaux risques sont apparus, des risques que la sécurité sociale dans sa forme actuelle peine à prendre en compte et à couvrir.

Le risque de pauvreté est l’un de ces nouveaux risques. Selon l’Office fédéral de la statistique, plus d’un million de personnes vivant en Suisse sont touchées par la pauvreté, ou menacées de l’être. Qu’on le veuille ou non, force est de constater que nombreuses sont les personnes qui ne prennent pas part aux bienfaits de notre société. Elles sont pauvres et marginalisées. Et l’on sait que les enfants des personnes pauvres et peu éduquées courent un risque très important de se retrouver pauvres eux-mêmes, une fois devenus adultes. En Suisse, la pauvreté se transmet des parents aux enfants. Pauvre un jour, pauvre toujours.

Il existe un droit de mener une existence conforme à la dignité humaine

Les personnes en situation de détresse ont le droit à un soutien, elles ont le droit de mener une existence conforme à la dignité humaine. C’est en tout cas ce que dit la Constitution fédérale. Le mandat donné à la Confédération, aux cantons et aux communes est clair : il est de la compétence de l’État de garantir le minimum vital. Les Normes de la Conférence suisse des institutions d’action sociale, la CSIAS, sont là pour concrétiser cette compétence. Il est évident que pour mener une existence conforme à la dignité humaine, il faut un minimum de moyens financiers. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il faut également reconnaître qu’il existe un minimum vital social : même en situation de pauvreté, une personne doit pouvoir prendre part à la vie sociale et culturelle.

Les mesures d’économie des cantons et des communes ont engendré dans plusieurs cantons une réduction des prestations sociales, par exemple des subsides d’assurance-maladie. L’aide sociale elle aussi subit un démantèlement de ses ressources financières. Ce démantèlement se fait aux dépens du conseil et de l’accompagnement personnalisé des personnes ayant recours à l’aide sociale.

L’assainissement des finances de l’État ne peut pas se faire sur le dos des pauvres, cela n’est pas concevable. Et il est de notoriété publique que les pauvres n’ont pas beaucoup bénéficié des baisses d’impôts décidées dans plusieurs régions.

L’État garantit le minimum vital

Monsieur le Conseiller fédéral, engagez-vous fermement pour que la Confédération, les cantons et les communes remplissent le mandat qui leur est confié par la Constitution fédérale et garantissent à toutes les personnes en situation de détresse une vie conforme à la dignité humaine ! Veillez à ce que l‘aide sociale des cantons et des communes remplisse son devoir de lutter contre la pauvreté ! Les prestations circonstancielles font partie de cette lutte, tout comme le conseil et l’accompagnement personnalisé des personnes dans la détresse. Ce n’est qu’ainsi que le programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté pour la période 2014-2018 pourra réellement déployer toute son importance politique.

Il ne s’agit pas seulement de combattre la pauvreté en appliquant simplement les prestations de l’aide sociale. Il est primordial d’empêcher l’émergence de la pauvreté. Il faut pour cela que la Confédération investisse pour prévenir les causes de la pauvreté, et notamment dans les trois domaines politiques suivants :

  • La politique de la formation : un grand nombre des personnes touchées par la pauvreté ont des déficits d’éducation et de formation. Les changements structurels du marché du travail font que certaines compétences professionnelles qui ont été recherchées n’ont soudain plus aucune valeur et il faut les remplacer par de nouvelles connaissances. Les formations continues et les formations de rattrapage sont donc une nécessité, et la Confédération doit s’engager plus fermement dans ce domaine et dans le développement d’approches et de solutions.

  • La politique familiale : l’analyse de la pauvreté des familles montre que les familles monoparentales courent un risque proportionnellement très élevé de tomber dans la pauvreté, ainsi que les familles nombreuses. La pauvreté des familles ne devrait pas exister. Elle a des effets très négatifs à long terme et les enfants vivant dans ces familles voient leur développement sérieusement compromis. Les prestations complémentaires pour familles sont un instrument central de lutte contre la pauvreté des familles. Quelques cantons peuvent déjà se prévaloir d’expériences positives dans ce domaine : la Confédération doit maintenant prendre la responsabilité d’introduire ces prestations dans toute la Suisse et de les cofinancer.

  • La politique du travail : les personnes au chômage de longue durée et les personnes en fin de droits sont chaque année plus nombreuses. Ces personnes qui n’ont plus aucune perspective sont, tôt ou tard, également exclues de l’aide sociale. Il faut donc renforcer les efforts d’intégration des personnes au chômage, et c’est l’assurance-chômage qui doit en première ligne s’atteler à la tâche.

Ouvrir des voies permettant de faire disparaître la pauvreté

Monsieur le Conseiller fédéral, la Confédération a admis et reconnu que la pauvreté représente un vrai défi dans notre riche Suisse. Avec l’introduction d’une statistique nationale sur la pauvreté et la formulation d’un programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté, la Confédération a posé des jalons importants. Il est maintenant primordial de poursuivre avec fermeté et constance sur cette voie pour faire disparaître la pauvreté.

Au moment où l’on parle partout de faire des économies, il faut rappeler qu’il est bien plus économique, à long terme, de prévenir la pauvreté que de la combattre ou chercher à la limiter lorsqu’elle est là. Veillez, Monsieur le Conseiller fédéral, à ce que le Parlement prenne à bras le corps les causes de la pauvreté et adopte les orientations politiques nécessaires pour la faire disparaître !

Caritas Suisse

 

Mariangela Wallimann-Bornatico                             Hugo Fasel
présidente                                                                directeur

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