Une orientation adéquate mais des moyens insuffisants

Le Parlement a adopté la stratégie de coopération internationale 2021-2024 - Service de presse 10/2020

Le Parlement a adopté la stratégie de coopération internationale (CI) pour les années 2021 à 2024 lors de sa session d’automne. L'orientation future de l’aide suisse au développement est adaptée mais le cadre financier totalement inadéquat au vu des répercussions dramatiques de la crise du coronavirus dans l’hémisphère sud.

Le 21 septembre, le Parlement a approuvé l'orientation stratégique de l'aide suisse au développement pour les quatre prochaines années. La raison d'être de la CI demeure la réduction de la pauvreté et le développement durable. Quatre accents thématiques, dont Caritas approuve le principe, sous-tendent la stratégie poursuivie dans ce domaine : la création d'emplois décents, la lutte contre le changement climatique et ses conséquences, la réduction des motifs d’exil et de migration forcée ainsi que l'engagement en faveur de la démocratie, de l'état de droit et de la paix.

En revanche, pour ce qui est de la mise en œuvre concrète de la stratégie de la CI dès 2021, Caritas formule des attentes claires à l'égard du Conseil fédéral et de l'administration : l'accent de la migration ne doit pas être mis sur sa prévention. La migration peut après tout être une stratégie de développement adéquate et un moyen d’échapper à l’extrême pauvreté - et pas seulement dans les situations d'urgence absolue. L'objectif de la coopération au développement est d'améliorer les conditions de vie sur place, par exemple en contribuant à offrir aux pauvres des opportunités de revenus. Elle réduit ainsi la pression poussant des gens à quitter leur patrie. Mais s’ils s’exilent quand même, les réfugiés et les migrants doivent être mieux protégés et soutenus : dans les régions d'origine et d'accueil, tout au long de leur déplacement et dans les camps de réfugiés.

Les couches les plus pauvres et les plus vulnérables de la population devront à l'avenir bénéficier de bien davantage de soutien pour leur permettre de s'adapter au changement climatique toujours plus marqué. Elles ont besoin d'aide pour faire face aux vagues de chaleur et aux raz de marée, aux sécheresses dévastatrices et aux mauvaises récoltes qui menacent leur existence. La Suisse doit dans le même temps contribuer à ce que les pays pauvres puissent se développer de manière durable et en générant peu d’émissions. Mais pour que la coopération au développement puisse assumer ces tâches urgentes et supplémentaires dans le domaine du climat, il y a lieu de considérablement augmenter le budget de l'aide au développement. Les projets de protection du climat et d'adaptation ne doivent pas remplacer la lutte éprouvée contre la pauvreté, mais la compléter.

La crise du coronavirus souligne encore la nécessité de protéger la société civile

Il est encore impossible de cerner précisément l'ampleur de la crise du coronavirus et toutes ses répercussions dans l’hémisphère sud. Mais une chose est d’ores et déjà claire : la pandémie et le marasme économique mondial réduisent à néant des décennies de progrès en matière de réduction de la pauvreté. Il est donc urgent d'intensifier les investissements dans l'infrastructure sociale des pays les plus pauvres - dans les soins de santé à l'échelle nationale, dans la formation de base et professionnelle et dans la sécurité sociale.

À la perte de possibilités de revenus et à la paupérisation de larges couches de la population vient s’ajouter un aspect supplémentaire induit par le coronavirus : de nombreux gouvernements autoritaires profitent de l'occasion pour étendre leur pouvoir en édictant des mesures radicales dans le sillage de la pandémie. Ils imposent des confinements stricts, surveillent leurs citoyens et restreignent la marge de manœuvre de la société civile. Ces réalités sont le lot des populations des pays d'Asie centrale, de l'Ouganda, du Mali, du Burundi et de la Côte d'Ivoire, de la Bolivie, du Chili ou du Salvador. L’aide au développement a plus que jamais le devoir de renforcer de manière ciblée les acteurs de la société civile, les ONG locales et les organisations communautaires – pour que tous puissent développer leurs propres initiatives et remplir leur rôle de porte-voix des groupes de population défavorisés ou d'observateurs des violations des droits humains.

Plus d’attention doit être accordée à la stabilité et au développement durable dans le Sud

En Suisse, le Conseil fédéral et le Parlement ont très rapidement pris d’importantes mesures pour soutenir les PME, certains secteurs économiques et le chômage partiel. Mais ils ont omis en parallèle d’intensifier de manière appropriée l’aide internationale. Il est évident que la gestion à long terme de la crise du coronavirus exige des efforts bien plus substantiels dans les pays les plus pauvres.

Pays prospère et bénéficiaire d'une économie internationale en réseaux, la Suisse devrait à l’évidence s'efforcer de soutenir une aide au développement efficace et visionnaire, par solidarité et dans son propre intérêt pour un développement pacifique et durable dans l’hémisphère sud. Et ce, avec des ressources financières appropriées. Lors du prochain débat sur le budget qui aura lieu avant Noël, le Parlement aura une nouvelle occasion de renforcer adéquatement la coopération internationale au développement.

L'engagement de Caritas dans le monde