Tchad: le défi de créer des opportunités économiques et des emplois pour les réfugiés

Flux de réfugiés entre la République centrafricaine et le Tchad - Service de presse 06/2020

Début 2003, les conflits armés en République centrafricaine (RCA) contraignent des dizaines de milliers de personnes à se réfugier au sud du Tchad. Depuis, deux autres grandes vagues, en 2014 et 2018, ont déplacé entre la RCA et le Tchad des Centrafricains et poussé au retour des Tchadiens qui vivaient depuis de nombreuses années de l’autre côté de la frontière. Ces derniers ont été obligés de rentrer dans leur pays d’origine sans forcément y avoir d’attaches particulières. Il faut créer des opportunités économiques et des emplois pour les réfugiés, sans frustrer la population locale. Le changement climatique aggrave la situation.

Aujourd’hui, on dénombre approximativement 105 000 réfugiés et 45 000 Tchadiens revenus au sud du Tchad. Ils ont été installés dans des camps et dans des villages le long de la frontière. Ils se trouvent ainsi intégrés - ou devant s’intégrer - dans des communautés déjà très vulnérables, car la population locale fait face à de récurrentes crises économiques, sociales, environnementales et alimentaires. Malgré une cohabitation pacifique entre personnes déplacées et autochtones, l’impact marqué du changement climatique et la pression toujours plus forte sur les ressources naturelles exacerbent une situation déjà critique. Situé à la 187e place mondiale selon l’indice de développement humain, le Tchad fait partie des pays les plus pauvres du monde. Seuls la RCA et le Niger présentent un bilan encore moins enviable. Paradoxalement, le Tchad accueille beaucoup de réfugiés sur son territoire, Soudanais, Centrafricains et Nigérians, au total plus de 469 000, sans compter un nombre significatif de retournés et de déplacés internes.

Besoin de formation professionnelle

D’une manière générale, les mouvements et l’accroissement de la population accentuent les problèmes d’accès à l’emploi ou à des opportunités économiques. Dans les quatre départements du sud du Tchad qui bordent la RCA, la situation des jeunes est particulièrement préoccupante. Moins de 5% des filles et garçons de cette zone ont pu suivre une formation professionnelle, formelle ou informelle. Il n’existe que quatre centres de formation mis sur pied par l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et des ONG, mais qui restent largement insuffisants pour répondre aux besoins d’une population de quelques 900 000 habitants. Par manque de perspectives, les jeunes sont poussés à se rendre en ville où les conditions de travail ne sont guère meilleures.

Des formateurs vont à la rencontre des réfugiés

Caritas Suisse met actuellement en œuvre deux projets pour améliorer la situation. Le projet FORMI, soutenu par la Direction du développement et de la coopération (DDC), encourage la formation professionnelle et l’insertion des jeunes dans six régions au Tchad. Le projet DIZA (Développement Inclusif des Zones d’Accueil), financé par l’Union européenne, l’Agence française de développement et la DDC se focalise quant à lui sur les zones où se concentrent réfugiés et retournés. Ce projet « nexus » - qui lie une intervention à la fois humanitaire et de développement - s’est fixé pour objectif d’améliorer les opportunités économiques et d’emplois pour les populations les plus vulnérables. A travers une série d’actions coordonnées, plus de 10 000 participants au projet DIZA seront intégrés dans des chaînes de valeur agricoles (arachide, karité, sésame, courge) ou auront la possibilité d’accéder à du microcrédit. Pour ce faire, ils sont encouragés à s’organiser en coopératives, à construire des unités de transformation ou des magasins de stockage. Ils suivent des formations pour la régénération des sols, en agriculture écologique et sur les itinéraires techniques, toujours dans l’optique d’accéder équitablement au marché.
En matière de formation professionnelle, une stratégie spécifique a été élaborée afin de renforcer les centres déjà existants en équipement, développer des curricula de formation pour les métiers porteurs, mais aussi de mettre sur pied des formations mobiles. Sur la durée du projet, près de 1125 jeunes devraient y prendre part. Le déplacement de formateurs dans des régions reculées pour dispenser des cours de quelques semaines est une approche totalement innovante au Tchad. Les métiers comme la menuiserie, la soudure, la mécanique, la couture, la maçonnerie ou encore l’installation solaire y sont enseignés afin d’intégrer rapidement ces jeunes dans le tissu économique local.

Les interventions au Tchad ont toutes pour objectif de rendre indépendant à terme les populations les plus vulnérables en mettant un accent fort sur la promotion économique locale et le développement d’activités génératrices de revenus. La volonté de sortir les personnes les plus vulnérables de l’assistance humanitaire et de les autonomiser à moyen terme guide les actions de Caritas Suisse dans le pays. Car les opportunités de travail représentent une condition clé pour une inclusion socio-économique efficace des réfugiés et des personnes déplacées. Elles les encouragent à s’établir durablement sans les contraindre à migrer plus loin dans des conditions toujours plus périlleuses.

Le Tchad n’a pas été épargné par la crise du coronavirus. Caritas a rapidement intégré la sensibilisation des populations aux gestes barrières et aux gestes d’hygiènes dans toutes ses activités. Il est à craindre que les conséquences économiques et sociales liées aux mesures de lutte contre le coronavirus soient particulièrement importantes. Les projets de Caritas au Tchad joueront un rôle important pour permettre aux populations les plus vulnérables d’être aussi incluses dans l’économie locale.

Notre action : la coopération au développement : toujours aussi utile et importante