Pour une politique migratoire extérieure humaine et axée sur les causes

Migration et développement - Service de presse 02/2020

 

Depuis quelques années, la Suisse mène une politique extérieure active en matière de migration. Il ne faut pas cette politique extérieure serve d’abord à dissuader les migrants de la pauvreté et du travail de venir en Suisse, et à les renvoyer. Dans une nouvelle prise de position, Caritas Suisse démontre que la politique extérieure de la Suisse en matière de migration doit être conçue de manière humaine, cohérente et axée sur les causes.

Compte tenu des tragédies humanitaires qui se déroulent dans les pays d’Afrique du Nord, dans la région du Sahel et au large des côtes de la Libye et de la mer Égée, il faut que la politique extérieure en matière de migration se concentre sur l’aide humanitaire et à la protection des femmes, des hommes et des enfants dans leurs pays d’origine et le long des routes de fuite et de migration. La politique étrangère de la Suisse en matière de migration doit également contribuer à ce que les mouvements migratoires internationaux soient sûrs. Il s’agit de réglementer dans ce sens. En outre, il faut améliorer les perspectives de vie dans les pays d’origine, et cela est possible notamment par le biais d’une coopération au développement forte. En aucune circonstance ne doit-on conditionner les fonds de la DDC ou d’autres moyens du développement à des accords de renvoi ni s’en servir comme contrepartie à des contrôles répressifs aux frontières ou d’autres mesures pour empêcher la migration. 

Axée sur les causes…

La coopération au développement a toujours contribué notablement à atténuer les causes de la migration, tant dans les pays du Sud qu’en Europe. La Suisse a donc tout-à-fait intérêt à investir dans la création de perspectives et étendre son aide au développement, aussi bien à titre préventif dans ses pays partenaires à faible migration que dans les pays où l’émigration est liée à la pauvreté.
Conformément au Pacte mondial sur les migrations, il faut engager des fonds supplémentaires pour financer des projets de migration dans le cadre de la coopération au développement. La DDC et le SECO devraient s’engager davantage encore pour une migration sûre et humaine. Il faut que les travailleurs migrants soient mieux à même de se protéger contre l’exploitation. Il faut apporter une aide plus soutenue aux communautés de ressortissants des pays en crise afin qu’elles puissent contribuer à la paix et au développement dans leur pays d’origine. Et il faut encourager les migrants qui sont rentrés chez eux à utiliser les connaissances qu’ils ont acquises pour en faire bénéficier la société de leur pays d’origine. Le Parlement est invité à approuver la recommandation du Conseil fédéral et à voter en faveur de l’adhésion de la Suisse au Pacte mondial sur les migrations.

… et cohérente

La coopération au développement a des effets positifs sur l’existence et les perspectives des personnes pauvres, et par là, elle contribue à réduire l’émigration. Mais, outre l’aide au développement, ce qui est encore plus déterminant est la manière dont les pays du Sud réussissent à mobiliser leurs propres moyens pour avancer. Et cette mobilisation dépend beaucoup des conditions-cadres politiques et internationales, des rapports économiques et des conséquences du changement climatique dans les pays d’origine. La Suisse a aussi sa part de responsabilité : en permettant des transactions douteuses dans l’extraction de matières premières, en vendant du matériel de guerre, en prenant des mesures commerciales seulement axées sur ses intérêts et en permettant que les entreprises internationales mettent en place des incitations injustes aux transferts de bénéfices liés à la fiscalité, notre pays favorise l’inégalité et les tensions sociales. Cela diminue encore les chances de développement des pays du Sud.
Si elle veut s’engager sérieusement à relever les défis posés par les migrations, la Suisse doit œuvrer résolument pour une politique de développement au-delà de la coopération internationale (CI). Caritas invite le Conseil fédéral et le Parlement à concevoir la politique commerciale et des matières premières, la politique environnementale et celle des droits de l’homme, la politique climatique et la politique fiscale et financière de manière à ce qu’elles promeuvent le développement durable en Suisse et dans le monde.

Prise de position de Caritas sur la migration et le développement