Position de Caritas sur le message sur la coopération internationale 2021-2024

Consultation sur l’avenir de la coopération internationale - Service de presse 6/2019

Le projet d'orientation stratégique de la Coopération internationale (CI) de la Suisse pour les années 2021 à 2024 est disponible depuis début mai. Les partis politiques, les œuvres d’entraide et les associations, ainsi que les milieux scientifiques et le secteur privé, peuvent exprimer leur point de vue sur le projet dans le cadre d'une procédure de consultation publique jusqu'au 23 août. Caritas a déjà soumis sa réponse à l'administration fédérale. Elle considère que les quatre priorités thématiques proposées par la Direction du développement et de la coopération (DDC) et le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) dans la nouvelle stratégie sont fondamentalement intéressantes. Mais il faut y apporter quelques corrections.

À l'avenir, la Suisse souhaite soutenir davantage les acteurs du secteur privé qui créent des emplois et génèrent une croissance économique durable. En principe, c’est une bonne idée. Toutefois, Caritas est d’avis que la lutte contre la pauvreté doit figurer au centre des préoccupations. La croissance économique durable doit être inclusive, et permettre aux plus pauvres d’en profiter. De plus, la DDC et le SECO doivent veiller à promouvoir des emplois permettant d’assurer le minimum vital et respectant la dignité des personnes. À cette fin, ils doivent s’engager pour de bonnes conditions de travail, des salaires équitables et la protection du travail et des droits de la personne.
Il s’agit d’abord de travailler avec des entreprises locales dans les pays en développement. Si la DDC ou le SECO ont l’intention de collaborer plus étroitement avec les entreprises suisses, il faut que ces dernières soient en mesure de satisfaire à la fois leurs intérêts et leur responsabilité sociale. Il faut respecter et exiger de façon cohérente des critères écologiques et sociaux. Ce n’est qu’ainsi qu’une coopération plus étroite avec le secteur privé local pourra contribuer au développement durable mondial. L’objectif est de promouvoir un « développement économique, social et environnemental durable et inclusif » dans les pays du Sud.

Il faut structurer la migration et non pas l’empêcher

Compte tenu du nombre croissant de mouvements migratoires volontaires et forcés dans le monde, il est clair que la stratégie de la CI doit accorder l’attention qu’elle mérite à cette question importante. Caritas salue le débat nuancé dont le rapport se fait l’écho. Elle se félicite que la conditionnalité des liens soit abandonnée. Par exemple, il serait erroné de lier l'aide au développement à la réadmission des requérants d'asile déboutés. Si un pays ne coopérait pas, la coopération au développement devrait cesser. Ce sont les plus pauvres de ces pays qui en souffriraient. Il serait également erroné d'utiliser la CI de la Suisse pour soutenir des mesures répressives dans des pays souvent non démocratiques, même si cela réduisait peut-être à court terme la migration irrégulière. En outre, les problèmes sous-jacents s'aggraveraient même à long terme. 
La CI peut en revanche améliorer les conditions de vie et les perspectives sur place et réduire ainsi la pression migratoire. À cet égard, il faut se réjouir que la DDC et le SECO s’attachent avant tout à réduire les causes et les raisons d’une migration de main-d’œuvre souvent illégale et provoquée par la pauvreté, et qu’ils s’engagent à mieux protéger les migrants dans leurs régions d’origine et sur les routes. Les études et l’expérience montrent que la coopération au développement à long terme contribue à améliorer durablement les perspectives de vie des personnes sur place : elle crée des possibilités de rémunération et favorise un développement économique ne profitant pas seulement aux élites du pays en question. Elle s’engage contre la corruption et renforce une société civile politiquement active. Les projets visant à améliorer l’accès à l’éducation et aux soins ainsi qu’à assurer la transparence et la responsabilité du travail des autorités sont particulièrement importants lorsqu’il s’agit d’atténuer les causes de la migration. Des projets migratoires ciblés contribuent également à protéger les personnes contre l’exploitation et les abus en proposant des conditions de travail équitables et humaines.

La Suisse doit protéger et soutenir les acteurs des sociétés civiles

Dans les pays dont le régime est autoritaire, les conditions nécessaires à des améliorations économiques et sociales ne sont pas présentes. Les services publics de base sont insuffisants, tout comme la primauté du droit et une gouvernance responsable. Plus un régime s’éloigne des valeurs démocratiques, plus la protection et le soutien des partenaires de la société civile deviennent nécessaires. Ils peuvent ainsi jouer leur rôle de porte-parole des groupes défavorisés ou d’observateurs des violations des droits de l’homme.
Caritas se félicite de l’accent mis sur l’état de droit et l’égalité des sexes, mais souhaiterait également que l’accent soit clairement mis sur le renforcement de la société civile. En effet, un développement inclusif et durable n’est possible que si toutes les couches de la population et de la société sont parties prenantes des processus politiques.

La Suisse doit investir dans l’adaptation climatique

Le réchauffement de la planète s’est accéléré ces 40 dernières années. Cette hausse des températures s’accompagne d’une augmentation des événements extrêmes partout dans le monde, canicules, sécheresses, intempéries violentes, inondations, ouragans et tsunamis. L’été caniculaire 2018 montre que la Suisse n’est pas épargnée. Mais les pays les plus touchés sont les pays du Sud. Alors que nous parlons encore avec désinvolture du changement climatique, de nombreux pays en développement se trouvent déjà impactés par une crise climatique qui menace leur existence. Ces pays n’ont pas le choix. Ils doivent s’adapter aussi vite que possible aux nouvelles conditions imposées par le changement climatique. Il leur faut construire des digues côtières, des barrages et des citernes, cultiver des variétés de plantes résistant aux sécheresses et aux grandes chaleurs et trouver des méthodes d’irrigation permettant d’économiser l’eau. Des silos de stockage de céréales et des jardins maraîchers communaux ou encore des systèmes de prévention précoce des tempêtes et inondations sont également plus que nécessaires.
La communauté internationale l’a reconnu depuis de longues années. Avec la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC) de 1992, elle a posé les bases permettant de soutenir les pays en développement. En plus d’un développement respectueux des ressources et du climat, il s’agit aussi et surtout, pour plusieurs pays du Sud, de s’adapter aux nouvelles conditions et aux événements extrêmes. Les pays industrialisés se sont engagés à fournir, en plus des fonds existants pour la coopération internationale, de nouveaux fonds supplémentaires destinés au changement climatique. Caritas est d’avis que la réserve de la Suisse dans ce domaine est inacceptable, au vu de sa grande responsabilité et en regard des engagements internationaux en matière de politique climatique.

Moyens financiers : une augmentation nécessaire, et possible

Caritas Suisse estime aussi qu’une correction s’impose en particulier en ce qui concerne les crédits-cadres prévus. Des ressources financières nettement plus importantes sont nécessaires pour atteindre des objectifs ambitieux et maintenir la position de la Suisse dans le monde. Caritas pense que les fonds de la coopération au développement doivent être multipliés par deux. La Suisse est également invitée à contribuer de manière appropriée aux besoins croissants d’aide humanitaire dans le monde. Enfin, elle ne peut pas se contenter d’utiliser l’aide au développement pour trouver les fonds supplémentaires promis pour la protection du climat et l’adaptation. Les dépenses totales de la Suisse en matière de coopération au développement et de protection du climat dans les pays pauvres doivent donc être portées à environ 6,5 milliards de francs. Cela équivaut à une augmentation de 0,44 % à 1 % du produit national brut. La Suisse pourrait ainsi rattraper des pays comme la Suède, la Norvège et le Luxembourg. Les moyens de cette augmentation existent. La Confédération se porte extrêmement bien financièrement. Caritas propose que la Suisse, au lieu de réduire sa dette à un niveau extrêmement bas, augmente ses investissements pour un monde pacifique où nos enfants auront envie de grandir.

Plus d'informations : Vers la prise de position de Caritas Suisse sur le Message du Conseil fédéral

Notre action : La coopération au développement - toujours aussi utile et importante