L’heure de la coopération au développement

Coopération internationale de la Suisse (CI) 2021-2024 - Service de presse 02/2020

Pour deux milliards de personnes dans les pays du Sud, la crise climatique est déjà une dure réalité. C'est là qu'elle frappe en premier lieu les plus pauvres, ceux qui ne contribuent pas au changement climatique et qui peuvent difficilement se défendre contre lui. L'aide au développement est un des principaux instruments permettant aux personnes touchées de s'adapter aux conséquences dévastatrices du réchauffement climatique. La coopération internationale a besoin de beaucoup plus de ressources financières.

Avec le Message sur la Coopération internationale (CI), adopté le 19 février 2020, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) prévoient des crédits-cadres d’un montant de 11,25 milliards de francs pour la période 2021-2024 (c’étaient 11,11 milliards de francs pour la période 2017-2020). Cela correspond à une part de 0,46 pour cent du revenu national brut (RNB). Selon Caritas, la Suisse devrait être prête à investir beaucoup plus dans l’aide au développement, et ce pour plusieurs raisons.

Premièrement, les études scientifiques et l’expérience pratique montrent que la coopération au développement a un impact positif sur les conditions de vie. Les succès des dernières décennies dans le monde en matière de développement sont impressionnants : la pauvreté absolue a reculé, la mortalité infantile et maternelle ont nettement baissé, la scolarisation des filles considérablement progressé. Le rapport final sur la CI 2017-2020 montre dans le détail, de manière convaincante, que la Suisse a contribué à ces succès.

Deuxièmement, malgré de nombreux développements positifs, les besoins restent immenses. Un certain nombre de problèmes vont même en s’aggravant : le changement climatique ou encore la perte de biodiversité progressent à un rythme alarmant. Chaque jour, plus de 850 millions de personnes n’ont pas de quoi manger à leur faim. Plus de deux milliards de personnes n’ont pas d’accès stable à l’eau potable, et l’approvisionnement en eau va devenir de plus en plus problématique. Dans de nombreux pays, la répression de l’État s’accroît et le champ d’action de la société civile se restreint. Il est donc plus important que jamais d’offrir protection et soutien aux œuvres d’entraide et aux organisations civiles locales, aux défenseurs des droits des femmes, des hommes et des enfants, aux aides aux réfugiés ou aux sauveteurs en mer.

Un instrument important pour la justice climatique globale

Troisièmement, à l’ère de la crise climatique, l’aide au développement gagne en importance et en urgence. C’est un instrument de premier plan pour que les plus pauvres dans les pays du Sud puissent s’adapter aux conséquences dévastatrices du réchauffement de la planète. Il existe un besoin croissant d'alerte précoce et de prévention des catastrophes, d'irrigation économe en eau et d'agriculture adaptée au climat, d'amélioration des logements et de restauration des habitats côtiers. Outre l'adaptation, la coopération au développement offre des approches indispensables pour orienter le développement économique des pays pauvres dans une direction durable, c'est-à-dire efficace sur le plan énergétique, à faible taux d'émission et socialement acceptable.

Les pays en développement ont besoin d'un soutien pour réduire la pauvreté et les inégalités et pour gérer la transition vers une économie respectueuse du climat. Dans la lutte contre la catastrophe climatique imminente et dans l’intérêt de la justice climatique dans le monde, les pays industrialisés se sont engagés il y a des années déjà à fournir de nouveaux fonds climatiques pour les pays en développement, qui viendraient s’ajouter aux fonds de développement existants. Si la Suisse n’augmente pas ces fonds, les mesures climatiques urgentes se feront de plus en plus au détriment des tâches actuelles de la coopération au développement. La CI doit réduire la pauvreté et les inégalités existantes et renforcer la société civile — par exemple en favorisant le développement rural et l’agriculture agroécologique, en renforçant la démocratie et l’État de droit, en soutenant l’éducation et l’égalité des sexes ou encore les soins de santé.

Quatrièmement, la valeur cible fixée par le Conseil fédéral de 0,46 % de la performance économique suisse est en contradiction avec la promesse faite à plusieurs reprises au niveau international - dernièrement dans le cadre de l’Agenda 2030 pour le développement durable - d’augmenter l’APD (Aide Publique au Développement) à 0,7 %. Avec cette faible valeur cible, le Conseil fédéral ignore même sa propre planification législative pour 2019 à 2023 et l’objectif fixé par le Parlement d’un ratio d’APD de 0,5 %. Par ailleurs, si l’on excepte les coûts d’encadrement des requérants d’asile en Suisse qui sont comptabilisés dans l’APD, ce taux s’élèverait à seulement 0,41 %. Ces dépenses sont nécessaires et utiles, mais elles ne contribuent en rien au développement des pays d'origine de ces personnes.

La population aussi a besoin de plus d’aide au développement

Cinquièmement, au vu des milliards d’excédents que les caisses fédérales accumulent, il n’y a pas de raison matérielle ni plausible d’être aussi réticent à s’engager dans la lutte contre la pauvreté et l’injustice dans le monde et vis-à-vis de la crise migratoire et climatique. Entre 2015 et 2019, la Confédération a affiché un excédent moyen de 2,5 milliards de francs par an.

Sixièmement, la majorité des 249 institutions, organisations, partis et associations qui ont participé en 2019 à la consultation sur la CI s’attendent à une augmentation des fonds alloués au développement. Cela concorde également avec les réponses au sondage effectué par l’EPF « Sécurité 2019 » : une majorité de la population suisse pense que la Confédération doit augmenter son aide au développement.

En résumé : Au vu des défis mondiaux — crises de longue durée et déplacements violents, dévastation climatique et catastrophes naturelles, injustice et faim, une bonne coopération suisse au développement doit gagner en importance et en efficacité. Et nous devrions donc être prêts à investir plus dans la CI. Il est prouvé qu’elle contribue à faire du monde un endroit plus pacifique, juste, durable et viable. Qui peut prétendre que la Suisse n’en profiterait pas ?

Notre engagement dans le domaine protection du climat