Les Caritas romandes innovent dans l’inclusion

Projet Cantons zéro chômeur de très longue durée (CZLD) - Service de presse 06/2020

Et si on n’avait pas tout essayé contre le chômage de très longue durée? Le réseau des Caritas de Suisse romande propose un nouveau modèle d’offres d’emplois inclusifs pour celles et ceux qui ne trouvent plus de travail depuis longtemps. En Suisse, les chômeurs de longue durée sont peu visibles, mais ils sont plusieurs milliers à être sans travail depuis au moins deux ans. En Suisse romande, plus de 10 000 chômeurs de très longue durée pourraient trouver dans le projet des Caritas romandes, l’envie d’y croire à nouveau.

Lutter contre le chômage de très longue durée, c’est aussi lutter contre la pauvreté qui touche 660 000 personnes en Suisse. Le déficit économique lié à la pandémie de coronavirus augmente encore le risque de ne pas retrouver d’emploi. En proposant le projet Cantons zéro chômeur de très longue durée (CZLD), les Caritas de Suisse romande (Fribourg, Genève, Jura, Neuchâtel, Valais, Vaud) accroissent les chances de réduire la pauvreté en Suisse.

Inspirées par l’expérience Territoires zéro chômeur de longue durée menée actuellement avec succès en France  - fin décembre 2019, quelques 800 personnes avaient retrouvé un emploi *- elles ont conçu un ambitieux projet participatif qui accueillera d’autres organismes caritatifs dans le cadre d’une association. Il a été présenté auprès d’un panel de chômeurs et auprès des partenaires publics et associatifs concernés et rencontre des échos positifs.

« Pour beaucoup de personnes qui ont perdu leur droit à des indemnités de chômage, la situation devient invivable parce que sans issue, rappelle Dominique Froidevaux, président des Caritas de Suisse romande. Nous avons décidé d’étudier de près cette problématique avec le concours des personnes concernées. Il est temps de passer à l’action en proposant des alternatives dignes pour un accès universel au droit de se rendre utile à la collectivité par son propre travail. »

Adapter l’offre de postes à la demande de travail

Pour structurer leur projet, les Caritas romandes ont mandaté Michel Cornut, ancien chef du Service social de Lausanne. « Lorsqu’il n’est plus possible d’adapter la demande à l’offre, comme on tente de le faire dans l’insertion traditionnelle, il est encore possible d’adapter l’offre à la demande», estime cet expert. Innovante, la démarche vise donc à créer une offre d’emplois inclusifs - 1% de tels emplois, sur le marché, suffirait à résorber le chômage de très longue durée. Un emploi inclusif est un emploi accessible à toute personne capable de l’exercer, quel que soit son âge, son origine, ses qualifications ou ses vulnérabilités physiques ou psychologiques ; cela peut donc être aussi un emploi aménagé voire créé spécialement pour répondre à la demande d’emploi d’une personne particulièrement en difficulté.

Le modèle des Caritas romandes consiste à acquérir, auprès de tout employeur intéressé et si nécessaire auprès d’entreprises sociales ou à but d’emploi, des emplois de droit commun dont le coût puisse être facturé, en tout ou partie, aux régimes cantonaux d’aide sociale - permettant à ces derniers d’activer la dépense passive du chômage qu’ils supportent. 600 millions de francs utilisés pour aider les chômeurs de très longue durée qui représentent 20% des personnes soutenues par les 3 milliards d’aide sociale en Suisse, peuvent ainsi être mués en salaires. Avec à terme, un certain retour sur investissement par le biais des cotisations sociales de personnes qui ne dépendraient plus de l’aide sociale. Ainsi, plutôt que d’être payés sans être employés, 10 000 femmes et hommes de Suisse romande seraient salariés par une entreprise ce qui participerait aussi à leur redonner autonomie et dignité. La création d’une agence capable d’obtenir ces emplois inclusifs et de les proposer aux demandeurs d’emploi concernés est également en voie de réalisation. CZLD sera expérimenté sur cinq ans avec le concours de la HES-SO en « recherche-action -collaborative », ce qui confirmera ou non l’hypothèse présidant à son lancement: le libre-choix et l’inclusion favorisent l’engagement et l’insertion.

« J’ai comme un os en travers de la gorge », raconte Joachim avec la pudeur de ceux à qui on a appris à être muets devant la douleur. Ce peintre industriel de 57 ans a été licencié deux fois pour raisons économiques. Il est sans travail depuis plus de trois ans et a dû se résoudre à demander l’aide sociale. Il souhaite vivement retrouver un emploi, sa précarité psychologique et sociale s’étant accentuée au fil du temps. Le projet Cantons zéro chômeur de très longue durée lui a redonné espoir. « Si un employeur a besoin de moi, je suis prêt! »

* www.tzcld.fr

Caritas.mag N°21 et son dossier consacré au projet CZLD

Notre action : Vivre au seuil de la pauvreté en Suisse