Le contexte difficile de la migration économique

Le Cambodge face à la pandémie de coronavirus- Service de presse 07/2021

Pour de nombreuses personnes au Cambodge, la migration économique est un moyen d’assurer des conditions d’existence convenables pour elles-mêmes et leurs familles. Migrantes et migrants prennent le chemin de la Thaïlande voisine, que ce soit par des voies régulières ou non. Dans le contexte de la pandémie de coronavirus, les conditions d’un tel périple se sont détériorées.

Blog: Le contexte difficile de la migration économiqueLa pauvreté chronique, le chômage et l'endettement dans le pays d'origine sont les raisons qui poussent nombre de Cambodgiennes et de Cambodgiens à émigrer. Au moins 1,2 million d’entre eux travaillent et vivent en Thaïlande. Ils gagnent leur vie dans la pêche, l'agriculture, l'élevage, la construction, la production et les services. Même si un accord passé entre la Thaïlande et le Cambodge et l'engagement d'organisations de développement telles que Caritas a rendu la migration légale ou « sûre » un peu plus populaire ces dernières années, la plupart des migrants partent toujours sans les papiers nécessaires. Il faut dire que les permis et les documents de voyage coûtent trop cher et que les procédures administratives sont excessivement fastidieuses et complexes.

Retours forcés

La pandémie de coronavirus n'a pas épargné la Thaïlande. Les travailleurs migrants cambodgiens ont été durement touchés. Les confinements à Bangkok et dans d'autres provinces thaïlandaises, la peur des infections, l'expiration des permis de travail et la perte d’emploi ont contraint de nombreux migrants à retourner dans leur patrie. Ceux qui restent en Thaïlande sont confrontés à des difficultés majeures pour trouver du travail. Ils risquent de perdre leur statut d'immigrant légal. En avril 2021, au moins 185 000 personnes étaient rentrées au Cambodge depuis la Thaïlande. À leur arrivée, elles ont dû faire contrôler leur température corporelle, porter des masques de protection et subir une quarantaine de deux semaines dans divers centres situés le long des frontières, souvent dans des conditions très sommaires.

Un rapport du FNUAP (Fonds des Nations Unies pour la population) fondé sur une enquête menée auprès d’un millier de rapatriés indique que les migrants cambodgiens sont confrontés à trois problèmes majeurs : premièrement, la moitié d'entre eux n'ont aucun revenu et s'endettent pour profiter de soins de santé et acheter de la nourriture, les femmes étant plus vulnérables que les hommes. Deuxièmement, beaucoup n'ont pas suffisamment à manger et doivent réduire leur prise alimentaire. Ils n'ont plus assez d'argent non plus pour utiliser les transports et les services de santé dans les hôpitaux privés et publics. Et troisièmement, ils ne parviennent pas à intégrer leurs enfants dans les écoles car ces derniers n’ont jamais été scolarisés ou ne sont habitués qu'au système éducatif thaïlandais.

Le gouvernement cambodgien a mis sur pied un vaste programme de soutien des rapatriés et de maîtrise de la propagation de la Covid-19. Il a renforcé les installations de quarantaine et de dépistage à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande et apporté un soutien financier accru à chaque province frontalière. Doté d'un budget de 25 millions de dollars, il vient en aide à 560 000 ménages dans les zones rurales et le Grand Phnom Penh. Le gouvernement a également étendu ce programme aux migrants de retour de Thaïlande.

L’aide d’urgence de Caritas Suisse

De nombreuses ONG internationales et locales ont par ailleurs pris une part active au soutien des rapatriés pendant la pandémie. Dans le cadre d'un projet d'urgence mené de juillet à décembre 2020 en collaboration avec le Comité national de lutte contre la traite des êtres humains (NCCT), Caritas Suisse a amélioré la sécurité alimentaire de 27 000 personnes (près de 20% de la population) dans le district de Monkol Borei, haut lieu de la migration au Cambodge. Le projet prévoyait des transferts d’espèces, la remise en état des infrastructures d'irrigation pour l'agriculture dans le cadre d’un programme de travail contre rémunération, et un soutien à l’entretien de jardins potagers.

Caritas Suisse aide à l’heure actuelle les familles de rapatriés vulnérables, dont un millier d’enfants, hébergées dans cinq centres de quarantaine autour de la ville de Poipet, dans le nord-ouest du pays. Des visites de ces centres ont clairement montré que les ressources gouvernementales étaient insuffisantes pour répondre aux besoins existants. Les enfants de moins de quatre ans qui restent avec leur mère n'ont par exemple pas droit à un soutien matériel. La nourriture manque, tout comme les moyens de transport qui permettraient à ces familles de rentrer chez elles, dans leur village d'origine. Le programme gouvernemental de transfert d’espèces n'est pas mis à la disposition des migrants avant leur retour dans leur village, et la procédure de demande prend du temps. Les familles qui n'ont pas d'endroit où séjourner et qui sont obligées de s'installer temporairement à Poipet sont encore plus touchées. Elles sont privées de revenus et doivent faire face à des frais de logement et de subsistance élevés.

Des conséquences qui se feront sentir longtemps encore

Les terribles conséquences de la pandémie sur les migrants cambodgiens se feront encore sentir pendant de nombreuses années. La restauration des moyens de subsistance nécessitera des efforts concertés du gouvernement, des agences de développement et des personnes touchées elles-mêmes. La pandémie de Covid-19 a montré plus clairement que jamais que les revenus générés par les emplois à l'étranger sont cruciaux pour de nombreuses familles. Le programme de Caritas pour une migration plus sûre continue de jouer un rôle clé en aidant les migrants qui n'ont d'autre choix que de quitter leur pays d'origine.

Photo : Christopher Cusick

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