Le changement climatique exige plus d’efforts dans le Sud 

La coopération internationale de la Suisse pour les quatre prochaines années - Service de presse 03/2020

Dans sa stratégie de coopération au développement, le Conseil fédéral reconnaît que le changement climatique menace les progrès faits en matière de lutte contre la pauvreté et l’amélioration des perspectives de vie dans les pays du Sud. Ces dix prochaines années, 100 millions de personnes risquent de tomber dans l’extrême pauvreté à cause du changement climatique. L’extension du financement destiné au climat est donc juste et nécessaire. Le problème est toutefois que l’on met de plus en plus l’accent sur le climat au détriment des engagements déjà pris, et déjà éprouvés, en faveur du développement.

La stratégie de coopération internationale 2021-2024 est sur la table depuis février. Le Conseil fédéral énonce quatre priorités thématiques, dont celle de « Lutter contre les changements climatiques et leurs effets et gérer durablement les ressources naturelles (environnement) ». L’aide au développement doit être encore plus à même de soutenir les pays pauvres dans leurs efforts pour contenir le changement climatique et s’adapter à ses dramatiques conséquences.

Le Conseil fédéral fonde sa priorité climatique sur le fait que le réchauffement planétaire met en péril les efforts faits jusque-là en matière de lutte contre la pauvreté et d’absence de perspectives dans les pays du Sud. C’est un fait souligné par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans son rapport 2019 que 680 millions de personnes vivent dans des régions côtières directement menacées par la montée des océans. Et un demi-milliard de personnes vivent dans des régions qui se désertifient à cause de l’avancée des déserts, de l’érosion des sols et de la perte de végétation — surtout en Asie du Sud et en Extrême-Orient, et en Afrique du Nord dans la région du Sahara.

Les mesures climatiques se substituent aux programmes de réduction de la pauvreté

Les catastrophes dues au changement climatique ne sont pas de la science-fiction. Dans les pays du Sud, la crise climatique est une dure réalité pour deux milliards d’êtres humains : les sécheresses, les incendies, les tempêtes et les inondations sont de plus en plus fréquents et intenses, avec des conséquences dévastatrices sur la situation alimentaire et la disponibilité de l’eau. Il est donc nécessaire d’étendre nettement les projets climatiques dans les pays du Sud, comme le propose le Conseil fédéral dans sa stratégie de coopération internationale.

Mais si le Parlement et le Conseil fédéral ne sont pas prêts à augmenter la coopération internationale dans son ensemble, les mesures de protection et d’adaptation au changement climatique vont se faire encore plus au détriment des tâches du développement : par exemple, l’expansion des efforts en matière de semences tolérantes à la chaleur et des méthodes d’irrigation adaptées au climat va remplacer des projets de développement éprouvés visant à renforcer la société civile, la démocratie et l’État de droit. La construction de digues côtières et de réservoirs d’eau va empiéter sur des ressources destinées à la formation ou aux soins de santé. Et les projets de reboisement des forêts se feront de plus en plus aux frais de ceux du développement rural.

Souvent, les mesures climatiques n’atteignent pas les populations les plus pauvres

Mais ce déplacement des tâches de développement n’est pas le seul problème ; un autre se fait jour. On a vu par le passé que les pays particulièrement pauvres ou particulièrement vulnérables au changement climatique ne sont pas ceux qui mettent prioritairement en place les mesures de protection du climat : les pays à revenus intermédiaires, par exemple, sont plus à même de réaliser des projets d’énergie renouvelable que les pays très pauvres. 

Du point de vue de la lutte mondiale contre l’augmentation de la température, ce n’est pas un problème. Mais du point de vue de la lutte contre la pauvreté, ça l’est : non seulement, comme on le dit plus haut, la priorité accordée au climat menace de déplacer les tâches de développement, mais on peut craindre que les ressources déjà rares de l’aide publique au développement soient de moins en moins utilisées dans les pays les plus pauvres, et au profit des populations les plus défavorisées.

Il faut faire preuve de courage et de clairvoyance

Tout comme la pandémie du Covid-19, le réchauffement de la planète est un défi global qui nécessite que les États l’attaquent de manière concertée. Tout comme la crise sanitaire mondiale, la menace du chaos climatique exige des solutions maintenant, tout de suite. Et de même que pour l’épidémie, la lutte contre le changement climatique exige des efforts extraordinaires et des ressources financières supplémentaires.

Le 19 février, le Conseil fédéral a approuvé la stratégie de coopération internationale élaborée par la Direction du développement et de la coopération (DDC). Il faut bien sûr saluer le fait que l’on augmente la priorité sur la question du climat. Mais le Conseil fédéral devrait faire preuve de courage et de réalisme, et engager les ressources nécessaires à cette fin.

Compte tenu du défi que représente le changement climatique, de la responsabilité de la Suisse en matière de climat et des excellentes conditions qui sont celles de la DDC et des organisations suisses de développement pour mettre en œuvre des mesures climatiques efficaces dans les pays du Sud, le Parlement devrait être prêt à augmenter les ressources destinées à la coopération internationale.

Comme pour la crise du coronavirus, nous devons soutenir dans la crise climatique les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables des pays du Sud. C’est une question de solidarité, mais pas seulement. Car ce qui est vrai pour une pandémie l’est aussi pour le changement climatique : si les autres pays n’arrivent pas à y faire face, tôt ou tard, cela nous affectera.

Photo : État des champs de case pendant la saison sèche. Wegnia, Mali, 2018. (c) Lassine Coulibaly

La coopération au développement : toujours aussi utile et importante