La protection du climat peut et doit être sociale

Les ménages à faibles revenus devraient eux aussi pouvoir agir de manière respectueuse du climat - Service de presse 08/2021

La Suisse doit atteindre la neutralité carbone et réduire ses émissions de gaz à effet de serre à zéro d’ici 2050 au plus tard — le Conseil fédéral l’a déjà décidé en été 2019. Caritas est d’avis qu’il est urgent de prendre des mesures fermes, concrètes et socialement supportables pour protéger le climat. Il est crucial que les ménages à faibles revenus ne ploient pas sous des charges financières plus lourdes en raison des mesures de protection du climat, mais qu’au contraire, ils aient la possibilité d’agir de manière respectueuse du climat.

La protection du climat peut et doit être socialement acceptableCanicule en Méditerranée, inondations en Allemagne, tempêtes en Suisse : les conséquences catastrophiques du changement climatique ont été particulièrement visibles cet été sous nos latitudes. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat montre à l’évidence combien il est urgent de prendre des mesures concrètes pour la protection du climat. Après le rejet par le peuple, en juin 2021, de la loi sur le CO2, la question se pose avec acuité de savoir comment la Suisse peut devenir neutre en termes de gaz à effet de serre au plus tard en 2050. Dans sa stratégie climatique à long terme, le Conseil fédéral indique que la transition vers le zéro net doit s’effectuer de manière socialement acceptable. Cet objectif a gagné en urgence avec la crise du coronavirus.

Penser ensemble la politique climatique et la politique sociale

La crise a mis en lumière la situation précaire de nombreux ménages en Suisse qui vivent dans des conditions financières difficiles. On estime que quelque 735 000 personnes sont touchées par la pauvreté, sans compter les ménages qui ont tout juste de quoi vivre et qui n’ont pratiquement aucune réserve. Lorsqu’une partie des revenus de ces ménages disparaît temporairement, ils se retrouvent tout de suite dans une situation d’urgence. De nombreux salariés à revenus modestes, de petits entrepreneuses et entrepreneurs, et des indépendantes et indépendants à faible chiffre d’affaires ont été confrontés à des peurs existentielles l’année dernière. Cette situation déstabilisante pour de nombreuses personnes a probablement conduit la classe moyenne inférieure en particulier à rejeter la loi sur le CO2, par crainte de coûts supplémentaires.

Pour Caritas, il est très clair que la protection du climat peut et doit être sociale. Nous devons accélérer la transition vers une économie et un mode de vie durables qui préservent les ressources naturelles et bénéficient à toutes et tous. La Suisse s’est engagée à réaliser les 17 Objectifs globaux de développement durable (ODD) dans le cadre de l’Agenda 2030 de l’ONU. Ces ODD tiennent compte sur un pied d’égalité des dimensions environnementales, sociales et économiques du développement durable. Cela signifie que la politique climatique doit également être juste sur le plan social, et ceci aussi à l’étranger qu’en Suisse.

Deux principes d’une politique climatique socialement acceptable

Caritas estime qu’une politique climatique socialement acceptable doit respecter deux principes : d’une part, les personnes touchées et menacées de pauvreté ne doivent pas être davantage sollicitées financièrement à cause des mesures de protection du climat. D’autre part, les personnes à faibles revenus doivent également avoir la possibilité d’agir activement en faveur du climat. La possibilité d’agir sans nuire au climat ne peut en aucun cas être un privilège des personnes aisées.

Concrètement, cela signifie qu’il faut augmenter la marge de manœuvre financière des ménages à faibles revenus en leur offrant un soutien ciblé qui leur permet d’adopter un comportement respectueux du climat. La politique climatique a souvent un effet direct sur le budget, tant par des prescriptions légales que des systèmes d’incitation financière. Elle doit être accompagnée des mesures de politique sociale garantissant un niveau suffisamment élevé de sécurité des moyens de subsistance à toutes les personnes vivant en Suisse. Des mesures audacieuses, et surtout rapides, en matière de politique climatique sont socialement acceptables lorsque le minimum vital est garanti.

Examiner régulièrement les impacts sociaux de la politique climatique

La politique climatique est complexe ; elle concerne différents domaines politiques, comme les politiques des transports et du logement, la politique économique et du marché du travail, et la politique agricole. Il est donc malaisé d’estimer les répercussions financières réelles de toutes les mesures de politique climatique sur les personnes en situation de pauvreté. C’est pourquoi il faut porter un regard régulier sur la politique climatique de la Suisse du point de vue de ses impacts sociaux et, si nécessaire, l’adapter en conséquence. Caritas Suisse fait un premier pas en publiant sa prise de position qui met en évidence l’importance d’une politique climatique socialement acceptable et met le doigt sur les défis à relever.

Photo : Conradin Frei

Prise de position de Caritas « La protection du climat peut et doit sociale »