La crise du coronavirus est un révélateur social puissant

Quand le Covid-19 vire à la pandémie de pauvreté - Service de presse 05/2020

Malgré un contexte économique favorable ces dernières années en Suisse, la pauvreté n’a pas diminué. Au contraire. Aujourd’hui, 1 million de personnes vivent dans la précarité. 650 000 sont pauvres. Avec la crise extraordinaire du coronavirus, des besoins choquants s’affichent au grand jour. Caritas appelle à ne pas oublier les plus vulnérables, qui sont les premiers touchés, en leur allouant une aide directe et ciblée. Une stratégie nationale de lutte contre la pauvreté est plus indispensable que jamais.

Quiconque est dans une situation de détresse et n’est pas en mesure de subvenir à son entretien a le droit d’être aidé et assisté et de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine. C’est la Constitution fédérale qui le dit dans son article 12. Ceux qui ont faim doivent être aidés, quel que soit leur statut de séjour en Suisse. Une aide qu’apporte activement dans tout le pays l’ensemble du réseau Caritas depuis le 20 mars, quelques jours à peine après l’annonce des mesures de semi-confinement décidées par le Conseil fédéral afin maîtriser la pandémie du Covid-19.

Mais cette aide est plus large encore. Les besoins des sans-papiers sont criants, mais bien d’autres en Suisse ne peuvent plus se nourrir. C’est tout le pays et pas seulement Genève qui est touché. La crise a précipité de nombreuses familles et personnes seules dans une situation de détresse aiguë, alors qu’elles vivaient déjà auparavant avec le minimum vital. Caritas a lancé très tôt une action d’aide en faveur de cette catégorie de la population particulièrement touchée. La Chaîne du Bonheur lui a rapidement alloué des moyens supplémentaires, ainsi qu’à d’autres associations. Par leurs dons, les Suisses ont une nouvelle fois démontré leur grande solidarité.

Des paiements directs

Le Conseil fédéral a annoncé un train de mesures de soutien à certains secteurs économiques. Le cercle des ayants droit s’est élargi au fil des semaines. C’est une action positive et bienvenue mais qui laisse les plus vulnérables de côté. Le paquet de soutien montre d’importantes lacunes. Il n’atteint pas du tout, ou insuffisamment, les personnes à faible revenu et les personnes en situation de pauvreté. Selon Caritas, le point central de ce paquet doit être la mise en place de paiements directs uniques pour les personnes à faible revenu et les personnes en marge de la société. « Si l’on veut réellement prendre la mesure des effets de la crise du coronavirus, il faut se pencher sur la situation des personnes en situation de pauvreté et de la classe moyenne inférieure », écrit Caritas Suisse dans l’Appel au Conseil fédéral et au Parlement qu’elle a lancé le 29 avril. Un appel relayé par de nombreux parlementaires lors de la session spéciale des Chambres début mai.

1 milliard, une somme modeste

En Suisse, près d’un million de personnes sont pauvres ou menacées de l’être. Caritas propose de leur octroyer un paiement direct unique de 1000 francs. Les ménages et personnes seules dont le revenu se situe au-dessous du seuil qui leur donne droit aux prestations complémentaires doivent toucher ces paiements directs. Le coût d’une telle mesure s’élèverait à un milliard de francs. « C’est une somme modeste pour garantir la stabilité sociale du pays et en comparaison avec les mesures de 60 milliards qui ont été prises », écrit Caritas dans son appel. De plus, chaque franc de soutien aux personnes touchées par la pauvreté ou menacées de l’être reviendrait dans la caisse des indépendants et de l’économie. Les autres mesures du programme de soutien que Caritas préconise sont les places de crèches gratuites, une augmentation de 50 %, par la Confédération et les cantons, des subsides aux primes d’assurance-maladie, et des indemnités de chômage partiel s’élevant pour les faibles revenus au 100 % du salaire.

Une stratégie nationale est indispensable

Bien que la lutte contre la pauvreté soit un mandat constitutionnel, la Suisse n’a pas réussi ces dernières années à réduire le taux de pauvreté. Pourquoi ? Il faudrait d’abord mettre en place une stratégie commune de lutte contre la pauvreté à laquelle la Confédération, les cantons, les communes et l’économie adhéreraient. Deuxièmement, il faudrait garantir aux personnes démunies une existence digne. Troisièmement, la formation, élément central de la lutte contre la pauvreté, devrait être conçue de manière à mieux favoriser l’égalité des chances. Enfin, il faudrait favoriser l’harmonisation de la vie professionnelle avec la vie familiale pour toutes et tous.

Crise du coronavirus : les familles et les personnes seules en situation de détresse aiguë ont besoin de notre aide

Ce que nous faisons : lutte contre la pauvreté