Il faut des règles claires à la coopération avec le secteur privé

Coopération internationale de la Suisse 2021-2024 - Service de presse 06/2020

La coopération internationale (CI) a toujours soutenu le secteur privé local dans les pays en développement. La Stratégie de coopération internationale 2021-2024 de la Suisse donne une importance accrue aux partenariats de développement public-privé. Ces derniers ouvrent certes des opportunités, mais il n’est pas rare qu’ils soient également source de problèmes. Des critères exigeants en matière de droits humains et normes de travail, de protection de l’environnement et de développement durable doivent présider à ce genre de coopération.

La population augmente dans les pays d’Afrique, du Proche-Orient et de l’Asie du Sud. Aujourd’hui déjà, un trop grand nombre de jeunes femmes et de jeunes hommes n’ont pas de travail, connaissent des conditions précaires d’emploi ou sont sous-employés. Ces jeunes qui ne voient pas d’avenir dans leur pays partent chercher fortune ailleurs. Des millions de bons emplois sont nécessaires. En Afrique en particulier, les acteurs de la politique du développement soutiennent plus que jamais l’économie locale afin de créer jusqu’à 20 millions d’emplois pour les jeunes qui entrent chaque année sur le marché du travail.

La Suisse veut également promouvoir les possibilités de revenus dans ses pays partenaires du Sud. L’un des quatre objectifs de la Stratégie de coopération internationale 2021-2024 vise à promouvoir une « croissance économique durable » et « la création d’emplois décents » dans les régions les plus pauvres du monde. Pour ce faire, la Confédération souhaite étendre sa coopération avec le secteur privé. La coopération internationale devrait bénéficier plus encore de sa force d’innovation et de ses possibilités d’investissements. 

Soutien du secteur local

D’une part, la Confédération veut soutenir mieux les entreprises locales. Le concept n’est pas nouveau. La coopération internationale de la Suisse privilégie depuis toujours la promotion du secteur privé. L’aide au développement soutient les petites et très petites entreprises durables et aide à établir des chaînes de valeur régionales équitables, par exemple dans l’industrie agricole et alimentaire (de la récolte et de la transformation au transport, à la commercialisation et à l’élimination). L’idée sous-jacente est que l’entrepreneuriat local fait progresser l’économie, crée des possibilités de revenus et permet par là à de nombreuses personnes de sortir de la pauvreté.

La coopération internationale promeut également depuis longtemps le développement des conditions-cadres pour l’activité entrepreneuriale. Les lacunes d’infrastructures, l’absence de fiabilité de l’alimentation électrique, le manque de sécurité juridique et l’insuffisance de personnel qualifié représentent de vrais défis sur ce plan. L’aide au développement joue un rôle pour améliorer ces domaines. Dans le même temps, certains acteurs du développement apportent un soutien ciblé aux autorités compétentes pour la mise en place d’incitations économiques et de modèles de régulation, qui permettront aux entreprises d’assumer leurs responsabilités, par exemple en ce qui concerne les conditions de travail, la justice fiscale, la protection de l’environnement et les droits de l’homme. 

Une expansion fulgurante des partenariats public-privé

Ce qui est relativement nouveau en revanche, c’est que la Confédération s’appuie de plus en plus sur des partenariats de développement public-privé. Sous la bannière de l’engagement avec le secteur privé, la Confédération veut travailler plus étroitement avec les entreprises sociales et les investisseurs, mais aussi avec les grandes entreprises multinationales. Même si cet engagement offre la chance de mobiliser des fonds privés en plus des fonds publics pour l’aide au développement, ce genre de coopération comporte aussi des risques difficiles à évaluer.

On peut se demander par exemple si, dans des projets pour l’eau, Nestlé, pour ne citer que cette entreprise, donne la priorité aux objectifs de développement de la DDC de « lutter contre la pauvreté » et de « soutenir un développement durable », ou si la priorité de la multinationale alimentaire n’est pas plutôt d’ouvrir de nouveaux marchés de vente et d’acquérir des domaines d’investissement. Ou encore, s’il ne s’agit pas en priorité pour Nestlé d’améliorer son image de marque dans l’opinion publique. On sait bien que les entreprises internationales ont particulièrement intérêt à se présenter comme plus durables et plus respectueuses de l’environnement qu’elles ne le sont en réalité, et à soigner leur image en matière de Corporate Social Responsibility ou responsabilité sociale des entreprises. Il est donc primordial que la DDC examine de très près les entreprises avec qui elle conclut ses partenariats de développement.

Critères clairs et exigeants

Si une entreprise avec laquelle la Confédération conclut un partenariat de développement ne respecte pas les droits humains ou cause des dommages environnementaux, ce sont aussi la crédibilité et l’efficacité de l’engagement de la Suisse en faveur du développement qui en souffrent. C’est pourquoi les partenariats public-privé doivent se fonder sur des critères clairs et exigeants : les entreprises partenaires doivent trouver un équilibre entre leurs intérêts commerciaux et leur responsabilité sociale. Pour mesurer l’efficacité de leurs « projets » dans les pays en développement, il s’agit d’appliquer des normes comparables à celles des projets de développement conventionnels. Alors que l’aide au développement traditionnelle examine régulièrement son impact et en rend compte de manière transparente, il n’existe pas encore d’évaluation détaillée de la participation du secteur privé qui montre ce qui a été réellement fait.

La Confédération doit donc surveiller en continu les critères de durabilité sociale et écologique, et exiger qu’ils soient respectés, en accord avec l’Agenda 2030 pour le développement durable. La tolérance zéro s’applique aux entreprises qui font travailler des enfants, exploitent et déplacent les petits paysans, polluent les rivières et les fleuves et détruisent les paysages.

Photo: Fabian Biasio

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