Service de presse 2021

« Il est essentiel d’être là sur la durée »

5 questions à Thor Maeder-Gerber sur la situation en Haïti après le séisme - Service de presse 09/2021

Quelle aide apporter à Haïti après le terrible tremblement de terre qui a frappé le pays le 14 août 2021 ? Plus de 2500 personnes y ont perdu la vie, 12 000 ont été blessées et des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans abri. L’aide d’urgence de Caritas Suisse s’élève à 300 000 francs et se poursuivra dans la durée.

Thor Maeder-Gerber, directeur pays ad interim, nous parle de l’importance de l’engagement à long terme, une présence qui doit être « humaine, de terrain, discrète et volontaire à la fois. »

Thor Maeder-Gerber, quelques semaines après le tremblement de terre, quelle aide d’urgence a pu être apportée jusqu’ici dans cette zone difficilement accessible ?

Nous apportons une aide financière à 2000 ménages durement affectés par le séisme dans les sections rurales des communes de Camp-Perrin et de Maniche (Département du Sud). Cette aide doit leur permettre de subvenir aux besoins de base pour un mois, contribue indirectement à faire fonctionner l’économie locale (caisses populaires, marchés), et n’est pas concernée par les attaques de convoi observées par ailleurs.

Nous soutenons en outre la réponse rapide apportée par Caritas Haïti et les différentes Caritas diocésaines présentes dans le Grand Sud, et contribuons ainsi à ce que d’autres ménages encore, aussi bien dans le Département du Sud que dans ceux de la Grande Anse et de Nippes, aient de quoi passer leurs nuits à l’abri, soigner leurs blessés, contenir la pandémie, etc.

Enfin, nous distribuons à un troisième groupe d’environ 750 ménages, dans le Département du Sud, lampes solaires et kits d’abri.

Comment Caritas envisage-t-elle son aide à plus long terme ?

Caritas Suisse est déjà à pied d’œuvre pour reconstruire près d’un millier d’habitations détruites par le séisme. Elle a fait pour cela appel aux artisanes et artisans qu’elle a formés toutes ces dernières années aux techniques de construction parasismiques et para-cycloniques, une activité à laquelle Caritas Suisse a accordé une importance particulière suite au séisme de 2010. Elle aide également leurs habitants à restaurer les bases de leur économie domestique, ici en fournissant les semences indispensables à la culture de jardins créoles, là en offrant une chèvre leur permettant de redémarrer leur petit élevage.

Comment la population touchée réagit-elle ?

Tout geste, toute attention est appréciée. Les besoins demeurent toutefois importants, qu’ils soient matériels, financiers ou d’ordre psychosocial. Le traumatisme provoqué par le séisme vient s’ajouter à d’autres épisodes traumatiques antérieurs, et la destruction des bases d’une agriculture toujours fragile aggrave une crise alimentaire sévère et persistante (près de la moitié de la population haïtienne vit en situation de crise alimentaire sévère ou d’urgence alimentaire).

Le président d’Haïti a été récemment assassiné, l’État est en crise, les conditions de sécurité sont mauvaises. Dans ces circonstances, comment Caritas parvient-elle à aider les victimes et comment pouvons-nous aider Haïti au mieux ?

Il est essentiel d’être là et d’être là sur la durée, pour donner un premier sens de vie qui continue, pour offrir quelques lieux où se retrouver en sécurité, à partir desquels se projeter. Cette présence doit être une présence humaine, de terrain, discrète et volontaire à la fois. Ce n’est que cela qui permet ensuite les actions, petites et grandes, que nous entreprenons.

L’expérience acquise suite au terrible séisme de 2010 est-elle utile aujourd’hui ?

Elle aura certainement permis notre réponse rapide mais posée, pris appui sur les nombreuses relations de partenariat développées au fil des ans, montré l’importance comme les limites d’une coordination au niveau de l’État. Et c’est également, comme nous le mentionnons plus haut, l’expertise que nous avons cultivée auprès des artisanes et artisans que nous avons formés depuis le séisme de 2010 que nous pouvons aujourd’hui mobiliser et ainsi offrir un habitat plus sûr à des ménages particulièrement vulnérables et un revenu correct à des ouvriers autrement négligés.

Photo : Angela J., photographiée avec sa petite-fille et sa fille, a été blessée à la jambe lorsque sa maison s'est effondrée. Cette famille de neuf personnes doit dormir dehors. Maniche, Haïti. (c) Caritas Suisse
 

L'engagement de Caritas : Aide d'urgence en Haïti