Service de presse 2021

Des catastrophes loin de l’attention des médias

En Éthiopie, la crise ne se limite pas au conflit du Tigré - Service de presse 12/2021

Alors que cet hiver, de nombreux pays européens cherchent frénétiquement la stratégie à adopter pour contrer la cinquième vague de coronavirus qui déferle, en Éthiopie, cette question est plutôt en arrière-plan. Dans le nord du pays, un conflit violent fait rage depuis plus d’un an entre le gouvernement et la région du Tigré. Mais ce conflit est loin d’être le seul foyer d’instabilité en Éthiopie. Les habitants de nombreuses régions du pays se trouvent dans des situations humanitaires catastrophiques.

En Éthiopie, des catastrophes oubliées par les médias, comme l’invasion de criquets qui n’en finit pas de sévir, les sécheresses et les inondations récurrentes ou encore les conflits interethniques, créent partout des situations d’urgence aiguë. Ces urgences, lorsqu’elles coïncident dans le temps et géographiquement, multiplient les menaces pour les hommes et les animaux. Les efforts et les investissements importants dans la lutte contre l’invasion de criquets n’ont pas suffi à la stopper ces deux dernières années. Récemment, on voit croître des essaims dans la région limitrophe du Kenya et de l’Éthiopie. Selon une estimation officielle de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) datant de fin novembre 2021, il est très probable qu’une nouvelle génération de crickets sévisse en décembre. Dans de nombreux endroits, on n’a pas pu lutter contre ce fléau en raison de violents conflits interethniques et des problèmes d’accès qui en découlent.

À cela s’ajoutent les périodes récurrentes de sécheresse ou d’inondations, dont on s’accorde désormais à dire qu’elles vont s’intensifier en raison du changement climatique. De plus en plus de personnes dépendent de l’aide alimentaire directe à cause des importantes pertes de récoltes. On peut se faire une idée du nombre de personnes touchées quand on sait que le secteur agricole représente 85 % des emplois en Éthiopie et que 90 % de ces personnes pratiquent la culture pluviale. Les régions du sud et du sud-est, comme la région d’Oromia, se trouvent d’ores et déjà dans une situation d’urgence. La mousson deyr/hageya, qui s’étale du mois d’octobre au mois de décembre n’a pratiquement pas eu lieu cette année et a déversé des pluies dramatiquement faibles. Le mois d’octobre 2021 a été le plus sec de ces 40 dernières années. Les effets de la sécheresse sont déjà visibles, par exemple la diminution drastique des réserves d’eau et de fourrage et la mortalité élevée du bétail.

Tume Jilo Boru, mère de sept enfants, âgée de 55 ans, a perdu son mari dans le conflit. La sécheresse a tué deux de ses bovins et l’état de santé des autres se dégrade rapidement, ce qui empêche la production de lait, pourtant essentielle pour la famille. L’avenir ne promet rien de bon : on s’attend à ce que les conséquences les plus graves de la sécheresse se manifestent en février 2022.

Sombres prévisions pour la sécurité alimentaire

Les conflits interethniques persistants sont également à l’origine de nombreuses souffrances. Ils provoquent des destructions de champs, des enlèvements de bétail et des difficultés d’accès des paysans à leurs propres champs. Le risque d’attaques armées est trop élevé. La seule option qui reste est souvent la fuite en laissant derrière soi tous ses biens. Les personnes qui sont déplacées à l’intérieur de leur pays dépendent souvent d’une aide immédiate due à leur situation économique et à la pénurie d’approvisionnement. Les analyses de la plateforme FEWS NET (Famine Early Warning Systems Prévisions de la sécurité alimentaire d’octobre 2021 à mai 2022, Network) sur la sécurité alimentaire sont très sombres. En plus des zones du Tigré qui sont déjà classées entre « urgence » et « famine », on s’attend à une détérioration dramatique dans d’autres régions, notamment dans la région frontalière avec le Kenya. De manière générale, la situation sera très tendue dans une grande partie du pays.

Paquets d’aide sur mesure et partenariats solides

Pour répondre aux besoins de chaque agricultrice/agriculteur et éleveur, il faut à la fois des approches innovantes, une présence locale et des partenaires solides. En étroite collaboration avec la FAO, plusieurs projets ont permis d’atteindre un grand nombre de familles en difficulté ces deux dernières années. En plus de mesures immédiates — transfert d’argent liquide, semences plus résistantes à la sécheresse ou distribution de fourrage —, Caritas Suisse mise également sur des projets d’aide d’urgence à long terme. Il s’agit par exemple de cours pour les experts sur place et pour les paysannes et paysans dans le domaine de l’élevage. On soutient également de manière ciblée les personnes les plus vulnérables avec des paquets de mesures incluant des interventions dans les domaines de l’agriculture, de l’eau et du matériel pour couvrir les besoins de base. Les conflits interethniques en particulier, non seulement menacent la population locale, mais posent aussi des défis aux équipes de projet. Grâce à un solide dispositif de sécurité et à des collaborateurs expérimentés, Caritas Suisse continue de tout mettre en œuvre pour que les activités du projet se déroulent comme prévu.

Tume Jilo, comme d’autres, en est reconnaissante : « J’ai pu éviter le pire pour moi et ma famille grâce à la distribution rapide et ciblée de fourrage », dit-elle. Tume Jilo et toute la communauté attendent maintenant l’arrivée de la pluie pour pouvoir renforcer leur résilience par leurs propres moyens.

Photo : Aide d'urgence aux moyens de subsistance des communautés touchées par le criquet pèlerin. (c) Caritas Suisse

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