Service de presse 2018

Lutte contre la pauvreté : une mauvaise décision peut être corrigée

Le Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté est terminé - Service de presse 12/2018

En avril de cette année, le Conseil fédéral a décidé de poursuivre le Programme de lutte contre la pauvreté uniquement en tant que plateforme. Il met ainsi fin à l’engagement de la Confédération, pourtant couronné de succès, avant d’en avoir retiré tous les fruits. Ces cinq prochaines années, le thème de la pauvreté ne sera donc plus abordé que de façon ponctuelle et sélective. Les ressources financières sont restreintes. Mais le Parlement pourrait corriger cette décision l’année prochaine.

Avec les cantons, les villes, les communes et la société civile, la Confédération a mis en œuvre ces cinq dernières années le Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté. Ce programme doté de neuf millions de francs a eu des résultats intéressants et notamment il a favorisé la mise en réseau des différents acteurs concernés. Le vent de renouveau qui en est résulté était porteur d’un potentiel important. 

De nouveaux résultats ont été générés

Le programme national a permis de faire de la pauvreté une question nationale et une tâche fédérale. C’est là une pierre de voûte de la politique de lutte contre la pauvreté. Il a permis d’élaborer de précieuses bases sur des thèmes prioritaires comme la formation, l’intégration sociale et professionnelle, le logement, l’endettement et la pauvreté des familles. De plus, il a permis de mettre sur pied un concept de monitorage de la pauvreté au plan national, qui donnerait à voir l’évolution de la pauvreté en Suisse, analyserait les tendances et définirait les bonnes pratiques. Enfin, il a favorisé l’échange et la mise en réseau entre Confédération, cantons, communes, villes, société civile et les personnes directement concernées, contribuant ainsi à une meilleure compréhension réciproque et à la mise en avant des questions de politique de lutte contre la pauvreté. Il est donc très regrettable que le Conseil fédéral ait décidé en avril 2018 de réduire considérablement son engagement financier et de renoncer de fait à un monitorage national de la pauvreté et de réfréner ainsi brutalement la dynamique mise en place.  

Il faut encore agir

Les résultats du programme permettent de mieux comprendre les causes de pauvreté en Suisse. Mais le quotidien des personnes pauvres ne s’est pas amélioré pour autant ces dernières années. Et maintenant que la Confédération se retire, on ne peut plus attendre d’amélioration dans ce domaine. Au contraire, la pauvreté en Suisse augmente en dépit du fait que l’économie est au beau fixe. En Suisse, 615 000 personnes sont pauvres. Et 600 000 autres vivent juste au-dessus du seuil de pauvreté. Une personne menacée de pauvreté sur deux ne pourra pas faire face à une facture inattendue de 2500 francs. 

Corriger la décision de la Confédération

Après la fin du programme de lutte contre la pauvreté, les principaux défis restent, d’abord, d’assurer de manière contraignante le minimum vital, éventuellement en promulguant une loi-cadre fédérale sur l’aide sociale. Il faut aussi mettre en adéquation la politique de la formation avec celle de lutte contre la pauvreté. Il faut promouvoir l’encouragement précoce pour tous les enfants, mettre en place des conditions adaptées pour la formation de rattrapage et une obligation de formation continue, pour que cela ne reste pas l’apanage des personnes déjà bien formées. Il faut encore rendre accessible à toutes les familles les possibilités d’harmoniser vie professionnelle et vie familiale si possible en mettant en place des places de crèches gratuites et le jardin d’enfants volontaire dès trois ans. Pour relever de manière cohérente les différents défis de la politique de lutte contre la pauvreté, il faut une stratégie contraignante pour l’ensemble de la Suisse, qui soit élaborée et soutenue conjointement par la Confédération, les cantons, les communes, les villes et la société civile. 

Deux interventions dans ce sens sont encore pendantes au Parlement fédéral. Bea Heim a chargé le Conseil fédéral d’examiner l’opportunité d’instituer une commission fédérale dédiée à la problématique de la pauvreté et Yvonne Feri a demandé que le Conseil fédéral garantisse par un monitorage national de la pauvreté que le travail accompli se poursuivrait dans toute la Suisse après la fin du Programme en 2018. Ces deux initiatives visent à ce que la Confédération ne se décharge pas complètement de sa responsabilité en ce qui concerne la question sociale centrale de la pauvreté. Le Parlement a donc l’occasion de corriger la décision erronée du Conseil fédéral sur cette question de politique de lutte contre la pauvreté au plan national. Caritas suit l’affaire de près.