Service de presse 2018

Le bidonville comme cadre d’une vie décente

Au Kenya, Caritas aide la population d’un bidonville de Nairobi à lutter contre la pauvreté - Service de presse 5/2018

Les plus grands bidonvilles du Kenya se trouvent à Nairobi. Dans celui de Mukuru, les rues sont trépidantes de vie. Pour que sa population puisse tirer parti des perspectives qui s'y présentent et échapper au piège de la pauvreté, elle doit pouvoir accéder durablement à la formation et au revenu. Un approvisionnement en eau et un traitement des eaux usées réalisés dans de bonnes conditions d'hygiène doivent en outre y améliorer les infamantes conditions d'habitat. Caritas Suisse collabore à un aménagement urbain tenant compte de ces besoins.

Le XXIe siècle est marqué par d'importants mouvements migratoires et une rapide urbanisation de la population. Considérée comme un phénomène lié à l'industrialisation, la concentration urbaine se produit désormais dans l'hémisphère sud également. Au milieu du siècle dernier, près de 309 millions de personnes y vivaient dans des villes. Or ce chiffre va décupler au Sud d'ici 2030. Dans les 30 prochaines années, les pays du Sud auront rattrapé les taux d'urbanisation de l'Europe et de l'Amérique du Nord.

La majorité des personnes quittant la campagne pour habiter en ville sont quasiment sans ressources et se voient ensuite confrontées à la cherté de la vie urbaine. Nombre d'entre elles s'établissent dans des zones abandonnées par les municipalités et sans attrait pour le marché immobilier. Aussi les quartiers informels s'implantent-ils habituellement à la périphérie de zones industrielles, sur les berges de fleuves ou à proximité de dépotoirs.

Les bidonvilles ne sont pas des quartiers statiques mais des systèmes sociaux dynamiques connectés par des réseaux soudés, synonymes de survie pour leurs habitants. Grâce à ces réseaux, les nouveaux arrivants délaissant les campagnes pauvres trouvent des possibilités de soutien et peuvent être partie prenante de la chaîne de valeur urbaine.

Eaux usées toxiques au beau milieu de rues trépidantes de vie

Un tissu dense de relations sociales caractérise aussi Mukuru. Quand on visite ce bidonville de Nairobi, on est plongé dans une grande animation, au sein de quartiers affairés, mais on y sent toujours l'âcre puanteur des eaux usées toxiques qui coulent à ciel ouvert à travers les ruelles étroites, tout près d'enfants qui jouent.

La volonté politique de s'attaquer aux problèmes que posent les bidonvilles et leur rapide essor démographique fait souvent défaut aux municipalités. Elles ne comprennent pas non plus les chances qu'offre un développement urbain démocratique et planifié. La poussée démographique reste trop souvent non régulée, ou ignorée comme « prolifération incontrôlée » dans le meilleur des cas ; au pire, elle est opprimée dans la violence.

Dire non aux générations perdues

La destruction de bidonvilles par les municipalités viole des droits civiques fondamentaux et détruit systématiquement la propriété par des expulsions forcées. La population en situation de pauvreté est chassée vers des zones toujours plus instables. Les nouvelles générations nées dans les bidonvilles n'ont quasiment aucune chance d'échapper à la spirale de la pauvreté et de la violence. C'est dans cette absence de perspectives des « lost generations » que les phénomènes de radicalisation trouvent un terreau fertile pour attiser des conflits.

Mukuru entasse 120 000 personnes sur un kilomètre carré, soit douze fois la densité résidentielle de Genève. 250 familles doivent partager un seul branchement à l'eau, et un WC sert à près de 550 ménages. Des infrastructures éducatives et des soins de santé à prix abordables sont quasi inexistants. Quelques écoles de fortune poussent entre les cabanes de tôle. En comparaison, les habitants de Mukuru doivent payer davantage un litre d'eau et un mètre carré de logement que la classe moyenne et ils connaissent de surcroît des conditions de précarité extrêmes, dans un milieu marqué par la violence et les maladies. La question de l'appartenance du sol reste sans réponse et contribue à cette situation déplorable. Dans les bidonvilles, des structures mafieuses remplacent le vide laissé par les municipalités. Des gangs font payer des loyers élevés et monnaient l'eau à prix d'or. Quiconque souhaite changer la situation dans un bidonville doit s'entourer d'une vaste coalition et s'armer de beaucoup de patience.

Impliquer la population dans l'aménagement urbain

Il serait possible de conjuguer avec succès lutte contre la pauvreté et urbanisation en procédant à un aménagement urbain démocratique, à l'image de ce qu'ont réussi à faire de nombreuses villes européennes au XXe siècle.

Les autorités municipales de Nairobi ont aujourd'hui compris qu'il était impossible de raser des bidonvilles sans provoquer de résistance. Si la ville ne veut pas mettre en péril la paix sociale chancelante, elle doit collaborer avec Mukuru. Elle a déclaré le bidonville « zone de planification spéciale » et souhaite élaborer un plan de développement intégré, en collaboration avec les habitants. L'objectif affiché est d'améliorer les conditions de vie à Mukuru. Une vaste alliance de représentants du gouvernement, d'organisations non gouvernementales et d'universités a été créée pour s'attaquer à cette tâche de planification gigantesque. Les besoins de la population font l'objet d'un inventaire aussi large que possible à la faveur d'un processus intégratif. Caritas Suisse a déjà lancé les premières mesures de financement visant à réaliser des projets et dirige le consortium d'études pour l'eau, les eaux usées et l'énergie.

Le plan d'aménagement urbain de Mukuru doit être mené à terme d'ici à la fin 2019 et avoir valeur d'exemple pour la planification urbaine et la politique d'urbanisation au-delà de Nairobi. Si ce plan est approuvé par l'autorité municipale, la voie sera libre pour sa mise en œuvre à l'appui d'investissements durables, issus de l'économie privée également.

Photo: Mukuru 2017. (c) Alexander Angermaier/Caritas Suisse