Pour une stratégie qui place l’Afrique sur pied d’égalité

La coopération internationale de la Suisse se concentrera dorénavant sur l’Afrique - Service de presse 09/2019

La Suisse compte à l’avenir placer l’Afrique au centre de sa coopération internationale. Cela passe par une stratégie qui doit démontrer comment la Suisse favorise le développement de l’Afrique à travers sa politique économique, climatique et migratoire. 

L’Afrique traverse actuellement d’énormes changements démographiques, économiques et techniques. Que doit faire la Suisse pour élaborer une politique africaine judicieuse et durable en matière de développement ? Les principaux défis inhérents à la coopération avec ce continent voisin  sont la pauvreté et l’inégalité, la menace d’une catastrophe climatique déjà en train de se concrétiser pour les pays africains et la nécessité de gérer les migrations tout en offrant des conditions de vie dignes et une protection aux populations. Afin de les relever de manière ciblée et coordonnée, la Suisse a besoin d’une stratégie politique pour le développement de l’Afrique.

Une telle stratégie présuppose une étroite coordination entre le DFAE, la DDC et le Seco. Elle doit tendre à entretenir des relations de partenariat sur pied d’égalité avec les gouvernements africains qui souhaitent agir et changer quelque chose, avec la communauté scientifique, avec des entreprises africaines et tout particulièrement avec des acteurs indépendants de la société civile africaine qui s’engagent en faveur des défavorisés. Les œuvres d’entraide suisse peuvent apporter une importante contribution à la collaboration avec des organisations communautaires, car elles disposent de relations nouées de longue date et jouent un rôle sociétal important dans des États africains souvent faibles sur le plan structurel.

Dans sa stratégie pour l’Afrique, la Suisse devrait également définir comment elle aide les pays africains à s’affranchir de leur dépendance unilatérale à l’égard des matières premières, à générer de la valeur ajoutée localement et à créer des emplois durables, comme le prévoit l’ébauche du nouveau message sur la coopération internationale (Message CI 2021-2024). Il faut également montrer comment la Suisse investit dans l’éducation, implique les groupes de populations défavorisés et soutient les pays africains dans la mise en place de systèmes fiscaux équitables.

Cohérence dans sa politique intérieure vis-à-vis de l’Afrique

La Suisse doit mener une politique intérieure et extérieure plus cohérente. C’est la base de la collaboration future. Concrètement, cela signifie que les transactions politiques qui ont un impact sur les pays pauvres doivent être conçues de manière à favoriser le développement. Notre politique économique en particulier n’est toujours pas propice à une bonne coopération au développement avec l’Afrique. La Suisse ne doit plus servir de paradis fiscal. La Confédération doit fermement lutter contre l’évasion fiscale des particuliers fortunés des pays en développement et contre les astuces fiscales des entreprises suisses. Les impôts doivent être payés là où les bénéfices sont réalisés. Les futurs accords de libre-échange ou d’investissement doivent également être négociés d’une manière plus favorable au développement ; cela requiert des normes claires en matière d’environnement et de travail. Les entreprises suisses doivent respecter leurs obligations dans ces domaines.

En ce qui concerne la cohérence, l’une des questions importantes est la manière dont nous gérons le réchauffement climatique. Les populations qui ont le moins contribué au changement climatique sont celles qui en subissent aujourd’hui le plus grand impact. Elles disposent de beaucoup moins de ressources pour se préparer aux tempêtes et aux inondations ou pour gérer seules la reconstruction. Le cyclone « Idai » en est un triste exemple : en mars de cette année, il a causé de graves dégâts au Mozambique, au Zimbabwe et au Malawi et plongé dans la détresse plus de deux millions de personnes. Les conséquences du changement climatique poussent de plus en plus de gens à fuir leur pays. Pour faire face à la catastrophe climatique qui menace, deux choses sont nécessaires : une meilleure protection du climat au niveau national et un soutien ciblé afin que les pays africains puissent mieux se protéger des catastrophes naturelles et s’adapter aux changements climatiques.

En raison de leur forte empreinte CO2 par habitant, la Suisse et d’autres pays industrialisés se sont engagés, dans le cadre de l’Accord de Paris, à apporter un soutien accru aux pays pauvres. Compte tenu de l’urgence, également soulignée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la Suisse doit apporter un soutien financier de deux milliards de francs par an pendant au moins quatre ans. Mais contrairement à ce qui se prépare, il s’agit de faire cet effort financier en sus et non pas en lieu et place des programmes de réduction de la pauvreté. Pour réduire les émissions de CO2, il faut en outre instaurer, conformément au principe du pollueur-payeur, des taxes d’incitation dont les fonds seront affectés à des projets climatiques dans les pays concernés. Pour protéger le climat, nous avons besoin d’une loi efficace sur le CO2.

Ne pas instrumentaliser la coopération internationale pour freiner les migrations

Pour faire face à la pression politique intérieure, la Suisse utilise de plus en plus les fonds publics de la coopération au développement pour empêcher la migration vers l’Europe et la Suisse. Nous ne devons pas participer au financement des frontières et de la sécurité de régimes autocratiques œuvrant contre leur propre population. La coopération au développement ne peut pas non plus empêcher la migration, car les raisons de migrer varient beaucoup d’une personne à l’autre. Cependant, la coopération au développement devrait se préoccuper davantage de cette question dans la mesure où la migration locale, régionale et souvent temporaire constitue une stratégie de survie dans de nombreux pays africains.

De par le fait qu’elle implique tout un réseau, la migration doit devenir un élément central de la coopération au développement. Les projets devront accorder beaucoup plus d’attention à la situation particulièrement précaire des migrants et des réfugiés sur le continent africain. Ces derniers ont besoin d’une meilleure protection et de meilleures possibilités de développement. C’est également un principe prôné par le Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière, que la Suisse devrait signer le plus rapidement possible.

De véritables partenariats avec les pays africains doivent tenir compte des intérêts des deux parties. De nombreux pays africains ont intérêt à ce que les jeunes en particulier puissent suivre une partie de leur formation à l’étranger et y travailler. C’est pourquoi la Suisse doit créer des possibilités de séjour légal, de formation et de travail, au moins temporaires.

Notre action : l’Afrique ‒ pour un partenariat d’égal à égal

 
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