« Nous repartons maintenant de zéro »

Ida est infiniment soulagée que ses enfants, son mari et elle-même aient réchappé du tremblement de terre et du tsunami qui ont frappé l’île des Célèbes sans qu’aucun d’eux n’ait été blessé. Ils ont eu beaucoup de chance. Mais comment continuer à vivre dans ce lieu de désolation peuplé de souvenirs douloureux ? Comment se construire une nouvelle vie ?

Blog Indonésie: « Nous repartons maintenant de zéro »Quand je lui demande de me raconter son histoire, Ida n’hésite pas une seconde. Je fais sa connaissance dans le jardin d’enfants qui s’est provisoirement ouvert dans le camp de réfugiés de Balaroa. Ce camp se situe en périphérie de la ville, un peu sur les hauteurs. Voici un mois, seuls quelques rares paysans vivaient ici. Maintenant leurs champs abritent toute l’effervescence du camp. Les 300 familles qui vivent ici ont tout perdu. Elles n’ont pas de parents chez qui elles pourraient trouver refuge. Toutes viennent d’un quartier situé en aval, à moins de trois kilomètres. Un quartier où plus de 1000 maisons ont été détruites par la liquéfaction du sol sur un demi-kilomètre carré.

Le camp a été équipé de toilettes provisoires. Il y a un dispensaire et un camion passe de temps en temps livrer de l’eau. Plusieurs organisations et même l’armée sont venues apporter de l’aide sur place. Pour l’organisation IBU, partenaire de Caritas Suisse pour l’aide d’urgence sur l’île des Célèbes, le suivi psychosocial des enfants passe au premier plan, maintenant que les biens de première nécessité ont été distribués. Dans des jardins d’enfants provisoirement aménagés, les enfants peuvent jouer et apprendre à surmonter ce qu’ils ont vécu grâce à des méthodes de traitement des traumatismes adaptées à leur âge.

Blog Indonésie: « Nous repartons maintenant de zéro »« Avant la catastrophe, vous vivions maison contre maison. Maintenant tente contre tente. » 

Ida prend la main de son fils de 3 ans et nous nous rendons vers sa tente. Chemin faisant, il m’apparaît déjà que cette femme, comme beaucoup de personnes dont j’ai fait la connaissance ces jours, n’a pas perdu son sourire, ni sa cordialité. Une fois sous la tente, la quadragénaire s’excuse : « Je t’offrirais bien du thé. Mais malheureusement, je ne peux pas, je n’ai pas de cuisine. »

Sa tente est constituée de quelques piquets en bois surmontés de bâches en plastique. Elle est grande et très vide. Ida n’a rien pu sauver. Elle a obtenu une natte, une couverture et quelques rares objets de la part des organisations d’entraide. Elle avoue qu’il lui faut toujours un moment, le matin, pour se remettre en forme après une dure nuit sur le sol. Elle redoute la période des pluies qui va bientôt commencer.

Son fils de 15 ans se joint à nous. Muhammed est un élève de secondaire. Son anglais scolaire lui permet de traduire la conversation. D’autres occupants des tentes voisines viennent s’asseoir avec nous. On rit et on plaisante, malgré les circonstances difficiles. Ida explique : « Nous avons reconstitué ici l’ambiance du voisinage. Avant, nous vivions maison contre maison. Maintenant tente contre tente. Ça nous aide beaucoup d’être ensemble ! »

Ida et ses deux fils cadets ont échappé de justesse à la catastrophe

Ida commence à raconter ce qui s’est passé le 28 septembre, en fin d’après-midi. Son fils de 3 ans écoute et se met à pleurer. Quelqu’un le soulève et l’emmène dehors.

Le soir du tremblement de terre, Ida se trouvait à la maison avec ses deux fils cadets. L’ainé de 17 ans était chez des amis et le père, qui vend des habits dans les villages de montagne, en route en dehors de la ville. Peu après 18 heures, la terre a commencé à trembler fortement sans signe avant-coureur. Des fissures se sont immédiatement formées aux murs. Ida a voulu fuir la maison avec Muhammed et son petit frère, mais la porte était déjà coincée. Paniqués, ils ont tiré la poignée jusqu’à obtenir une ouverture suffisante pour se faufiler dehors. La terre tremblait tellement qu’il était impossible de tenir debout. La maison s’est effondrée à peine qu’ils étaient sortis.

Tout autour, leurs voisins essayaient de se mettre en sécurité. Les routes se crevassaient. Ida a vu un voisin trébucher dans une fente qui s’est immédiatement refermée en emprisonnant sa jambe.

Ils ont tout perdu

La famille a réussi à gagner un champ. D’autres ont tenté de se mettre à l’abri dans la mosquée. Mais celle-ci s’est effondrée. Durant la nuit, Ida a retrouvé son fils aîné dans le champ. Jusqu’à cet instant, elle ne savait pas s’il était encore en vie. Elle en a pleuré de soulagement. Ils sont retournés chez eux tôt le matin. Les maisons de leur rue avaient été détruites non seulement par le tremblement de terre, mais encore par un incendie qui s’était déclaré pendant la nuit, suite à un court-circuit électrique ou à une fuite de gaz.

C’est là qu’Ida a réalisé qu’elle avait tout perdu. Absolument tout. La maison construite de ses mains avec le kiosque grâce auquel elle contribuait au revenu de la famille. Sa moto. Son argent. Les objets de valeur dont elle avait hérité et les bijoux de famille. Elle se retrouvait avec ses enfants sans rien d’autre que les habits sales et déchirés qu’ils portaient sur eux. Elle ne pouvait même pas appeler son mari, car elle n’avait plus de téléphone. Les familles de condition modeste ne placent pas leurs économies sur un compte en banque. Toute leur existence matérielle était anéantie.

Le plus important, c’est l’avenir des enfants

Durant les premiers jours, Ida a trouvé à se loger dans le petit appartement de la grand-mère qui était resté intact. Elle a ensuite déménagé dans le camp avec son mari et le plus jeune de leurs fils. Les aînés vivent toujours chez la grand-mère, sinon ils auraient trop de chemin à faire pour aller à l’école. Une grande partie de l’établissement scolaire tient encore debout. Les classes ont été rassemblées dans les salles intactes et les cours n’ont pas tardé à reprendre. Muhammed aimerait un nouvel uniforme pour ne pas devoir aller à l’école dans des habits normaux.

Blog Indonésie: « Nous repartons maintenant de zéro »Interrogée sur l’avenir, Ida hausse les épaules. « Notre quartier est maintenant zone interdite, il ne sera plus jamais habitable. » Ida ne s’attend pas à recevoir un nouveau terrain et une maison de l’État. « Nous repartons de zéro. » Elle souligne : « Je ne veux pas être ici. Je ne veux pas être dépendante. Ce n’est pas une vie. Mais comment partir tant que nous n’avons pas d’argent ? Mon mari doit en gagner. Peut-être pourrons-nous un jour acquérir un nouveau terrain et bâtir une nouvelle maison. Mais la priorité, c’est d’abord que les enfants aillent à l’école et terminent leur scolarité. Ils ont encore toute la vie devant eux. Par amour pour eux, nous devons croire en l’avenir et garder confiance. » 

Texte et photos : Ethel Grabher, Caritas Suisse

Photo tout en haut à gauche : le camp de réfugiés de Balaroa – l’un des près de 900 camps de ce genre sur l’île des Célèbes. 27.10.2018. 
Photo tout en haut à droite : Ida et sa famille vivent maintenant sous tente. 
Vidéo : destruction de la maison d’Ida et de sa famille
Photo en bas à droite : il ne reste plus rien de ce qu’ils possédaient. 

 
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