Engagement en baisse ‒ besoins en hausse : Monsieur le Conseiller fédéral Cassis, il faut corriger le tir

L’engagement suisse en matière d’aide au développement - Service de presse 05/2019

En 2018, pour la troisième fois d’affilée, les dépenses de la Suisse pour l’aide au développement ont baissé. Bien que la Suisse enregistre des excédents de plusieurs milliards de francs, elle n’atteint même pas les budgets d’aide au développement qu’elle s’est fixés elle-même. Parallèlement, les besoins d’aide internationale au développement, d’aide humanitaire et de protection contre les facteurs climatiques augmentent sans cesse. Caritas Suisse invite le Conseiller fédéral Cassis à corriger cette évolution et à exiger des fonds supplémentaires avec le Message sur la coopération au développement 2021-2024.

Blog: Engagement en baisse ‒ besoins en hausse : Monsieur le Conseiller fédéral Cassis, il faut corriger le tir Entre 2017 et 2018, les fonds alloués à l’aide au développement ont baissé de septante millions de francs. Ils sont aujourd’hui à leur niveau d’il y a cinq ans, et représentent un demi-milliard de moins qu’en 2016. La coopération au développement à long terme a été particulièrement touchée par ce recul, avec une baisse de 60 millions par rapport à 2017 et de 200 millions par rapport à 2016. L’aide humanitaire quant à elle a stagné et elle reste loin derrière les chiffres records de 2015. L’aide aux demandeurs d’asile en Suisse a encore diminué de cent millions de francs, et depuis 2016, elle a diminué de 450 millions de francs suisses.

Tableau : Aide publique au développement (APD) de la Suisse entre 2013 - 2018 (en millions de francs)

 

2013

2014

2015

2016

2017

2018

Coopération au développement dans les pays du Sud

1600

1750

1837

1822

1695

1649

Coopération au développement dans les pays de l’Est

217

239

245

238

223

212

Aide humanitaire

386

462

539

480

487

496

Aide aux requérants d’asile en Suisse

417

442

473

664

316

217

Autres

344

329

302

325

369

449

Total

2 965

3 222

3 396

3 529

3 090

3 022

Source : DDC, service de la statistique, état au 10 avril 2019

La Suisse ne tient pas ses promesses envers les plus pauvres

En 2016, l’Assemblée fédérale a approuvé un crédit de 11,1 milliards de francs pour la coopération au développement, l’aide humanitaire et la promotion de la paix pour les années 2017 à 2020. Si la tendance actuelle se poursuit, les dépenses seront inférieures de plus d’un milliard aux prévisions. Ce retrait est le résultat de plusieurs exercices d’austérité du Parlement. Ces derniers, il faut le dire, se traduisent par des excédents de 2,9 milliards de francs en 2018, 4,8 milliards de francs en 2017. En raison de ces mesures qui frappent la coopération au développement, la Suisse accuse un retard considérable par rapport à ses propres objectifs et intentions. Non seulement elle n’utilise pas le budget initialement prévu, mais elle est loin d’atteindre le quota minimum de 0,5 % du produit national brut consacré à l’aide publique au développement que le Parlement a voté. Autrement dit : La Suisse, pour pouvoir s’enrichir encore, ne tient pas ses promesses envers les plus pauvres. C’est honteux et déshonorant.

Il faut corriger le tir : le Conseiller fédéral Cassis doit agir

L’engagement de la Suisse pour l’aide au développement à la baisse ; un repli en totale contradiction avec l’augmentation globale des besoins en aide humanitaire, protection du climat et coopération au développement partout dans le monde. Il faut d’urgence corriger cette tendance. Et on en a l’occasion en ce moment puisque le Message sur la coopération internationale 2021-2024 entre actuellement dans sa phase finale de préparation. Le Conseiller fédéral Cassis doit utiliser ce Message pour obtenir les fonds nécessaires à ce travail important pour la Suisse et le monde entier.

Caritas Suisse rappelle que les réflexions suivantes doivent être au cœur des préoccupations :

  • Aide humanitaire : selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA), les besoins globaux ont été multipliés par quatre, passant entre 2008 et aujourd’hui de 6 milliards à 24 milliards de dollars. Dans le même temps, la Suisse n’a même pas doublé ses dépenses pour l’aide humanitaire qui sont passées de 299 millions à 496 millions de francs. La Suisse doit donc réagir et augmenter les fonds de l’aide humanitaire à au moins 1,2 milliard de francs par année.
  • Protection du climat : le Conseil fédéral estime que la contribution nécessaire de la Suisse à la protection internationale du climat est de 450 à 600 millions de francs par an. Ce montant est bien trop modeste. En regard de l’impact de la Suisse sur le changement climatique dans le monde, la Suisse devrait contribuer à hauteur d’au moins un milliard de francs par an. Et compte tenu de l’urgence — selon le rapport 2018 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, il ne nous reste que 12 ans pour la correction — il faudrait même porter ce montant à deux milliards au moins pour la période 2021 à 2024. Le Conseiller fédéral Cassis pourrait ainsi prouver que le PLR prend réellement au sérieux la protection du climat, et pas seulement pour nous, mais aussi pour les pays les plus pauvres de la planète. D’ailleurs, une taxe sur les billets d’avion, désormais également soutenue par une partie du camp bourgeois, pourrait financer presque complètement cette augmentation.
  • Développement économique, baisse de la migration illégale et promotion de la paix : pour atteindre les autres objectifs de l’aide au développement de la Suisse que le Conseiller fédéral Cassis a publié dans la presse, notamment la croissance économique durable, la création d’emplois, la baisse de la migration illégale et la promotion de la paix, il faut que la Suisse se positionne pour pouvoir jouer un rôle de premier plan dans les pays concernés. Il ne suffira pas de se retirer de l’Amérique latine pour y parvenir ; il faut augmenter substantiellement les fonds de la coopération au développement. Pour éviter qu’en parallèle la lutte contre la pauvreté soit négligée, il faut au moins trois milliards de francs.

Au vu de ce qui précède, la Suisse doit consacrer à la coopération internationale quelque 6,5 milliards de francs par an. La Suisse peut ainsi faire preuve de solidarité en matière d’aide humanitaire, jouer un rôle de pionnier dans la protection du climat et devenir un partenaire important des pays bénéficiaires. En outre, elle rattraperait enfin des pays comme la Suède, la Norvège et le Luxembourg en consacrant un pour cent de son produit national brut à l’aide au développement.

Photo : Haïti, 2019. (c) Phalonne Pierre Luis

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