Avalés par le sol

Fin septembre, l’île des Célèbes en Indonésie a été secouée par un tremblement de terre qui a aussi déclenché un tsunami. À plusieurs endroits, le sol sablonneux s’est liquéfié et a englouti des milliers de maisons. Caritas Suisse réalise un projet d’aide d’urgence avec le soutien de la Chaîne du Bonheur et de sa partenaire locale, l’organisation IBU. Ethel Grabher, collaboratrice de Caritas Suisse, s’est rendue dans la ville détruite de Palu et ses environs.

Blog Indonésie: Avalés par le solL’ampleur des destructions causées par la liquéfaction du sol est visible déjà depuis les airs quand on arrive dans la zone sinistrée. Des pans de territoire ont comme été remués par une gigantesque cuillère. Le silence se fait dans l’avion bondé. La plupart des passagers sont des autochtones aisés qui ont fui après le tremblement de terre. Ils reviennent maintenant, un mois plus tard.

L’éboueur

Pendant que les personnes de retour regardent le paysage avec effroi, le passager assis à mes côtés, indonésien, continue à parler sans se laisser impressionner. C’est un professionnel spécialisé dans les catastrophes, comme la plupart des secouristes dont je ferai la connaissance les jours suivants. Originaire d’Ace, il travaille au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Actuellement, il est stationné au Bangladesh et s’occupe de la crise des Rohingyas. Il coordonne le traitement des déchets dans le plus vaste camp de réfugiés du monde. Il vient d’être appelé en Indonésie, parce que l’État indonésien est très réticent à laisser des secouristes étrangers pénétrer dans la zone sinistrée. Les spécialistes locaux sont rares, d’autant que beaucoup sont encore occupés par les travaux sur l’île de Lombok où un tremblement de terre avait déjà dévasté une vaste région en août 2018. Voici en quels termes il m’explique sa tâche : « Je suis l’éboueur. Ces prochaines semaines, je serai responsable d’éviter l’apparition d’épidémies dans les camps et les villages détruits. Beaucoup de corps n’ont pas encore pu être enterrés. Ils gisent juste sous la surface ou sous les décombres des maisons. J’aide aussi les autorités locales à déblayer tous les gravats. Nous faisons attention à récupérer un maximum de matériel utilisable. »

Une fois à Palu, je me rends à l’organisation partenaire de Caritas Suisse. En traversant la ville, on remarque que quelques quartiers ont résisté au tremblement de terre presque sans dommages, alors que d’autres sont en ruines. La zone côtière a été complètement dévastée par le tsunami. L’ancienne promenade du bord de mer est jonchée de débris. Un groupe de vaches flâne dans les gravats et sur les vestiges des maisons détruites. On aperçoit ici un sofa, là-bas une poêle cabossée et un jouet cassé. Je pense à l’éboueur de l’avion. Il faudra des mois pour que tout soit évacué…

Une prouesse logistique

Blog Indonésie: Avalés par le solComme la plupart des organisations qui assurent l’aide d’urgence et la reconstruction sur l’île des Célèbes, notre partenaire, l’organisation IBU (le mot indonésien pour « mère ») a aussi son bureau sur la péninsule indonésienne de Java, à deux heures et demie de vol des Célèbes. Après le tremblement de terre, toutes les organisations humanitaires ont dû installer rapidement un bureau temporaire et un centre de logistique avec une flotte de véhicules à Palu. IBU a réaffecté en camp de base et entrepôt une grande maison qu’une famille locale a gratuitement mise à sa disposition : « C’est notre contribution à l’aide », a-t-elle dit. Les propriétaires ont fui à Java et ne reviendront pas avant quelques semaines, par crainte des répliques. C’est de là que l’équipe fixe d’IBU, composée d’une dizaine de personnes, coordonne les opérations de terrain des professionnels.

Le café est distribué à la ronde. Ces dernières semaines, les collaborateurs n’ont que très peu dormi. IBU réalise plusieurs projets financés par différents donateurs. Il y a beaucoup à faire. En ce qui concerne l’aide d’urgence, les sinistrés ont impérativement besoin d’abris de fortune, de nourriture, d’eau, d’articles d’hygiène. Beaucoup de survivants sont gravement traumatisés par les événements et ont besoin d’un suivi psychosocial. Il faut tout organiser, transporter à Palu par voie aérienne, maritime ou terrestre et coordonner la distribution de marchandises et la mise à disposition de services entre les organisations présentes sur place. Beaucoup de biens sont en rupture de stock, les voies de transport complètement saturées et les directives du gouvernement compliquées. Les murs de la centrale d’IBU sont couverts de posters et de cartes, de numéros de téléphone, de plans d’intervention et d’aperçus spécifiant quand et où se déroulent les rencontres de coordination organisées par thèmes. Un groupe de bénévoles est justement préparé à ses tâches dans une pièce annexe.

Tout le monde a perdu quelqu’un

Une équipe de terrain d’IBU intervient aujourd’hui dans le camp de réfugiés de Balaroa. Comme beaucoup de ponts et de routes sont détruits, il n’est pas facile d’accéder au camp. Le conducteur Dedi me raconte en route qu’il n’arrive plus à dormir depuis le 28 septembre. La peur revient nuit après nuit. Alors Dedi prie Allah et le remercie d’avoir épargné sa vie et sa maison. La destruction causée par la liquéfaction du sol commence à 25 mètres à peine de la maison de Dedi : « Trente mètres de plus et j’étais mort. C’est un avertissement d’Allah. » Quelques-uns de ses amis ont disparu le 28 septembre. Avalés par le sol.

Blog Indonésie: Avalés par le solTexte : Ethel Grabher, Caritas Suisse


Photo en haut à droite : la zone côtière de Palu est complètement dévastée. © : Ade Nuriadin/ Caritas Allemagne

Photo en haut à gauche : la distribution de biens de première nécessité sur l’île des Célèbes constitue un grand défi. (c): Caritas Indonésie

Photo de gauche : Ethel Grabher, Caritas Suisse. © : IBU
 

 

Partager cet article

 
[Übersetzen auf Français] Ersatzinhalt-Startseite-Standard-DE
 
 

Caritas Suisse
Adligenswilerstrasse 15
Case postale
CH-6002 Lucerne

 

PC 60-7000-4
IBAN CH69 0900 0000 6000 7000 4
Les dons peuvent être déduits des taxes.

 

Dons

Prenez contact avec nous. Nous vous conseillons volontiers personnellement.

PLUS