Sans règles contraignantes, l’inégalité entre hommes et femmes va augmenter 

La lutte contre la pauvreté des femmes est en recul - Service de presse 02/2019

Le 8 mars, nous célébrons la Journée internationale des femmes. Il y a pourtant peu de raisons de faire la fête. En Suisse, malgré l’égalité juridique entre femmes et hommes, les femmes vivant dans la pauvreté sont surreprésentées, et les différences de salaires entre femmes et hommes recommencent à augmenter. Si l’on n’établit pas des règles, cette péjoration va s’accentuer. 

Sans règles contraignantes, l'inégalité entre hommes et femmes va augmenterAujourd’hui, 615 000 personnes vivant en Suisse sont pauvres. Et d’entre elles 350 000 sont des femmes. Pour elles, le risque de sombrer dans la pauvreté est bien plus élevé que pour les hommes, et il augmente continuellement depuis 2013. Près de 8,5 % des femmes vivant dans notre pays sont touchées par la pauvreté, et 15,5 % en sont menacées. Les causes de la pauvreté des femmes sont multiples, mais l’une des raisons principales se trouve dans la corrélation faite entre la couverture sociale et le travail rémunéré. À cause de ce lien, les personnes travaillant à temps partiel ou se concentrant sur la prise en charge des enfants ou des proches dépendants courent un fort risque de tomber dans la pauvreté. Et les femmes divorcées ou séparées courent le plus grand risque. En Suisse, une mère seule sur quatre dépend de l’aide sociale. 

Les femmes gagnent moins que les hommes

Comme les femmes gagnent moins que les hommes, elles restent plus souvent à la maison à la naissance de leur enfant pour endosser le travail ménager bénévole ; si le couple se sépare, leur situation est donc précaire. Á salaires égaux entre femmes et hommes, les couples pourraient se répartir plus équitablement les tâches familiales bénévoles. Mais les chiffres récents de l’Office fédéral de la statistique en la matière sont décevants. En matière d’égalité salariale, la Suisse n’a fait aucun progrès l’an passé. Au contraire, la différence de salaire entre femmes et hommes s’est accentuée. Les femmes gagnent près de 20 % de moins que les hommes. Cette différence est due en grande partie à la formation ou au nombre d’années de service. Mais 40 % de cette différence reste inexpliquée. Si on traduit cette différence en salaire, on voit que deux personnes sur trois gagnant un salaire mensuel brut de moins de 4000 francs sont des femmes. Alors que sur trois personnes gagnant un salaire brut de plus de 8000 francs, on ne compte qu’une seule femme. Il n’est donc pas étonnant de constater qu’une grande partie du travail des soins est encore effectuée par des femmes aujourd’hui. Et c’est ainsi que le risque de pauvreté reste essentiellement féminin. 

Les femmes s’occupent des enfants, les hommes de leur carrière

Aujourd’hui, la majorité des femmes ont un emploi. Mais elles sont très nombreuses également à travailler à temps partiel. Dans ce cas également, il y a une grande disparité entre les sexes. 59 % des femmes travaillent à temps partiel, et seulement 18 % des hommes. Lorsque le couple fonde une famille, cette disparité augmente encore. Plus de 80 % des jeunes mères travaillent à temps partiel. Alors que seul un jeune père sur sept occupe un emploi à temps partiel. Les récents chiffres de l’Office fédéral de la statistique fournissent en outre des informations sur l’évolution de l’égalité des sexes sur le marché de l’emploi. En effet, le temps partiel est différemment employé par les femmes et les hommes : durant leur temps libre, les femmes s’occupent des enfants. Les hommes, eux, suivent des formations continues. Autrement dit : les hommes améliorent leurs chances de faire carrière, les femmes, elles, restent en retrait en ce qui concerne la formation continue et donc la possibilité de faire carrière. 

Des règles contraignantes pour l’égalité salariale, le congé paternité et la formation continue obligatoire

Les mutations structurelles représentent un défi pour toutes les personnes qui travaillent. Si l’on veut avoir du travail demain, on doit régulièrement se former aujourd’hui. La numérisation a fait augmenter le niveau des compétences et qualifications exigées. Mais si les femmes, parce qu’elles gagnent moins que les hommes, continuent de se retirer de la vie active lorsque le couple fonde une famille, et si, à cause des enfants et des travaux ménagers, elles n’ont pas le temps de suivre des formations continues, les différences entre les sexes vont augmenter avec le changement numérique. Le risque des femmes de sombrer dans la pauvreté va augmenter également. 

Il faut que les conditions-cadres changent pour qu’on ait quelque chose à fêter lors des prochaines journées internationales des femmes. L’évolution récente le montre : les mesures volontaires ne suffisent pas à établir un salaire égal pour un travail égal. Il faut des règles contraignantes. Par ailleurs, il y a lieu d’améliorer les mesures permettant de concilier vie familiale, professionnelle et formations continues. Il faut que les hommes prennent leur part de travaux bénévoles. Un congé paternité serait un premier pas dans cette direction. Parallèlement, les femmes travaillant à temps partiel doivent pouvoir bénéficier des offres de formation continue. Il faut donc établir des formations continues obligatoires pour tout le monde et qui se déroulent dans le temps de travail. 

Photo : Pia Zanetti

Plus d'informations: Pauvreté en Suisse

 

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