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Une raison de rire ?!

Ils ont longtemps tenu dans la ville de Homs en proie aux combats. Voilà seulement quelques semaines qu’Odeh, sa femme Fatima et leurs six enfants se sont enfuis en Jordanie. Un ami syrien qui vit déjà depuis un certain temps dans ce pays les a aidés à trouver la chambre où ils habitent maintenant. Son frère est logé à la même enseigne avec sa famille. Ils occupent une pièce tout aussi sombre, étroite, humide. Pas une image au mur. Pas de lit. Des matelas minces à même le sol. Pas de jouets. Rien. « C’est vraiment dur maintenant », explique Tahani Onjara qui travaille bénévolement pour Caritas Jordanie. Ayant elle-même fui la Syrie voici une année et demie, elle comprend parfaitement ce que ressent la famille d’Odeh. « Ceux qui ont tenu si longtemps dans la région en guerre et qui se résolvent finalement à partir rencontrent des conditions très difficiles.

Ici, les réfugiés ne sont plus les bienvenus. »

Les loyers réclamés en Jordanie sont chers et les logements miteux. Le nouveau lieu de séjour d’Odeh est à vrai dire inhabitable. Il n’y a pas de four. Les installations sanitaires sont complètement délabrées, ça sent mauvais, même si la famille fait son possible pour tout garder propre. La cuisine est minuscule. C’est un exploit que d’y préparer à manger pour huit personnes, pour autant qu’il y ait quelque chose à cuisiner. Pour se laver, il n’y a que de l’eau froide.

« Nous-mêmes n’avons absolument rien. Tout est resté en Syrie », explique Odeh, « et ici, nous devons encore nous faire enregistrer auprès du HCR avant d’obtenir quoi que ce soit ». Les voisins, pour la plupart aussi des Syriens, apportent de temps en temps quelque chose à manger. Le père de famille a emprunté environ 400 francs à un ami pour le loyer et la nourriture. Ils reçoivent maintenant des bons de Caritas pour des fruits et légumes frais, une subvention pour le loyer et des bons pour des habits. De quoi couvrir momentanément les besoins les plus urgents.

Odeh décrit les soucis matériels de la famille, explique que ses autres frères et ses parents vivent encore en Syrie. Quand il parle, son visage se détend parfois. Il sourit, plaisante avec sa femme.

Je m’étonne de cette gaieté dans une situation aussi désespérée. Je pose la question. La collaboratrice de Caritas n’a pas l’air de comprendre ma perplexité : « Pourquoi ils rient ? » Une pause. « Ben, parce qu’ils sont en vie ! »

 

Texte: Livia Leykauf-Rota, Caritas Suisse / Photo: Livia Leykauf-Rota

 

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