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Travailleur de Caritas en Syrie, réfugié en Europe

Modar a fui la Syrie en septembre, en quête d’un refuge en Europe, loin des bombes et du sang versé durant cette guerre civile vieille de maintenant presque six ans. Accompagné de son frère et de sa sœur, tous trois à peine vingt ans, il a traversé la Méditerranée en canot, puis toute l’Europe, avant d’atteindre ce qu’ils espèrent être un nouveau départ en Hollande.

Jusque là, rien de nouveau. 850 000 personnes ont entrepris un tel voyage en 2015, la plupart de Syrie. Toutefois, l’histoire de Modar est particulièrement poignante pour la famille Caritas, car il travaillait pour Caritas Syrie en tant que conseiller depuis février, aidant lui-même les personnes qui fuyaient les violences. «

On s’occupait des enfants qui venaient à Damas après avoir fui des villages sous siège », dit-il. « Ils avaient vécu des choses atroces. Ils avaient peur, toujours. Ils ne voulaient jamais jouer. Mais on a réussi à gagner leur confiance à travers des jeux, et en leur parlant. »

Aller au travail sous les tirs d’obus était dangereux, mais il a continué « parce que j’aimais ce que je faisais. » Modar avait auparavant déjà dû abandonner le lycée à cause des combats.

La seconde maison de sa famille à Homs, où ils ont passé trois mois durant l’été, venait d’être détruite par un obus. À Damas aussi, la vie se faisait de plus en plus dangereuse. « Un tas de gens qu’on connaissait ont été tués ou blessés », dit-il.

Avec l’intensification des combats, sa mère et son père ont commencé à envisager d’envoyer leurs enfants hors des frontières. « Le feu de mortier devenait vraiment très intense », dit Modar. « Ça devenait trop dangereux. Nos parents ont vendu leur maison de Damas pour nous payer le voyage. Ils voulaient qu’on vive. On voulait un avenir. »

Pas moins de 20 pourcent des 130 membres du personnel de Caritas Syrie (sans compter les bénévoles) ont depuis le premier août pris la même décision de quitter la Syrie.

Le 1er septembre, les deux frères et leur sœur ont dit au revoir à leurs parents. Et en avant toute, pour quelques jours, en direction d’un bois près d’Izmir, sur la côte orientale de la Turquie. Ils avaient payé des passeurs et attendaient de franchir par la mer la frontière avec la Grèce.

« On est restés dans ce bois trois jours durant, on dormait par terre, dans la boue », dit-il. Chacun d’eux avait un sac à dos avec de l’eau, quelques habits de rechange, un peu de nourriture énergétique comme des dates et du chocolat, et leurs documents.

« Les trafiquants étaient ignobles », dit sa sœur, Tamador. « Entre eux et les autres réfugiés, ils n’arrêtaient pas de crier et de se battre. Mon frère a fait du scoutisme. Il savait quoi faire. Il savait comment agir dans les situations dangereuses. »

Chacun a payé 1300€ pour arriver en canot à Lesbos. « C’était très effrayant », dit Tamador. « On est parti en milieu de journée. Il y avait 43 personnes à bord. Aucun espace. Une fois arrivés à Lesbos, on se sentait libres. Pas tout à fait heureux, mais finalement en sécurité. »

Le premier jour, le 11 septembre, ils l’ont passé à chercher un téléphone pour appeler leurs parents et leur dire qu’ils allaient bien. Ils ont passé « une nuit glaciale à ciel ouvert », puis une nuit dans un hôtel, suivie d’un trajet de 8 heures en ferry jusqu’à Athènes.

« Quand on est arrivés à Athènes, c’était la panique », dit Tamador. « La Hongrie venait d’annoncer qu’elle fermerait ses frontières le 15 septembre. Il ne nous restait que deux jours pour y arriver. » Ils se sont immédiatement dirigés vers le nord en traversant la Grèce, la Macédoine et la Serbie en bus, train et à pied. Ils sont arrivés à la frontière entre la Serbie et la Hongrie le matin du 15 septembre. Trop tard, la frontière venait d’être fermée.

« On a passé deux nuits à la frontière. C’était horrible. On ne pouvait pas dormir. Il faisait très froid. L’unique secours nous est venu de bénévoles locaux, qui nous ont donné des couvertures. Les personnes criaient, hurlaient. J’ai eu très peur », dit-elle. « À ce moment-là, je me suis sentie à bout de force. »

Ils ont entendu parler d’un bus qui allait en Croatie, et ils l’ont pris. « À la frontière croate, on était tellement de réfugiés et de migrants, et tellement peu de gens pour nous aider. Mais les locaux ont été vraiment gentils. Ils nous ont donné de la nourriture et des couvertures. On a rencontré une personne de Caritas qui aidait. »

Le voyage ne les a pas épargnés : « Cela faisait trois jours qu’on ne dormait pas. C’était vraiment dur. C’est dur même de se le rappeler. » Ils ont pris un bus vers la capitale croate, puis un autre vers ce qu’ils pensaient être la Croatie. Mais au lieu de cela, ils sont arrivés en Hongrie.

« On a fini par arriver en bus à Budapest, puis en train à la frontière autrichienne », dit Tamador. « On a marché trois kilomètres pour passer la frontière. Il y avait tellement de monde, un tel chaos, une telle peur. Heureusement, personne n’a été blessé ce jour-là. »

Ils avaient organisé leur voyage à travers internet et en en parlant avec des amis. Leur objectif final était la Hollande. « On voulait aller aux Pays-Bas, parce qu’on a compris que les hollandais sont accueillants, qu’ils parlent anglais et que les procédures d’enregistrement sont bien plus efficaces. »

Ils sont passés par l’Autriche et l’Allemagne, en dormant dans des camps de transit le long du chemin. Après 21 jours de périple, ils ont atteint la Hollande. « On nous a envoyé dans un camp d’environ 3000 personnes dans les bois près de Nijmegen », dit Tamador. « Ça fait 4 mois qu’on est ici. On y est très mal. Aucune intimité, il fait froid, les règles sont très strictes. »

Les réfugiés comptent sur les locaux, les autorités les traitant, selon leurs dires, très durement. « Rien n’est arrangé, pas même des choses simples comme des cours de langue, qui pourraient faire la différence. Sans les volontaires locaux qui nous donnent des habits et de la nourriture, on serait perdus », dit-elle.

Pour Modar, passer d’aider les personnes à être lui-même aidé n’est pas simple.

« Au début, il ne réussissait à accepter aucune aide », relate sa sœur. « C’est difficile, de comprendre que tu es réfugié. Que tu es loin de chez toi, dans une culture très différente. À présent, tu dois t’appuyer sur les autres. Je ne souhaite à personne de savoir ce que ça fait de se sentir réfugié. » À part la prise d’empruntes digitales, aucune procédure pour leur enregistrement n’a à ce jour commencé.

« Modar doit travailler. Il a tellement à offrir. Si vous aviez vu comment il aide les enfants », dit-elle. « Mais on sait que la Hollande est un petit pays et qu’il y a beaucoup de réfugiés. On sait qu’on doit encore attendre. »

Les deux frères et leur sœur ont des émotions contrastées quant à leur fuite de Syrie. « Heureux d’être ici, pas heureux de finir dans une tente. Heureux d’être au sûr, mais pas heureux que mon pays ne soit pas sûr », dit Tamador. «

C’était sage de venir. Mes parents doivent nous suivre, mais leur seule option, c’est ce même voyage effroyable. Ça me rend très triste qu’ils doivent à présent traverser les mêmes dangers et difficultés que nous avons connues durant ces 21 jours. »

Texte et photo: Caritas Internationalis

 

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