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Prévenir la pauvreté vaut mieux que devoir l’atténuer

La Conférence nationale contre la pauvreté doit définir les orientations à prendre - Service de presse: Conférence nationale contre la pauvreté - 17 novembre 2016

Le 22 novembre, la Conférence nationale contre la pauvreté convoquée par le conseiller fédéral Alain Berset aura lieu à Bienne. Elle offrira l’occasion d’ouvrir davantage le thème pressant de la pauvreté au débat public. Le directeur de Caritas Hugo Fasel identifie les défis majeurs que se doit de relever une politique durable de lutte contre la pauvreté.

Des années et des décennies durant, la mise en place et l’aménagement des assurances sociales classiques ont été une priorité de la politique sociale dans notre pays. Il fallait élaborer des solutions visant à couvrir à l’échelle nationale, par des assurances sociales, les risques « vieillesse », « maladie », « invalidité » et « accident », ainsi que les coûts engendrés par les enfants. Aujourd’hui, la question de la prévoyance vieillesse à l’horizon 2020 figure au cœur des priorités.

La pauvreté constitue le défi du futur

Nul ne conteste l’importance des assurances sociales pour la maîtrise de risques significatifs tout au long de la vie. Mais de nouveaux risques ont fait leur apparition ces dernières années: près de 40 000 personnes arrivent chaque année en fin de droit aux indemnités à l’assurance chômage; des connaissances professionnelles jusqu’ici importantes sur le marché du travail ne sont soudain plus utiles vu les changements structurels de l’économie; les travailleurs d’un certain âge éprouvent des difficultés à retrouver un emploi; les familles monoparentales, notamment celles dont le chef de famille est une femme, ne sont souvent plus en mesure d’assurer leur subsistance. À cela s’ajoute que dans certaines branches, une partie des salaires ne couvrent pas le minimum vital. Il en découle que la pauvreté gagne progressivement du terrain en Suisse. Elle constitue le défi majeur à venir dans l’agenda social.

D’après les calculs de l’Office fédéral de la statistique, plus d’un million de personnes sont touchées ou menacées par la pauvreté en Suisse. Qu’on le veuille ou non, de nombreuses personnes ne peuvent pas profiter de l’abondance de biens de notre société : elles sont pauvres et marginalisées. Et les enfants provenant de familles affectées par la pauvreté et défavorisées sur le plan culturel continuent d’être très exposés au risque de figurer toujours parmi les pauvres à l’âge adulte: en Suisse, la pauvreté se transmet – pauvre une fois, pauvre toujours!

Le droit de mener une existence conforme à la dignité humaine

Quiconque est dans une situation de détresse a le droit d’être aidé et de mener une existence conforme à la dignité humaine. C’est ce que prévoit la Constitution fédérale. Le mandat adressé à la Confédération, aux cantons et aux communes est clair: assurer le minimum vital est la tâche et le devoir de l’Etat. Les normes de la Conférence suisse des institutions d’action sociales (CSIAS) précisent comment ce minimum vital doit être concrètement aménagé. Il est manifeste qu’une existence conforme à la dignité humaine est subordonnée à un minimum vital en termes financiers. Mais la reconnaissance d’un minimum vital social est tout aussi indispensable : même si elle est pauvre, une personne doit pouvoir participer à la vie sociale et culturelle.

Les mesures d’économies prises par les cantons et les communes ont toutefois amené plusieurs cantons à rogner des prestations sociales comme les réductions des primes d’assurance-maladie. L’aide sociale, elle aussi, n’échappe pas aux coupes : d’une part, les prestations en fonction de la situation sont réduites et, d’autre part, le personnel de l’aide sociale a toujours moins de temps pour conseiller et accompagner individuellement les bénéficiaires de l’aide en question.

Il est inacceptable que l’assainissement des finances publiques se fasse sur le dos des personnes touchées par la pauvreté. Chacun sait aussi que les réductions fiscales opérées précédemment un peu partout n’ont pas bénéficié en première ligne aux pauvres.

Lutter contre la pauvreté incombe tant aux cantons qu’à la Confédération

Le grand public a commencé à prendre conscience de l’apparition des nouveaux risques inhérents aux profondes modifications structurelles, tant économiques que sociales, et de la forte augmentation du risque de basculer dans la pauvreté.

Le Parlement continue en revanche de refuser catégoriquement d’aborder la question de la lutte contre la pauvreté. Soit il minimise la réalité de celle-ci soit il transmet ce domaine de tâches aux cantons. Selon lui, l’aide sociale relève de leurs compétences, et la pauvreté également par voie de conséquence. C’est voir le problème de la pauvreté par le petit bout de la lorgnette. On présume que la pauvreté peut être combattue et éliminée par l’aide sociale avant tout.

L’optique de Caritas est fondamentalement différente: il faut s’attaquer aux racines de la pauvreté, laquelle ne peut pas être atténuée simplement par des subventions provenant de l’aide sociale. La lutte contre la pauvreté exige des investissements qui doivent s’attaquer aux causes de celle-ci. Et mobiliser ces ressources n’est pas une préoccupation des seuls cantons : la Confédération et l’économie doivent également agir.

Exigences de Caritas

Les politiques majeures suivantes s’imposent pour lutter efficacement contre la pauvreté en Suisse:

  • Aide sociale: Il faut stopper le démantèlement du niveau de prestations de l’aide sociale. Les normes de la CSIAS doivent être impérativement respectées par les cantons et les communes. Une baisse du minimum vital n’est pas négociable.
  • Politique de l’éducation: Bon nombre de personnes se retrouvant en situation de pauvreté ont des déficits de formation. Les modifications structurelles font que des savoirs professionnels jusqu’ici précieux ne sont soudain plus demandés et doivent être remplacés par de nouvelles connaissances. Une formation continue ciblée et une formation de rattrapage sont nécessaires. Dans un tel contexte, il faut un engagement plus résolu de la Confédération, laquelle doit également formuler des options envisageables.
  •  Politique familiale: L’analyse de la pauvreté familiale montre que les familles monoparentales sont les plus menacées de basculer dans la pauvreté. Mais cette menace pèse aussi sur les familles nombreuses. La pauvreté familiale est inadmissible. Elle a des effets négatifs à long terme et les enfants sont gravement freinés dans leur développement. Les prestations complémentaires pour les familles sont l’instrument privilégié de lutte contre ce type de pauvreté. Certains cantons ont déjà rassemblé des expériences positives en la matière ; il appartient dès lors à la Confédération d’assumer la responsabilité de l’introduction et du cofinancement de telles prestations à l’échelle suisse.
  • Politique du travail: Chaque année, toujours davantage de personnes deviennent des chômeurs de longue durée ou arrivent en fin de droit. Elles sont privées de perspectives ; tôt ou tard, elles seront tributaires de l’aide sociale. Il faut par conséquent renforcer les efforts d’intégration des personnes sans emploi. Cela doit d’abord passer par l’assurance-chômage.
  • Programme de lutte contre la pauvreté: Le Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté ne court plus que sur deux ans et doit arriver à terme en 2018. Les expériences réunies au cours des premières années ont montré qu’il était nécessaire de regrouper les connaissances et les expériences dans un service fédéral concret et de procéder à des échanges de vues avec les divers acteurs de la société civile. Le Programme national de lutte contre la pauvreté doit être poursuivi.

Investir et mettre en œuvre!

Le Programme national contre la pauvreté et les rapports cantonaux sur la pauvreté ont éclairé sous divers angles la problématique de la pauvreté. Il est dès lors capital de mettre résolument et durablement la prévention de la pauvreté sur la bonne voie.

Sur la toile de fond des consignes d’économies souvent entendues, il convient justement de rappeler qu’il est à long terme moins onéreux de prévenir la pauvreté plutôt que de devoir lutter contre elle ou l’atténuer. 

 

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