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Politique de lutte contre la pauvreté en Suisse — ce qui doit être fait

Pour que la Confédération et les cantons prennent les choses en main - Service de presse : Conférence nationale contre la pauvreté - 17 novembre 2016

L’Agenda de l’ONU 2030 signé notamment par la Suisse voilà une année à New York a pour but premier de lutter contre la pauvreté partout dans le monde, mais aussi dans chacun des pays signataires. C’est pourquoi cet Agenda 2030 pourrait offrir un nouvel élan à la politique de lutte contre la pauvreté en Suisse. Pour cela, il faut que le monde politique manifeste sa volonté de reconnaître que la pauvreté est un défi de la société d’aujourd’hui, collecte les données nécessaires à sa compréhension et mette en œuvre les mesures et investissements adéquats. Même si les investissements dans la politique de lutte contre la pauvreté peuvent sembler coûteux, ce sont en fin de compte des investissements qui bénéficieront à l’ensemble de la société.

Voilà une année, en septembre 2015 à New York, la Suisse a signé l’Agenda 2030. Elle s’est donc engagée à lutter contre toutes les formes de pauvreté à l’intérieur du pays même, et à adopter une politique qui combat activement la pauvreté, d’une part, mais aussi la prévient par des mesures à long terme. Les chiffres de la pauvreté en Suisse sont inquiétants : plus d’un million de personnes vivant en Suisse sont touchées, ou directement menacées par la pauvreté, et l’an passé, près de 38 000 hommes et femmes sont arrivés en fin de droit à des indemnités de l’assurance-chômage. De plus, 123 000 hommes et femmes exerçant une activité professionnelle sont pauvres. Que faire ?

Les cantons doivent anticiper et considérer la lutte contre la pauvreté sur le long terme

En Suisse, la politique de lutte contre la pauvreté est d’abord l’affaire des cantons et elle englobe des domaines aussi divers que la politique de la formation, de la santé, du logement ou la politique fiscale. Pour que les cantons puissent combattre la pauvreté et prendre les décisions nécessaires, il faut qu’ils commencent par disposer des données et analyses de la situation de la pauvreté dans leurs frontières. Seule une moitié des cantons dispose aujourd’hui des données, objectifs stratégiques et mesures d’accompagnement qu’offre un rapport sur la pauvreté. Il est possible de faire beaucoup plus sur cette question.

L’une des causes principales de la pauvreté réside dans l’absence de formation. Si l’on veut garder la main dans le monde du travail d’aujourd’hui, en pleine évolution, il est essentiel de faire en sorte que toutes et tous aient accès à la formation, la formation continue et aux formations de rattrapage pour adultes. En principe, cette nécessité est admise, mais dans les faits, elle est trop peu prise en compte. Les cantons n’engagent pas les fonds nécessaires, ou bien ils ne créent pas le système de bourses qui permettrait de promouvoir la formation pour tous. Et lorsqu’elles existent, les formations d’adultes peinent à prendre en compte la charge familiale. Enfin, la plupart du temps, les entreprises négligent de permettre à leurs collaboratrices et collaborateurs l’accès aux formations continues, alors que cela pourrait leur être bénéfique, comme le montrent les exemples de plusieurs petites et moyennes entreprises.

En Suisse, l’activité rémunérée reste la voie royale pour ne pas tomber dans la pauvreté, pour autant que le revenu qui en découle permette de garantir le minimum vital et que l’activité professionnelle soit pensée de manière à pouvoir s’harmoniser avec la vie familiale. La Suisse est toutefois très en retard par rapport aux pays voisins en ce qui concerne cette conciliation entre profession et famille. Dans la plupart des cas, les gens aux faibles revenus ne peuvent pas offrir à leurs enfants une prise en charge extrafamiliale promouvant l’encouragement précoce de la petite enfance ni les devoirs surveillés pour les enfants scolarisés, ces services étant trop onéreux. Le Parlement vient de manquer la possibilité de remédier à cette lacune par un crédit annuel. Il a rejeté la proposition du Conseil fédéral qui allait dans ce sens.

La charge la plus importante qui plombe le budget des personnes touchées par la pauvreté est celle de l’assurance-maladie. Au lieu de réduire les subsides aux primes d’assurance-maladie, comme l’ont fait la plupart des cantons ces dernières années, il faudrait les augmenter pour que les primes d’assurance-maladie ne dépassent pas huit pour cent du revenu imposable des ménages. Cet objectif était fixé par le Gouvernement lui-même dans son Message sur la révision de la Loi fédérale sur l’assurance-maladie (LaMal) du début des années 90.

La Confédération doit s’engager de manière contraignante

Mais ce ne sont pas seulement les cantons qui doivent s’engager plus fermement dans la lutte contre la pauvreté. La Confédération aussi a son rôle à jouer. Jusqu’à récemment, la pauvreté en Suisse était considérée comme un thème tabou au plan fédéral. En lançant la statistique nationale sur la pauvreté et le programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté, la Confédération a fait un pas important dans la voie de la reconnaissance du problème et de la visibilité de la pauvreté en Suisse. Ce pas est encore trop modeste, comme l’est le programme fédéral de lutte contre la pauvreté qui court pourtant jusqu’en 2018. Caritas invite donc la Confédération à lancer au plan national un rapport de monitorage de la pauvreté. Cet instrument d’observation, de mesure et de pilotage obligerait la Confédération, les cantons et les communes à se mettre d’accord sur des objectifs contraignants et mesurables, à prendre des mesures et à mener une évaluation régulière de la situation.

 

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