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Le travail doit protéger de la pauvreté

Le Forum de Caritas du 27 janvier 2017 et l’Almanach social 2017 sur le thème du droit au travail - Service de presse 1/2017

La Suisse est une société du travail. Cette évidence repose sur la conviction que le travail est synonyme de base économique et qu’il est la source de la participation sociale. L’évolution du marché du travail remet ce consensus en question. Des salaires aptes à assurer l’existence, des bourses de formation, une formation continue obligatoire et la conciliation entre famille et travail peuvent changer le tableau.

Les profonds bouleversements du marché du travail ébranlent l’évidence ancrée dans la tradition bourgeoise helvétique selon laquelle le travail est une garantie contre la pauvreté. L’économie en mutation ouvre les marchés et les sociétés et favorise une concurrence mondiale, avec pour conséquence le transfert de pans entiers de travail. Les progrès technologiques accélèrent un changement structurel à l’origine de nouveaux domaines d’activité mais, en parallèle, rendent rapidement de nombreux emplois superflus, ceux liés à des exigences de qualification faible et moyenne justement. L’évolution démographique occasionne un manque de personnel qualifié impossible à combler par les capacités de travail libérées des laissés-pour-compte des mutations économiques et technologiques. Et, ensemble, l’évolution démographique et les mutations sociales favorisent l’essor d’un domaine d’activité croissant, à la limite entre activité non rémunérée et non garantie et travail peu rémunéré et sécurisé : le travail de soins aux proches.

Le déséquilibre entre les développements sur le marché du travail et ceux du système de la sécurité sociale se reflète dans des chiffres édifiants. En Suisse, la situation des personnes touchées ou menacées par la pauvreté s’est péjorée. 530 000 personnes sont considérées comme pauvres dans notre pays. Le nombre des sans-emploi a atteint sa plus haute valeur depuis 2010, comme le nombre de personnes en fin de droit, donc privées d’indemnités.

123 000 personnes ont certes une activité professionnelle, mais le revenu qu’elles réalisent n’assure pas leur subsistance. Ce sont des « working poor ». Elles travaillent dans le segment des bas salaires dans lequel des conventions de travail collectives n’existent bien souvent pas encore, ont des contrats à durée déterminée, travaillent à des heures atypiques, ou involontairement à temps partiel. Dans ces conditions, nombre d’entre elles se battent contre la pauvreté financière et l’isolement social.

Le travail devrait toutefois protéger de la pauvreté. Pour qu’il remplisse à nouveau son rôle de garantie des conditions d’existence et d’intégration sociale, les acteurs et domaines politiques suivants sont invités à agir :

  • Entreprises : conditions de travail décentes et responsabilité sociale
    Acteurs majeurs de la société, les entreprises doivent se montrer responsables en proposant des conditions de travail viables. On pense à des salaires aptes à assurer l’existence et à des modèles de travail permettant aux hommes et aux femmes de concilier famille et profession. Une obligation inscrite dans la loi sur la formation continue devrait garantir le perfectionnement de tout leur personnel par les entreprises.
  • Diplôme professionnel pour tous les jeunes
    En 2015, le taux de chômage moyen des jeunes était de 3,3%. C’est pourquoi la garantie d’une formation professionnelle après la scolarité obligatoire est essentielle pour l’avenir des jeunes. Il faut donc des investissements dans des cours de langue intensifs, des solutions transitoires et des bourses assurant la subsistance pendant la période de formation.
  • Formation et rattrapage pour les adultes
    En Suisse, 400 000 personnes de 25 à 54 ans n’ont aucun diplôme post-obligatoire. La formation de rattrapage s’adresse rarement aux adultes. Des bourses pour les adultes, assurant leur subsistance, ainsi que des procédures de reconnaissance simplifiées des diplômes changeraient la donne.
  • Conciliation entre profession et famille
    Comme la population vieillit et que les femmes sont de plus en plus nombreuses à exercer une activité lucrative, la question des activités de prise en charge et de soins aux proches se pose avec toujours plus d’acuité. Afin de mieux concilier vie professionnelle et familiale, la Confédération, les cantons et les communes doivent mettre à disposition des offres de prise en charge bon marché, flexibles en termes d’horaires et accessibles, extérieures aux familles, et ce à l’échelon du territoire.
  • Droit au travail pour les requérants d’asile, les réfugiés et les personnes provisoirement admises
    Les taux d’emploi des personnes admises à titre provisoire et réfugiées sont de 25 à 35% seulement, même après plusieurs années de séjour en Suisse. Nombre d’entre elles dépendent de l’aide sociale. Des cours de langue intensifs, une reconnaissance simplifiée de leur expérience professionnelle, des programmes de qualification et une aide à la recherche d’une nouvelle activité professionnelle sont nécessaires de toute urgence.

 

Forum de Caritas 2017: Droit au travail
La conférence sociopolitique de Caritas
Vendredi 27 janvier 2017, 9h30 – 15h30, Kultur-Casino, Berne. 

 

Almanach social 2017
On peut se procurer l’almanach de Caritas sur la situation sociale en Suisse, axé sur le droit au travail (en allemand seulement) dans la boutique en ligne www.shop.caritas.ch

 

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