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« Le changement climatique nous coûte des ressources »

7 questions à Thomas Stocker - Service de presse 9/2017

Thomas Stocker s’occupe du changement climatique depuis 26 ans maintenant. Au début, il étudiait le rôle des océans ; dans les années 90, il s’est intéressé de plus près aux facteurs humains, au sens étroit du terme, du changement climatique. Ce chercheur et professeur du climat et de physique de l’environnement à l’Université de Berne a dirigé pendant sept ans le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) : le cinquième rapport de ce groupe, paru en 2014 a servi de base scientifique pour les décisions des 195 gouvernements qui ont participé à la conférence de Paris sur le climat en décembre 2015. 

Il y a vingt ans, la thèse du réchauffement climatique était encore très contestée. Aujourd’hui, c’est un fait établi. Le changement climatique et ses conséquences font partie des priorités de l’agenda politique. Que faites-vous maintenant ?

La conscience de l’opinion publique n’est pas gravée dans le marbre. L’intérêt que l’on porte au changement climatique, et notamment s’agissant des facteurs humains qui le provoquent, varie sans cesse selon les thèmes et les périodes. Nous sommes à un nouveau tournant. Depuis la parution en 2014 du cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et jusqu’à la convention de Paris en décembre 2015, un large consensus régnait sur l’urgence de limiter le réchauffement climatique dû à l’activité humaine. Mais suite à l’élection du président aux États-Unis, le vent pourrait tourner à nouveau. La protection de l’environnement et le comportement à adopter en ce qui concerne les ressources naturelles sont à nouveau controversés. Scott Pruitt, un climatosceptique et un adversaire de la politique de protection de l’environnement du président Obama, a été nommé à la tête de l’Environmental Protection Agency, l’autorité environnementale des États-Unis. C’est regrettable. Les États-Unis venaient juste de prendre des engagements prétendument solides. Cela remet en question leur ratification de l’accord de Paris et leur mise en œuvre de la réduction d’émissions de CO2.

Êtes-vous inquiet pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris ?

Même en ne tenant pas compte de l’évolution politique des États-Unis et de l’Europe, je suis très inquiet en effet. Le temps qui nous reste pour mettre en œuvre les décisions est trop court. Scientifiquement, c’est encore possible en principe de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés Celsius, mais seulement si l’on met en place très vite, fermement et sans tergiverser, l’emploi des énergies renouvelables, l’augmentation de l’efficacité des énergies fossiles et leur remplacement à court terme et la mise en place systématique de systèmes de recyclage. Il ne faut pas sous-estimer le rôle des États-Unis en ce qui concerne l’adaptation de l’infrastructure : après la Chine, les États-Unis sont les plus gros émetteurs de CO2 au monde. Ils donnent des impulsions déterminantes avec leur politique climatique. On ne peut qu’espérer que la Chine surfe sur la tendance actuelle et prenne le leadership technologique dans ce domaine. Les Chinois en ont en tout cas le savoir-faire, l’argent et la volonté.

Les causes du réchauffement climatique sont connues. Quels risques et conséquences du changement climatique les êtres humains peuvent-ils déjà ressentir ? 

L’opinion publique n’est pas encore tout à fait consciente du fait qu’aujourd’hui déjà, on voit les conséquences du réchauffement climatique dû à l’activité humaine dans l’augmentation et l’intensification des événements extrêmes. Selon les régions, ces événements sont différents : ce peut être des vagues de canicule, des tempêtes, des sécheresses, mais aussi des inondations. Mais il est très difficile de tirer un lien de causalité entre un événement isolé et le changement climatique. C’est en fait l’augmentation générale de ces événements qui permet de montrer le lien avec le changement climatique. Ces risques engendrent aujourd’hui déjà des coûts économiques et sociaux énormes. C’est pourquoi il me semble important de rendre le problème climatique plus visible. Le changement climatique en marche doit être compris comme un changement des ressources. Car c’est là en définitive son premier effet : il engendre une réduction des ressources. Les changements que nous vivons aujourd’hui sont déjà visibles pour peu que l’on change de vision — et quand on fait ce pas, on commence à comprendre l’urgence d’agir.

Prenons la ressource de l’eau. Aujourd’hui, des zones sèches, comme la péninsule ibérique ou arabique, ou le Sahel, deviennent encore plus sèches. Dans ces régions, l’accès à l’eau est menacé aujourd’hui déjà. Cela signifie qu’aujourd’hui, de gros investissements doivent être faits dans ces régions pour assurer un accès à l’eau ; il faut adapter les infrastructures et construire des réservoirs ou des usines de dessalage de l’eau. Si les pays ne peuvent pas s’offrir ce genre d’investissements, la diminution de la ressource eau se fait durement sentir dans la population qui vit sur place. D’autres régions au contraire (et la Suisse est concernée), doivent s’adapter au fait qu’il y a trop d’eau. Dans ces régions également, il faut investir beaucoup, par exemple pour maîtriser le surplus d’eau provenant de la fonte des neiges.

On parle donc de la pénurie des ressources naturelles. 

Pas seulement. Le changement climatique en lien avec le changement des ressources touche des domaines très différents de notre existence. La santé est aussi une ressource, et le changement climatique l’affecte directement. Et je ne parle pas seulement de la propagation des maladies qui augmente notamment en Afrique et en Amérique latine et centrale. Les risques sanitaires augmentent aussi dans d’autres régions. Par exemple, les températures au Proche-Orient ont tellement augmenté que d’ici trente ou quarante ans, les habitants du Golfe persique ne pourront pas survivre sans climatisation. Dans certaines régions, il n’est déjà plus possible de travailler à l’extérieur. Ce genre de changements est potentiellement porteur de conflits parce que très vite, la question va se poser de savoir qui a le droit d’accéder aux ressources et comment on va les distribuer. Et on va soudain prendre conscience que le changement climatique n’est plus depuis longtemps un problème environnemental seulement, mais aussi, et surtout un problème économique et social.

Le rapport fait pour la première fois le lien entre le changement climatique et la pauvreté.

Oui, d’abord pour des raisons éthiques : nous avons constaté à quel point les risques sont inégalement distribués géographiquement et à quel point ils affectent plus les pays les plus pauvres. D’autre part, vous avons également choisi de mettre l’accent sur ce lien parce que le changement climatique menace le développement et empêche un développement durable. Le changement climatique et la pauvreté sont indissociables l’un de l’autre.

Qu’est-ce que cela signifie pour les pays industrialisés ?

Pour moi, c’est clairement une question de responsabilité des pays industrialisés. La transformation est possible et réalisable. C’est de notre responsabilité de la mettre en œuvre.

 

La version complète de cet entretien peut être consultée dans l’Almanach Politique de développement 207/18, « Protection du climat et lutte contre la pauvreté », qui vient de paraître. 

 

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