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La Suisse a besoin d’une politique durable contre la pauvreté

Choisir les priorités avec discernement au lieu de faire des économies sur le dos des pauvres - Service de presse : Conférence nationale contre la pauvreté - 17 novembre 2016

Aide sociale, réduction individuelle des primes ou système éducatif : les prestations sont réduites depuis peu dans tous ces domaines car les caisses des cantons sont vides. Cela n’ira pas sans répercussion sur les plus pauvres de notre société – un aveu d’impuissance pour la Suisse. Il est grand temps   de choisir les priorités avec discernement.

Plus d’un million de personnes touchées ou menacées par la pauvreté vivent en Suisse aujourd’hui. Parmi elles figure un nombre supérieur à la moyenne de familles monoparentales, de familles de trois enfants ou plus, ainsi que de personnes peu qualifiées. Mais ce chiffre inclut aussi de nombreuses femmes d’un certain âge ayant par le passé assumé la majeure partie du travail des soins à leurs proches (care) et qui, de ce fait, n’ont pas pu prendre suffisamment de mesures de prévoyance. Plus de 120 000 hommes et femmes touchés par la pauvreté exercent une activité lucrative. Leur salaire ne suffit toutefois pas à assurer leurs moyens d’existence. Ce sont des travailleurs pauvres (working poor).

La lutte contre la pauvreté victime des coupes budgétaires

À toutes ces personnes, l’article 12 de la Constitution fédérale garantit le droit d’obtenir de l’aide dans des situations de détresse: « Quiconque est dans une situation de détresse et n'est pas en mesure de subvenir à son entretien a le droit d'être aidé et assisté et de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine». Une loi fédérale transposant ce droit à des conditions minimales d’existence fait toutefois défaut pour l’heure. La lutte contre la pauvreté incombe donc aux cantons. Ils se conforment aux normes de la Conférence suisse des institutions d’action sociales (CSIAS). Suite à la pression exercée par les cantons, les normes de la CSIAS ont été rendues plus rigoureuses ces deux dernières années. De nombreuses prestations ont été réduites en faisant valoir l’argument de la cherté excessive de l’aide sociale.

Résultat ? Les nouvelles normes de la CSIAS sapent le minimum vital social. On cherche notamment à économiser sur les moyens de subsistance des familles nombreuses et des jeunes adultes. Nombre de cantons ont en outre supprimé l’allocation aux familles monoparentales. Cela revient à amenuiser les ressources financières des mères et des pères qui doivent accomplir seuls leur activité professionnelle et leurs tâches de prise en charge. Les récentes mesures d’austérité affectant l’aide sociale ont donc conduit à la réduction de l’aide matérielle pour des personnes touchées par la pauvreté. Et comme si cela ne suffisait pas: la situation financière précaire des cantons a de plus renforcé la pression au niveau des services sociaux. Les conseils aux personnes touchées par la pauvreté, et leur accompagnement, peuvent être de moins en moins assurés. Les erreurs dans l’application du droit sont toujours plus fréquentes en matière d’aide sociale, et des personnes pauvres ne reçoivent plus les prestations auxquelles elles auraient droit.

Économies dans la santé et le système éducatif

Mais que la pauvreté en Suisse augmente ou diminue n’est pas seulement une question de pratique de l’aide sociale. Des prestations allouées en amont et empêchant le basculement dans la pauvreté sont également cruciales. La réduction individuelle des primes est l’une d’entre elles. À ce niveau également, les cantons ont restreint leurs dépenses ces dernières années. Au total, les prestations cantonales pour la réduction individuelle des primes ont été amputées de 169 millions de francs entre 2010 et 2014. Des milliers de personnes ont perdu leur droit à cette réduction. Ce n’est pas resté sans conséquences : des études font depuis lors état d’une nette hausse de la charge des coûts de la santé pour les personnes de condition économique modeste. Les victimes des réductions pratiquées sont notamment les familles avec un budget serré, donc au revenu dépassant à peine le seuil de pauvreté.

En 2015, de plus en plus d’économies ont été également faites dans le système éducatif – notamment au niveau de l’école obligatoire. Les réductions de 265 millions de francs des dépenses touchent notamment les conditions d’enseignement. Des cours sont passés à la trappe et les effectifs des classes ont gonflé. Des taxes sur le matériel de cours ont été introduites. Le coût des camps scolaires a été reporté sur les parents. 535 millions supplémentaires doivent être économisés d’ici à 2018. Les mesures de réduction actuelles brisent les tabous : ainsi, l’enseignement de l’allemand aux allophones doit être facturé aux parents ou la dixième année scolaire abandonnée, comme formation passerelle. Ce démantèlement touche les plus faibles.

Choisir les priorités avec discernement

La pauvreté en Suisse ne va pas disparaître d’elle-même. Au contraire, nous savons aujourd’hui qu’on ne peut la vaincre durablement que moyennant une politique de longue haleine. Au lieu d’une politique budgétaire combattant ses symptômes par la réduction des prestations, il faudra demain investir dans la prévention de la pauvreté. On pense ici à des salaires couvrant les besoins vitaux, à des prestations complémentaires pour les familles, à des mesures visant à mieux concilier la vie familiale, la vie professionnelle et la formation, à des offres d’encouragement précoce aisément accessibles, à des investissements dans la formation de rattrapage et la formation continue, ainsi qu’à l’encouragement de la construction de logements bon marché. La balle est dans le camp de la Confédération, des cantons et des communes. Pays prospère, la Suisse a les cartes en main pour choisir ses priorités avec discernement.

 

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