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Grand-mère courage

Hannah a contraint son fils à terminer ses études de médecine avant de fuir la Syrie. Elle a eu raison.

Hannah*, 56 ans, a fui la Syrie en ayant tout perdu. Ou presque. Car elle est en vie, et ses enfants, sa belle-fille, sa somptueuse petite-fille, le sont aussi. Malgré l’exil, l’incertitude, les souffrances endurées, Hannah parvient à nous faire rire en nous racontant leur fuite hors de Syrie !

Cette force, cette envie d’agir, elle les a transmises à son fils Mohamad*. Son fil rouge à lui, c’est la médecine. Le don de soi pour soigner ceux qui souffrent. Mohamad n’a que 24 ans mais déjà une énorme expérience de la vie, par la force des choses. Nous les avons rencontrés début mars, avec sa belle-fille, Nur, 26 ans, et sa petite-fille Lena*, 1 an, à la réception d’un hôtel du centre d’Athènes où ils sont logés par une ONG grecque. De la même façon, Caritas Grèce héberge les migrants les plus fragiles (mères seules, familles avec enfants en bas âge, personnes âgées, malades, handicapés, etc.). Nous avions vu Mohamad pour la première fois la veille au Terminal 1 du port du Pirée qui héberge des migrants et où des soignants bénévoles s’activent tous les jours. Avant de fuir la Syrie, il a réussi son examen final de médecine, en pleine guerre. Ces trois dernières années, il était volontaire du Croissant rouge arabe syrien. « J’ai tenu à ce que Mohamad termine ses études avant que nous partions », rappelle Hannah.

Hannah est veuve. Son mari, ingénieur, est décédé avant la guerre. La famille vivait à Deir ez-Zoor, à l’est de la Syrie. Une ville qui a été détruite par le régime d’Assad qui voulait en déloger l’Armée Syrienne Libre, puis par l’Etat islamique, qui tue ceux qui ne se plient pas à sa loi. « Ce sont tous des bandits, seul l’argent les intéresse », résume Mahmoud. « Ma petite fille est née le premier jour du siège imposé par les islamistes. Certains sont morts de faim durant les semaines qui ont suivi », se souvient Hannah.

Ils ont eu de la chance. Hannah en remercie le ciel. Elle, sa belle-fille et sa petite-fille ont pu se mettre à l’abri à Damas. Le plus jeune des enfants, Adnan, encore mineur, a dû rester à Deir Ez-Zoor. Le reste de la famille a réussi à gagner la Turquie via le Liban et la Jordanie grâce aux passeports qu’ils avaient encore. Depuis la Turquie, Hannah est allée rechercher son jeune fils à Deir Ez-Zoor. « Vous direz qu’au retour, un soldat syrien nous a pris 1000 dollars au dernier check-point avant la Turquie, et a battu mon fils. Dites-le ! », s’emporte Hannah.

Rapidement, ils comprennent qu’ils doivent quitter la Turquie pour avoir un avenir. La traversée en bateau pneumatique jusqu’à l’île grecque de Samos fut périlleuse. Avec une panne de moteur et surtout sans personne pour guider le bateau. « Mais nous ne craignions plus rien, rit Mohamad. Nous étions déjà morts 1000 fois en Syrie ! »

Le 30 mars, nous avons pu contacter à nouveau Hannah et son fils par téléphone. Ils sont toujours à Athènes mais les nouvelles sont plutôt… très bonnes ! Mohamad nous apprend qu’il devrait obtenir rapidement l’asile en France. Hannah attend quant à elle une décision de l’Allemagne pour pouvoir rejoindre Adnan, 16 ans, qui vit dans un foyer pour enfants mineurs à Dresde.

*Les prénoms ont été changés

 

Texte: Fabrice Boulé, Caritas Suisse
Photo: Lefteris Partsalis

 

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