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Des débuts cahoteux

Francesca* (33 ans) venait d’entamer une relation lorsqu’elle est tombée enceinte. Neuf ans plus tard, elle se souvient d’une période fatigante durant laquelle elle a toujours pu compter sur l’appui de sa famille. Elle est fière de son fils, mais aussi de la manière dont elle a surmonté les obstacles.

« Mon fils Luca* a neuf ans aujourd’hui. Il avait neuf mois quand je me suis séparée de son père. Je suis tombée enceinte au début de notre relation, j’étais en plein dans la vie active, je travaillais à 100 %, je sortais beaucoup, je rencontrais des amis et je croquais la vie. J’avais à peine 23 ans et beaucoup de peine à imaginer que j’allais être mère. Mais pour moi, il n’a jamais été question d’avorter. Je me suis donc précipitée dans cette nouvelle vie, j’ai quitté la maison et me suis installée avec mon ami. Au début, ça s’est bien passé, mais nous avions de trop grosses divergences de vues : je voulais reprendre le travail après le congé maternité, alors que mon ami entendait me cantonner au rôle de femme au foyer. C’est devenu un sujet de dispute de plus en plus récurrent et nous avons fini par nous séparer.

Je me suis alors retrouvée dans un appartement vide avec un enfant sur les bras. Par chance, j’avais ma famille. J’ai toujours pu compter sur mes parents et sur mes frères, bien qu’ils aient eux-mêmes leurs soucis. Mon frère cadet est handicapé mental ; ce sont mes parents qui s’en occupent. À l’époque, ils m’ont offert tout l’ameublement et, récemment encore, ils nous ont payés, à Luca et à moi, ce dont nous avions besoin pour vivre.

J’ai repris mon travail de serveuse. Pendant ce temps, c’est ma mère qui gardait Luca. Cela m’évitait les coûts exorbitants de la crèche. Il a fallu trouver une nouvelle solution quand Luca est entré à l’école. J’ai déménagé à proximité de mon lieu de travail et de mes parents. Voilà maintenant quatre ans que nous habitons dans un beau quartier avec beaucoup d’enfants, à sept minutes de l’école.

Mais cette amélioration a un prix : une grande partie de mon salaire passe dans le loyer. Je saisis ainsi chaque occasion de gagner encore un peu d’argent, par exemple quand Luca est chez son père. Mais ça n’est pas toujours facile de s’organiser, car je ne peux pas vraiment compter sur le père de Luca. J’aimerais qu’il assume mieux la responsabilité de son fils.

Parfois, mon entourage manque aussi de sensibilité. Bien que tout le monde sache que j’élève seule mon enfant, certains demandent par exemple si mon mari ne pourrait pas véhiculer l’équipe de football de Luca. Dans ce cas, je dois toujours répéter d’une part que je suis seule, d’autre part que je n’ai pas de voiture. Finalement, on m’oublie, personne ne se soucie de savoir comment Luca et moi comptons nous rendre au match et on ne nous propose pas d’autre solution. Dans ces moments, je me sens très rejetée et ça me blesse.

Certains enseignants m’agacent aussi par leurs réflexions. L’un d’eux a notamment affirmé que rien ne laisse soupçonner que Luca est un enfant du divorce. Ça m’a mise très en colère.

Je suis contente que Luca n’ait pas de problèmes à l’école. C’est un bon élève, très indépendant, qui fait ses devoirs tout seul. Ça n’a pas toujours été le cas, car il a eu quelques difficultés au jardin d’enfants. Il avait de grandes phobies, il prenait la fuite et se faisait remarquer au point que les enseignants ne voulaient plus le prendre sous leur responsabilité. J’en suis restée muette et décontenancée et je me suis à nouveau sentie abandonnée. Que devais-je faire ? Une fois de plus, ma mère m’a soutenue : elle m’a accompagnée à l’école et a exigé des explications. Nous avons ensuite reçu l’aide du psychologue scolaire et d’une thérapeute. Pendant deux ans, celle-ci a traité Luca gratuitement, parce que ses prestations n’étaient pas prises en charge par notre caisse maladie et que je n’avais moi-même pas les moyens de la rétribuer. Je lui en suis éternellement reconnaissante.

Je suis très fière de mon fils. Il me donne de la force et me fait sourire. Mais je suis aussi fière de moi, de la manière dont je gère notre vie quotidienne et de tout ce que je vais encore réussir toute seule !

Francesca, 33 ans, du canton de Zoug ( *Nom changé par la rédaction )

Texte: Caritas Suisse
Photo: Caritas Suisse

 

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