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Au Liban, le système scolaire en détresse

La crise des réfugiés et l’éducation scolaire au Liban - Service de presse 6/2017

Aucun pays au monde ne compte autant de réfugiés comparativement à la population autochtoneque le Liban. Un tiers de la population, environ 1,5 million de personnes, est faite de réfugiésde Syrie. La moitié des enfants réfugiés ne vont pas à l’école et le système scolaire est désespérémentdébordé par le nombre considérable d’enfants syriens. Une génération entière en faitles frais. Il faut absolument, non seulement créer des possibilités d’éducation dans cette situationd’urgence, mais aussi adopter des approches à moyen et long terme.

Depuis le début de la guerre en Syrie, le nombre d’enfants qui devraient être scolarisés a doublé au Liban.La moitié de ces enfants syriens en âge d’être scolarisés ne fréquente pas l’école et sur dix enfantssyriens scolarisés, sept ne persévèrent pas. Malgré une aide internationale conséquente, l’État libanaisdoit faire face à un défi herculéen.

La plupart des réfugiés syriens n’ont pas d’emploi et ont épuisé leurs ressources personnelles. Mais lasociété libanaise qui les accueille est, elle aussi, en passe de s’appauvrir. Les premières victimes de cetétat de fait sont les enfants. Un grand nombre de familles ne peuvent plus assurer la scolarisation deleurs enfants, car ces derniers doivent travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Si les enfantsvont à l’école, leurs apprentissages sont ralentis par les conditions économiques et sociales extrêmementdifficiles dans lesquelles ils vivent et par les traumatismes qu’ils ont vécus, qui engendrent desdifficultés d’apprentissage et un taux d’abandon élevé.

Le système scolaire public est complètement débordé

Le ministère libanais de l’Éducation vient d’éditer un plan quinquennal (RACE II – Reaching All Childrenwith Education) qui se fixe comme but de scolariser les 450 000 enfants réfugiés d’ici 2012. Aujourd’hui,ils sont moitié moins nombreux. C’est un défi énorme pour un système scolaire déjà peuperformant avant le début de la guerre, et qui risque par-là de perdre encore en qualité. La pressionmajeure vient du corps enseignant. Les ressources limitées ont engendré des mesures d’enseignementpar tranches horaires : la plupart des enfants libanais vont aujourd’hui à l’école le matin, alors que lesenfants syriens y vont l’après-midi. Dans certains endroits, les effectifs des classes ont simplementdoublé. Le corps enseignant, souvent mal payé et insuffisamment qualifié, voit ainsi son temps de travaildoubler, dans des conditions difficiles et sans aide extérieure.

Alors que beaucoup d’enfants ont de grandes difficultés d’apprentissage et que le niveau des enfantsest très hétérogène à cause des années d’école manquées pour beaucoup d’entre eux, l’enseignementfrontal est monnaie courante au Liban. Mais la plupart des enfants syriens ne comprennent même pasla langue de l’enseignant. En Syrie, l’enseignement se fait exclusivement en arabe, alors qu’au Liban,les matières mathématiques et scientifiques se font traditionnellement en anglais ou en français. Lesenseignants ne sont pas formés pour pouvoir accompagner l’apprentissage et les nécessités des enfantsindividuellement. Ces difficultés de plus en plus criantes contribuent à péjorer la qualité de l’enseignementpour tous les enfants indifféremment. Elles engendrent aussi des tensions, de la frustration et des mouvements de rejet.

Développement du système d’éducation – pas de génération perdue

Caritas Suisse s’engage sur trois plans au Liban. Premièrement, dans des conditions scientifiques et en coordination avec le ministère de l’Éducation, nous développons un module de formation du corps enseignant pour qu’il soit qualifié à donner des cours de soutien et de rattrapage. Deuxièmement, des coaches du ministère aident les directions des écoles à mettre en place des améliorations systématiques et fondées de l’enseignement de rattrapage. Cela permet au personnel enseignant ainsi qu’aux élèves d’évoluer dans un environnement de travail et d’apprentissage adéquat. Troisièmement, il s’agit de renforcer le système éducatif à long terme au-delà de la crise syrienne. Un concept de formation et de formation continue et de coaching pour les enseignantes et enseignants est mis sur pied et développé avec un accompagnement académique, et cela permettra d’améliorer à long terme les chances d’éducation des enfants.

Cette approche va bien au-delà de l’aide d’urgence, mais elle a ses limites au vu de la complexité des problèmes actuels. Les barrières à l’éducation, comme la pauvreté ou le travail des enfants, exigent des approches globales qui ne peuvent fonctionner que si les différents acteurs s’engagent à long terme et collaborent dans un partenariat stratégique. La situation des réfugiés dans la région, mais aussi en Europe, montre que cette manière de faire est une nécessité, et pas seulement pour le Liban, si on veut assurer un futur à une génération entière d’enfants.

 

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