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6 questions à Martin Flügel sur le thème des enfants réfugiés

« Je ne pense pas que nous répondons à leurs besoins » - Service de presse 6/2017

La Suisse compte près de 5600 enfants et adolescents arrivés chez nous comme réfugiés sans êtreaccompagnés de leurs parents. Ces enfants réfugiés ont besoin d’un soutien particulier, commel’explique Martin Flügel, responsable des questions politiques à Caritas Suisse.

Que pensez-vous de l’attitude des Suisses à l’égard des enfants réfugiés ?

Je ne pense pas que nous répondons à leurs besoins. Le nombre de requérants d’asile mineurs non accompagnésa augmenté de façon très sensible depuis deux ans. Les conditions ont alors été épouvantablesparfois, en termes d’assistance et de logement. De nombreux jeunes de 15 ans ont été logés avecdes adultes étrangers sans qu’un soutien spécifique ne leur soit apporté. La situation s’est nettementaméliorée dans l’intervalle. Mais des déficits perdurent. Un réseau stable fait défaut aux plus jeunes.On ne leur procure pas la sécurité et l’éducation nécessaires. Les adolescents plus âgés sont souventplus stables sur le plan psychique mais souffrent d’une grave carence de formation. Ils ne peuvent plusfréquenter l’école publique après 16 ans. Leurs connaissances linguistiques et scolaires déficientes neleur donnent pas non plus la possibilité d’apprendre un métier. Ils passent donc à travers les mailles dufilet.

La plupart des enfants réfugiés sont admis à titre provisoire. Comme ils viennent de pays touchés pardes conflits qui durent depuis des années, ils ne pourront guère retourner chez eux. Simultanément,l’admission provisoire est synonyme de statut incertain. Qu’est-ce que cela implique pour l’avenir deces jeunes ?

Selon Caritas, cette procédure est pour le moins inopportune. Si nous voulons que ces enfants et adolescentsinvestissent toute leur énergie et leur potentiel ici, nous devons leur offrir des perspectives aulieu de dresser des obstacles sur leur chemin. La meilleure solution serait de les sortir de la procédured’asile et de leur procurer une autorisation de séjour. Ils ne sont pas des dizaines de milliers. Mais sil’un ou l’autre souhaite regagner son pays, il peut le faire. La procédure d’asile entrave ces jeunes aupoint qu’ils se sentent angoissés.

Caritas écrit que les enfants réfugiés sont d’abord des enfants. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Ils ont les mêmes besoins que nos enfants : il leur faut de l’amour, de l’affection, une éducation dansun cadre clairement délimité, un environnement stable, la sécurité fondamentale que tout ira bien aufinal. Ils ont besoin d’une éduction dispensée de telle sorte qu’elle puisse leur être profitable. Les conditionsdiffèrent grandement sur ce point : certains enfants réfugiés sont analphabètes, d’autres sontdes lycéens. Il leur faut un foyer. Nos enfants ont un lit, souvent leur propre chambre, leurs propreshabits, un monde à eux dont ils peuvent largement disposer. Quelles sont les exigences concrètes de Caritas en termes de formation scolaire ?

La formule doit être la même que pour nos enfants. Pour eux, nous exigeons que l’enseignement généralleur inculque un certain niveau de formation générale. Après la scolarité obligatoire, 95% des enfantsdoivent être à même de suivre un apprentissage ou de poursuivre leur formation scolaire. Cet objectifest quasiment atteint aujourd’hui, mais au prix de gros efforts. Des « passerelles » spéciales ontété mises en place. Notre avis bien arrêté est que cet objectif doit être aussi poursuivi pour des jeunes réfugiés non accompagnés. À cette fin, des investissements sont à consentir, comme pour les enfantssuisses. Car si ces jeunes restent à la traîne et doivent vivre de l’aide sociale toute leur vie durant, l’additionsera très salée.

Caritas exige également que la Suisse assume une responsabilité au-delà de 18 ans révolus. Pourquelle raison ?

Lorsqu’un jeune atteint ses 18 ans chez nous, sa structure familiale reste en place. Nous ne chassonspas nos enfants de la maison et n’interrompons pas non plus le dialogue avec eux lorsqu’ils atteignentl’âge adulte. À y regarder de plus près, c’est ce que nous faisons avec les enfants réfugiés non accompagnés: ils perdent leurs éducateurs référents, le conseil juridique dont ils profitaient, ils doivent quitterleur logement et leur lieu de séjour et l’environnement social disparaît. Cela entrave sérieusementleur épanouissement et les confronte à une situation totalement nouvelle. Ils ne déménagent pas parcequ’ils le veulent, mais parce qu’ils ont 18 ans. C’est une perturbation radicale, totalement artificielle, de leur vie.

Quelles orientations politiques faut-il prendre ?

C’est également une question d’argent. De l’avis de Caritas, la Confédération doit s’impliquer davantageet veiller à ce que la Convention relative aux droits de l’enfant et les directives de la Conférencedes directeurs cantonaux des affaires sociales soient réellement respectées partout en Suisse. De plus,

il faut harmoniser les normes en matière d’assistance et de formation entre les cantons.

 

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