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5 questions à Martin Jaberg sur la situation en Haïti après le cyclone Matthew

Haïti a besoin d’une aide stable pour se relever - Service de presse 8/2017

Beaucoup d’espoirs sont placés dans de bonnes récoltes au terme de l’été pour améliorer la situation alimentaire dans le sud du pays, le plus touché par le cyclone. La phase d’urgence de l’aide touche à sa fin, mais Caritas reste aux côtés des Haïtiens.

 

Quelle est la situation en Haïti dix mois après le passage du cyclone Matthew ?

Les départements les plus touchés par le cyclone, à savoir Grand’Anse et Sud, sont en situation de crise alimentaire grave malgré l’aide qui est apportée aux populations. Les départements de Nippes, Sud-Est, Haut Artibonite, Nord-Est et Nord-Ouest, moins ou pas affectés par Matthew, sont également en crise alimentaire en raison de la période de sécheresse qui a suivi l’ouragan. Au sud, les conditions climatiques sont jusqu’ici favorables à de prochaines récoltes satisfaisantes. Toutefois, le manque d’accès aux semences sur la majorité des départements et l’influence du phénomène El Niño semblent rendre difficiles de bonnes performances agricoles. Pour l’heure, l'approvisionnement des marchés est surtout assuré par des produits alimentaires importés, avec quelques rares denrées locales, en particulier les produits maraîchers. Mais l’approvisionnement local pourrait s’améliorer. Nous espérons que les prix vont rester stables, même s’ils sont supérieurs à ceux de 2016. Tout dépendra du bilan des récoltes qui vont s’étaler jusqu’au mois d’août.

Combien de personnes demeurent encore dépendantes de l’aide humanitaire ?

Quelque 1,4 million de personnes ont été directement touchées par Matthew. Dans l’ensemble du pays, les Nations Unies estiment que 2,7 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, de protection et de relèvement rapide en 2017. Un appel à 291,5 millions de dollars a été lancé pour répondre aux besoins les plus urgents, dont plus de la moitié découlent directement du cyclone. Au mois de mai, moins d’un cinquième de cette somme était couvert. Ce manque de fonds pour le financement des projets dans les zones affectées par Matthew pourrait contribuer à la détérioration de la situation de sécurité alimentaire des ménages.

Qu’a fait Caritas Suisse ces dix derniers mois ?

Dans le cadre des projets d’urgence, Caritas a aidé à constituer des comités composés des autorités locales et des notables des plus petites divisions territoriales afin de sélectionner les ménages les plus vulnérables pour qu’ils bénéficient d’une assistance. Ces mêmes comités appuient la planification et suivent les activités sur le terrain.

Au lendemain du cyclone, la région rurale de Camp-Perrin, au nord des Cayes, se trouvait dans une situation très alarmante. De décembre 2016 à mai dernier, Caritas Suisse, en collaboration avec son organisation partenaire locale Ahaames, a conduit un programme d'aide d'urgence. La population a collaboré à la remise en état des champs et a débarrassé des gravats le système d'irrigation sur une longueur de 2,5 km. Quelque 3243 ménages ont ainsi pu préparer leurs cultures pour la récolte de la fin de l’été dans de meilleures conditions. Une assistance en cash ou en outils a été apportée pour les labours. Sept tonnes de maïs et 18 tonnes de haricots ont été distribuées à 1550 ménages agricoles. Par ailleurs, 600 000 boutures de patates douces et 503 100 boutures de manioc doux ont également été distribuées.

À Arniquet, jusqu’en février, Caritas Suisse, via Caritas Les Cayes, a distribué des vivres et des kits anti-choléra, et a mené des campagnes de sensibilisation au choléra. Une aide financière via la compagnie de télécommunication locale a été apportée directement à 2700 familles particulièrement touchées, totalisant 13 500 personnes. 

Dans la région des Cayes, une aide d'urgence a été lancée en avril 2017, avec les organisations partenaires Ahaames et Caritas Les Cayes. Ce projet se concentre sur Camp-Perrin, mais aussi sur les communes d'Arniquet et Saint-Jean. Dans ces villages, Caritas soutient 252 familles avec du matériel de construction et donne en même temps des instructions techniques aux maçons et menuisiers locaux pour que leurs constructions résistent aux cyclones. De jeunes plants et des semences sont également distribués. Des activités "cash for work" permettent aux habitants d'acheter du matériel supplémentaire pour la reconstruction de leurs maisons ou de couvrir d'autres besoins urgents. Caritas entend rester aux côtés de ces populations à plus long terme dans une optique urgence-réhabilitation-développement.

L'aide d'urgence dans la région de Léogâne (Delatte et Gros Morne), au sud-ouest de la capitale Port-au-Prince, est également terminée. 1959 familles de paysans ont reçu des semences à maturation rapide et des haricots. Caritas a également distribué à 1367 familles des clous et des tôles ondulées pour réparer les maisons. 30 écoles ont ainsi pu être aménagées pour permettre la reprise de l'enseignement scolaire. Caritas a en outre collaboré à la remise en état des routes, ce qui a créé également des emplois pour les cantonniers.

Haïti est-elle en train de remonter la pente ?

Avec difficulté. Et l’aide ne vient pas en quantité suffisante. Les bailleurs de fonds semblent réticents à investir dans l’avenir d'Haïti à cause de l’instabilité du pays et du nombre de crises. Certaines réalités sont pénalisantes. Les systèmes de télécommunication en Haïti restent très fragiles et ne contribuent pas à une réponse efficace en cas de catastrophe naturelle. Les défis logistiques et les contraintes de sécurité ont été pointés du doigt par les potentiels bailleurs de fonds.

La réponse humanitaire s’est-elle améliorée entre le séisme de 2010 et le cyclone Matthew ?

Oui. Après Matthew, le rôle bénéfique des autorités haïtiennes dans la gestion de la crise a été mis en évidence. L’efficacité des mesures de préparation aux désastres et la mobilisation rapide des acteurs internationaux ont également été meilleures. La gestion des abris a été mieux organisée après Matthew et la capacité de résilience des ménages ruraux a augmenté.

 

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