« Les pauvres sont oubliés dans la politique suisse »

5 questions à Hugo Fasel, directeur de Caritas Suisse - Service de presse 05/2020

Ils avaient déjà de la peine à joindre les deux bouts et ils sont touchés de plein fouet par les conséquences économiques et sociales de la crise du coronavirus. Pourtant, ils ne reçoivent rien ou presque. En 2018, la Confédération a délégué aux seuls cantons la tâche de prévenir et de lutter contre la pauvreté. Une erreur visible aujourd’hui, selon Hugo Fasel, directeur de Caritas Suisse. Il existe plusieurs instruments éprouvés contre la pauvreté, mais la volonté politique de les mettre en œuvre fait défaut.

Blog: «Die Armen werden in der Schweizer Politik vergessen»Avec cette crise, la pauvreté apparaît au grand jour. Cela va-t-il changer la perception du problème par les décideurs ? Et par le public ?

La crise rend visible ce que nous voyons à Caritas depuis 20 ans. Je répète les derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique : malgré la croissance économique et un niveau historiquement bas du taux de chômage en 2018, il n’y a pas eu de réduction de la pauvreté. 660 000 personnes vivent dans une pauvreté de revenu, dont 144 000 enfants. Le taux de pauvreté des enfants a ainsi augmenté de 6,9% à 9,6%. Les familles monoparentales, les personnes vivant seules et les personnes sans formation post-obligatoire continuent à être les plus exposées au risque de pauvreté. En outre, 133 000 personnes adultes ont été touchées par une pauvreté de revenu malgré le fait qu’elles occupent un emploi. Elles perçoivent donc des salaires qui ne suffisent pas à assurer leur existence. Quelque 300 000 personnes courent le risque de basculer dans la pauvreté. La classe moyenne inférieure se précarise également. Des familles avec des revenus modestes connaissent de réels problèmes économiques et sociaux.

La perception va changer car les images vont rester dans les esprits. On constate que le système des assurances sociales tel qu’il existe ne parvient pas à répondre au défi de la pauvreté. Il faut un mécanisme supplémentaire qui est celui des paiements directs. Les prestations complémentaires familiales introduites dans le canton de Genève, du Tessin, de Vaud et de Soleure montrent leur efficacité.

En attendant, le Conseil fédéral débourse 60 milliards mais rien pour les plus pauvres. Pourquoi ?

Oui, les plus pauvres ont été oubliés. Politiquement, ils n’ont pas de lobby, à l’exception de Caritas. Politiquement, ils ont peu d’influence car une bonne partie d’entre eux n’a pas le droit de vote. La représentation politique au Parlement ne correspond pas à la composition de la population en Suisse.

Aujourd’hui, dans l’urgence, Caritas demande un paiement direct de 1000 francs pour toute personne touchée par la pauvreté. Certains disent que ce serait une distribution d’argent à la légère.

Non, les gens en ont besoin et le critère est clair : le niveau de ressources qui donne droit aux prestations complémentaires de l’AVS donnerait droit à ce paiement direct. On prendrait ainsi les gens au sérieux et on compterait sur leur capacité à savoir gérer 1000 francs ! Cette procédure réduit énormément les frais administratifs. On respecte la dignité des personnes car on ne dispense pas une aide paternaliste. Je souhaite que cela devienne un droit pour des personnes qui ont contribué à notre économie, à notre société. Qu’elles soient sans-papiers ou pauvres malgré leur statut légal. Ces paiements directs sont un instrument que nous utilisons déjà dans la coopération internationale, dans des situations de catastrophe. On donne de l’argent liquide qui permet aux populations touchées de répondre à leurs besoins les plus urgents. C’est enfin l’instrument le plus efficace pour soutenir l’économie car chaque franc alloué aux plus pauvres revient le lendemain dans le circuit économique.

En 2018, le Conseil fédéral a coupé les ailes du Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté. Pourquoi ?

En avril 2018, le Conseil fédéral a publié un rapport présentant les résultats de ce programme mené entre 2014 et 2018. Il y constatait qu’il y a urgence à agir. Mais dans le même temps, il souhaitait réduire massivement les ressources allouées à la lutte contre la pauvreté. Le Conseil fédéral est revenu en arrière car il a déclaré la lutte contre la pauvreté comme tâche exclusive des cantons. C’est un manque de courage politique. Aujourd’hui, nous constatons une fois de plus que c’est une erreur. Les formes de pauvreté évoluent vite. L’engagement de la Confédération doit être financier et conçu dans une loi-cadre. Une politique de lutte contre la pauvreté efficace exige qu’on pose une stratégie assortie d’objectifs contraignants, et des mesures et ressources nécessaires à la réussite de ces objectifs.

Y-a-t-il un pays modèle en matière de prévention et de lutte contre la pauvreté ?

Non, il n'y a pas de pays qui pourrait servir de modèle à la Suisse. Cela est dû aux grandes différences entre les systèmes de sécurité sociale. La Suisse doit trouver ses propres solutions. Caritas a défini plusieurs instruments qui contribuent à l'élimination de la pauvreté. Il s'agit notamment des prestations complémentaires pour les familles, qui ont déjà été introduites avec succès dans quatre cantons, de la restructuration des mesures actives dans l'assurance chômage et surtout de la formation continue pour tous les niveaux de revenus. Ils comprennent également des paiements directs pour garantir le niveau de subsistance minimum. Il existe plusieurs instruments éprouvés, mais la volonté politique de les mettre en œuvre fait défaut.
 

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