Le Covid-19 le montre : il faut renforcer la société civile

Coopération internationale de la Suisse (CI) 2021-2024 - Service de presse 07/2020

En mars, on avait encore l’espoir que la pandémie de Covid-19 n’impacterait pas trop les pays du Sud. On voit aujourd’hui qu’il n’en est rien : dans plusieurs pays en développement, le virus est plus dévastateur qu’en Europe. Et les conséquences sociales et économiques sont immenses. Les gouvernements autoritaires sont débordés par la tragédie. Et ils utilisent la pandémie pour restreindre les droits civils de leurs citoyens. Il faut donc redoubler d’efforts pour mettre en place une coopération au développement qui s’engage dans le renforcement de la société civile.

Il semble que la Suisse ait eu besoin de quatre mois pour surmonter le pic de la crise du coronavirus. Mais dans plusieurs pays pauvres, le virus continue de faire des ravages. La situation des pays d’Amérique latine est particulièrement grave. En Inde, au Proche-Orient et dans de nombreux pays africains, également, le nombre de nouveaux cas est effrayant, et il ne cesse d’augmenter.

Dans les pays en développement, la pandémie du Covid-19 a un impact dramatique, tant sur la santé que sur la vie économique et sociale : dans de nombreux endroits, les options de traitement, même les plus simples, font défaut. Les systèmes de santé adéquats et orientés vers la personne sont lacunaires ou inexistants. Un grand nombre de personnes ne bénéficient pas de conditions de travail réglementées et n’ont pas d’économies sur lesquelles elles peuvent compter. Ces personnes, à défaut de pouvoir compter sur un système social public fonctionnel, perdent très vite les bases de leur existence et leurs perspectives.

Augmentation de la pauvreté : plus d’enfants ont faim

Plusieurs mesures mises en place en Europe ne sont pas applicables dans les pays du Sud : le télétravail n’est pas possible dans le secteur informel, et le chômage partiel avec l’aide de l’État n’est pas une option. Dans les bidonvilles surpeuplés, il est impossible de respecter les règles d’hygiène nécessaires ou la distanciation sociale.

Les personnes les plus pauvres sont les plus durement touchées. Déjà en temps normal, elles n’ont pas grand-chose. Les confinements et l’arrêt de l’activité économique les plongent irrémédiablement aujourd’hui dans la faim et la misère. Le nombre de personnes des pays du Sud qui risquent de mourir des conséquences du Covid-19 est bien plus grand que celui des personnes qui mourront du virus. La Banque mondiale estime d’ores et déjà que 60 millions de personnes supplémentaires seront tombées dans l’extrême pauvreté d’ici la fin de l’année. Et on estime que le nombre de personnes souffrant sévèrement de la faim va doubler et s’élever à 265 millions, dont beaucoup sont des enfants. 

Moins de revenus, plus de répression

La crise sanitaire et la récession mondiale qui en a découlé ont un impact particulier sur la situation économique et financière des pays en développement, déjà critique auparavant. Les sources de revenus disparaissent : le tourisme est pratiquement au point mort dans le monde entier. Les prix d’un certain nombre de matières premières se sont effondrés. Les transferts d’argent des travailleuses et travailleurs migrants vers leur pays d’origine ont nettement diminué. Et de nombreux investisseurs internationaux retirent leurs investissements des pays plus pauvres en crise.

Dans de nombreux pays, la situation désastreuse du budget national transforme les mesures de soutien aux plus pauvres ou les programmes de relance de l’économie locale en vœux pieux. De plus, certains gouvernements s’avèrent incapables de faire face à la crise. C’est particulièrement le cas des États autoritaires et populistes. Au lieu d’aider leur population, et d’éviter les pires dégâts de la pandémie, ces gouvernements l’utilisent pour faire taire les oppositions, les forces progressistes et les opposants politiques.

Avec les confinements, les couvre-feux et les interdictions de rassemblement et de presse, de plus en plus de voix critiques de la société civile sont muselées. On réprime délibérément les personnes qui s’engagent pour les droits fondamentaux, les salaires et les conditions de travail équitables, la protection environnementale, les droits fonciers ou encore contre la corruption et la mauvaise gouvernance.

Renforcer la société civile grâce à l’aide au développement

Dans les démocraties faibles et les pays autoritaires, les conditions d’une amélioration économique et sociale étaient déjà fragiles avant la crise du coronavirus. Désormais, la répression contre les acteurs de la société civile prend de l’ampleur. La marge de manœuvre de la population se réduit en de nombreux endroits ; il est donc important que la Suisse, outre l’État de droit et la bonne gouvernance, cherche à renforcer la société civile de manière ciblée dans le cadre de sa future coopération internationale.

Si l’on en croit le catalogue des objectifs de la nouvelle Stratégie de coopération internationale 2021-2024, la Confédération, et plus particulièrement la Direction du développement et de la coopération DDC, souhaite promouvoir des valeurs démocratiques telles que la participation citoyenne, la transparence et la responsabilité. Il est également prévu de s’attaquer avec détermination à la corruption, à la mauvaise gouvernance et à l’impunité. Enfin, il s’agit de renforcer les institutions étatiques à différents niveaux pour qu’elles correspondent aux besoins des populations, y compris des groupes défavorisés.

Plus un gouvernement néglige les valeurs démocratiques, plus la protection et le soutien de sa population, de ses ONG locales et de ses organisations civiles sont nécessaires pour leur permettre de jouer leur rôle de porte-parole des groupes défavorisés ou d’observateurs des violations des droits de l’homme. Il faut donc saluer la volonté de la Suisse de renforcer les sociétés civiles dans les pays en développement. Un développement inclusif et durable n’est possible que si toutes les couches de la population et classes sociales peuvent participer aux processus politiques. Et ce principe est d’autant plus valable en cette période de crise.

Photo : distribution des articles d'hygiène en Bolivie. (c) Caritas Suisse

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