Le Conseil fédéral évite les déclarations claires

Rapport du Conseil fédéral sur l’Agenda 2030 de l’ONU pour le développement durable - Service de presse 7/2018

En 2015, la Suisse, tout comme 192 autres pays, a signé l’Agenda 2030 de l’ONU pour le développement durable. Ce faisant, notre pays s’est engagé à mettre en œuvre les 17 objectifs de développement durable inscrits à l’Agenda. Le Conseil fédéral vient de publier son premier rapport sur l’état de la mise en œuvre de ces objectifs en Suisse. Il va présenter en juillet un rapport tout à fait inconsistant devant l’ONU.

En signant l’Agenda 2030, la Suisse s’était engagée à contribuer notablement à la mise en œuvre, aussi bien en Suisse qu’à l’étranger, de ses 17 objectifs de développement durable. Le premier objectif invite les États à éradiquer la pauvreté, sous toutes ses formes et partout dans le monde. Concrètement, d’ici 2030, la Suisse devrait avoir réduit de moitié le taux de pauvreté au sein du pays.

Les défis qui se posent aujourd’hui pour remplir cet objectif sont clairs ; or, loin de les nommer, le Conseil fédéral livre un rapport inconsistant et superficiel qui donnera de notre pays une image pitoyable. Avec ce rapport, la Suisse avait pour tâche de montrer quels sont les écarts entre les objectifs de l’Agenda et la réalité dans le pays. Or, ce rapport de pays, qui vient d‘être publié et doit être présenté devant l’ONU à New York, qui a été considérablement raccourci sur ordre du Conseiller fédéral Ignazio Cassis, chef du Département des affaires étrangères, ne mentionne le premier objectif, « combattre la pauvreté sous toutes ses formes et partout », que dans un paragraphe de six lignes. Et pas un seul des défis que pose cet objectif n’est mentionné dans le rapport.

Les défis qui se posent pour une politique de lutte contre la pauvreté

Dans notre riche Suisse, quelque 615 000 personnes sont frappées de pauvreté. Plus de 1,2 million de personnes en sont également menacées. Celle-ci frappe en premier lieu les familles monoparentales, les familles avec trois enfants et plus et les personnes peu formées et peu qualifiées. Ses causes sont à trouver dans les changements structurels et sociaux : l’évolution du marché de l’emploi, pour commencer — la délocalisation globale de l’emploi a provoqué une nette diminution du nombre d’emplois pour les personnes peu qualifiées. Deuxièmement, les configurations familiales se sont grandement diversifiées. Enfin, les assurances sociales — chômage et invalidité — ont beaucoup réduit leurs prestations ces 15 dernières années, poussant vers l’aide sociale un grand nombre de personnes qui pouvaient auparavant compter sur ces prestations.

La politique de lutte et de prévention de la pauvreté est complexe, car elle touche plusieurs champs politiques, notamment la politique familiale, la politique fiscale, celle de l’emploi, du logement ou de la formation. Plusieurs de ces champs politiques sont en outre réglementés à différents niveaux – Confédération, cantons ou communes. Ce n’est que récemment que la Confédération s’est engagée, aux côtés des cantons, des villes, des communes et des organisations privées, dans une politique de lutte contre la pauvreté, en élaborant un « Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté ». Grâce à ce programme, la pauvreté était enfin reconnue au niveau fédéral ; il permettait de développer des bases scientifiques, de tester des approches innovantes de réduction de la pauvreté et d’encourager les échanges professionnels entre les différents acteurs. Mais en avril 2018, le Conseil fédéral a décidé de réduire drastiquement les fonds alloués au programme. Il n’y a toujours pas d’objectifs contraignants de lutte contre la pauvreté en Suisse, et plusieurs cantons se livrent aujourd’hui à un démantèlement social, que ce soit en taillant dans les prestations de l’aide sociale ou en réduisant ou même supprimant d’autres prestations, comme la réduction des primes d’assurance-maladie.

L’un des défis est celui de la formation des personnes peu qualifiées. Pour ces personnes, les possibilités de formation et de formation continue ou de rattrapage restent très limitées. La question de la garantie du minimum vital pendant la durée de la formation n’est pas résolue non plus. Les migrants qui ont une formation non reconnue en Suisse pâtissent notamment de cette lacune, tout comme les enfants et jeunes qui grandissent dans des familles défavorisées. L’entrée à la maternelle et à l’école est tardive en Suisse, ce qui engendre une inégalité des chances difficile à rattraper par la suite. Les enfants qui ont grandi dans une famille pauvre seront donc très probablement pauvres, une fois devenus adultes.

Caritas demande une mise en œuvre concrète des objectifs de l’Agenda 2030

Le grand défi politique et social de la Suisse est aujourd’hui la pauvreté. Caritas demande que les objectifs de l’Agenda 2030 soient mis en œuvre de manière concrète et cohérente, et que la Suisse réduise de moitié son taux de pauvreté d’ici 2030. Pour ce faire, la Confédération, en collaboration avec les cantons, les communes et les organisations civiles, doit mettre en place une « stratégie suisse de lutte contre la pauvreté ». Des mesures appropriées doivent découler de cet objectif, et il s’agit de vérifier régulièrement leur efficacité. Afin d’assurer un suivi constant de la situation de la pauvreté dans tout le pays, il faut mettre en place un monitorage de la pauvreté au plan fédéral.

Concrètement, il faut réglementer la garantie du minimum vital et favoriser la participation sociale à l’échelle fédérale. Il faut également élargir les possibilités de se loger décemment et à prix abordable, ou soutenir les familles pour ce faire. Notons que quatre cantons ont déjà adopté l’instrument des prestations complémentaires pour familles à cette fin.

Il faut garantir des chances de formation continue disponibles pour toutes et tous : cela inclut l’encouragement précoce aux enfants, des offres de formation de rattrapage pour adultes et des formations continues obligatoires et appropriées. Il est urgent d’harmoniser vie professionnelle et vie familiale. Partout en Suisse, il faut que l’offre de prise en charge extrafamiliale et extrascolaire des enfants couvre enfin la demande ; enfin, l’égalité des salaires entre femmes et hommes doit être une réalité et il faut encourager une répartition équitable entre femmes et hommes du travail bénévole de prise en charge de proches, ce qui nécessite d’installer des modèles de travail appropriés. 

 

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