L’aide sociale doit rendre justice aux personnes

Les professionnels du social en Suisse se penchent sur leur marge d’appréciation des situations individuelles - Service de presse 3/2018

L’aide sociale soutient les personnes en situation difficile. Selon la loi, l’accent doit être mis sur la personne et son besoin. Mais des études et des observations montrent que l’aide individuelle est de moins en moins possible à cause de pressions politiques et financières. Conséquence : les chances pour les personnes pauvres de se réinsérer dans la vie active et la société sont de plus en plus minces.

C’est l’un des principes de base de l’aide sociale : les prestations doivent s’adapter aux situations individuelles des personnes pauvres. Les personnes sont au centre. C’est le thème du forum de la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS) de cette année qui a eu lieu le 22 mars 2018, sous l’intitulé « Appréciation dans l’aide sociale – utiliser les marges de manœuvre à bon escient».

L’aide sociale est le dernier filet de la sécurité sociale. Lorsque la personne ne perçoit pas d’autres prestations, par exemple les indemnités de l’assurance-chômage ou une rente invalidité et qu’elle n’a pas d’économies, elle a droit à l’aide sociale. Depuis plus de dix ans, le taux de l’aide sociale en Suisse est stable autour de 3 %. Les quelque 270'000 personnes qui perçoivent une aide se retrouvent dans la pauvreté pour différentes raisons. Par exemple, dans le canton de Zurich, un quart des personnes qui en bénéficient occupent un emploi, mais doivent tout de même demander l’aide sociale parce que leur emploi est trop mal rémunéré. Quarante pour cent n’occupent pas d’emploi, parce qu’ils sont accidentés, ont charge d’enfants ou de proches ou suivent une formation continue. Le tiers restant est activement à la recherche d’un emploi. De plus en plus de personnes doivent recourir de plus en plus longtemps à l’aide sociale. L’objectif premier de cette aide est de permettre aux personnes de retrouver une autonomie le plus rapidement possible. Les services sociaux pourraient encourager cet objectif par des mesures ciblées. Par exemple un cours de français, la reprise d’un apprentissage à l’âge adulte ou un soutien pour la prise en charge des enfants de familles monoparentales. Les travailleurs sociaux disposent d’une marge de manœuvre qui leur permet d’apprécier la meilleure manière d’octroyer l’aide financière.

Marge de manœuvre restreinte à cause de la pression politique

Mais la pression politique et financière sur les services sociaux augmente dans nombre de communes. Caritas observe que les services n’arrivent plus systématiquement à garantir un soutien individuel. Par exemple, les cours de langue pour les requérants ne sont plus financés dans toutes les communes et la formation continue est souvent payée par des fondations. Une étude de la Croix-Rouge suisse, de l’Armée du Salut et de Caritas fait le même constat : les œuvres d’entraide doivent endosser de plus en plus de prestations qui étaient auparavant du ressort de l’aide sociale. Certaines communes refusent de financer les coûts d’existence d’une personne qui suit une formation continue alors même qu’une fondation accepte d’endosser les coûts de cette formation. C’est un problème, d’autant que les personnes peu qualifiées sont de plus en plus menacées de chômage et de pauvreté du fait du virage numérique. Parallèlement, la pression sur les travailleurs sociaux est élevée : ils doivent garantir le succès avec chaque mesure proposée. Si une prestation n’a pas le succès souhaité, on soupçonne tout de suite l’aide sociale d’être laxiste. On encourage par là des pratiques restrictives et l’appréciation des situations est de plus en plus rarement posée d’abord en faveur de la personne qu’elle concerne.

Des solutions plus individuelles pour lutter contre la pauvreté

L’aide sociale lutte avec succès contre la pauvreté lorsque les mesures prises rendent justice aux besoins des personnes. Un cours de langue ou une formation continue engendre certes des dépenses à court terme, mais elles augmentent ensuite considérablement les chances des bénéficiaires de pouvoir intégrer le marché du travail. À terme, l’intégration professionnelle peut fonctionner. En revanche, certaines personnes ne pourront plus entrer sur le marché du travail. Dans ce cas, l’intégration sociale doit être encouragée, plutôt que d’obliger les personnes à postuler pour des emplois en sachant qu’ils n’ont aucune chance de les obtenir. Les travailleurs sociaux connaissent en général très bien la situation des personnes recourant à l’aide sociale. Il faut qu’ils aient une meilleure marge de manœuvre pour pouvoir représenter les personnes à leur charge. Tout le monde en profitera, à commencer par les personnes fragilisées qui vont pouvoir réintégrer la vie sociale et professionnelle.

Photo: Conradin Frei/Caritas

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Pauvreté en Suisse - faits et chiffres

 

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